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  1. Chant 8
  2. Sur le champ de bataille, les Troyens mettent en fuite les Achéens. Hector ne s'arrête qu'au fossé lorsque la nuit tombe.
  3. Chant 8 :
  4. Éôs au voile de safran éclairait toute la terre, et Zeus qui se réjouit de la foudre convoqua l'agora des Dieux sur le plus haut faîte de l'Olympe aux sommets sans nombre. Il leur parla, et ils écoutaient respectueusement :
  5. - Écoutez-moi tous, Dieux et Déesses, afin que je vous dise ce que j'ai résolu dans mon cœur. Et que nul Dieu, mâle ou femelle, ne résiste à mon ordre ; mais obéissez tous, afin que j'achève au mieux mon œuvre. Car si j'apprends que quelqu'un des Dieux est allé secourir soit les Troyens, soit les Danaens, celui-là reviendra dans l'Olympe honteusement châtié. Je le saisirai, et le jetterai au loin, dans le plus creux des gouffres de la terre, au fond du noir Tartare qui a des portes de fer et un seuil d'airain, au-dessous de la demeure d'Hadès, autant que la terre est au-dessous du Ciel. Et il saura que je suis le plus fort de tous les dieux. Debout, Dieux ! tentez-le, et vous le saurez. Suspendez une chaîne d'or du faîte du Ciel, et tous, Dieux et Déesses, attachez-vous à cette chaîne. Vous n'entraînerez jamais, malgré vos efforts, du Ciel sur la terre, Zeus le modérateur suprême. Moi, certes, si je le voulais, je vous enlèverais tous, et la terre et la mer, et j'attacherais cette chaîne au faîte de l'Olympe, et tout y resterait suspendu, tant je suis au-dessus des Dieux et des hommes !
  6. Il parla ainsi, et tous restèrent muets, stupéfaits de ces paroles, car il avait durement parlé. Athéna, la déesse aux yeux clairs, lui dit :
  7. - Zeus notre Père ! Cronide, le plus haut des Rois, nous savons bien que ta force ne le cède à aucune autre ; mais nous gémissons sur les Danaens, habiles à lancer la pique, qui vont périr par une destinée mauvaise. Certes, nous ne combattrons pas, si tu le veux ainsi, mais nous conseillerons les Argiens, afin qu'ils ne périssent pas tous, sous l’effet de ta colère.
  8. Zeus qui amasse les nuées, souriant, lui dit :
  9. - Reprends courage, Tritogénie, chère enfant. Certes, j'ai parlé très durement, mais je veux être doux pour toi.
  1. Ayant parlé ainsi, il lia au char les chevaux aux pieds d'airain, rapides, ayant pour crinières des chevelures d'or ; et il s'enveloppa d'un vêtement d'or ; il prit un fouet d'or bien travaillé, et il monta sur son char. Il frappa les chevaux du fouet, et ils volèrent aussitôt entre la terre et le Ciel étoilé. Il parvint sur l'Ida qui abonde en sources, où vivent les bêtes sauvages, et sur le Gargaros, où il possède une enceinte sacrée et un autel parfumé. Le Père des hommes et des Dieux y arrêta ses chevaux, les délia et les enveloppa d'une grande nuée. Il s'assit sur le faîte, plein de gloire, regardant la ville des Troyens et les nefs des Achéens.
  2. Les Achéens chevelus s'armaient, ayant mangé en hâte sous les tentes ; et les Troyens aussi s'armaient dans la Ville ; ils étaient moins nombreux, mais brûlants du désir de combattre, par nécessité, pour leurs enfants et pour leurs femmes. Les portes s'ouvraient, et les peuples, fantassins et cavaliers, se ruaient au dehors, et il s'élevait un tumulte envahissant.
  3. Quand ils se furent rencontrés, les piques et les forces des guerriers aux cuirasses d'airain se mêlèrent confusément, les boucliers bombés se heurtèrent, et le tumulte s’intensifia.
Nestor et Diomède menacés par la foudre de Zeus.

Nestor et Diomède menacés par la foudre de Zeus.

  1. On entendait les cris de joie et les lamentations de ceux qui tuaient ou mouraient, et la terre ruisselait de sang ; tant qu'Éôs brilla et que le jour sacré monta, les traits frappèrent les hommes, et les hommes tombaient. Mais quand Hélios fut parvenu au faîte du Ciel, Zeus le Père étendit ses balances d'or, il y plaça deux Sorts de la mort qui rend immobile à jamais, le Sort des Troyens dompteurs de chevaux et le Sort des Achéens aux cuirasses d'airain. Il éleva les balances, les tenant par le milieu, et le jour fatal des Achéens s'inclina ; la destinée des Achéens toucha la terre nourricière, et celle des Troyens monta vers le large Ouranos. Il fit gronder le tonnerre sur l'Ida, et lança l'ardent éclair au milieu du peuple guerrier des Achéens ; et, l'ayant vu, ils restèrent stupéfaits et pâles de terreur.
  2. Ni Idoménée, ni Agamemnon, ni les deux Ajax, serviteurs d'Arès, n'osèrent rester. Le Gérénien Nestor, rempart des Achéens, resta seul, mais contre son gré, par la chute de son cheval. Le divin Alexandre, l'époux de Hélène aux beaux cheveux, avait percé le cheval d'une flèche au sommet de la tête, endroit mortel, là où croissent les premiers crins. L’airain ayant pénétré dans la cervelle, le cheval, saisi de douleur, se roulait et épouvantait les autres chevaux. Comme le vieillard se hâtait de couper les rênes avec l'épée, les rapides étalons d’Hector, portant leur brave conducteur, approchaient dans la mêlée, et le vieillard eût perdu la vie, si Diomède ne l'eût vu. Il jeta un cri terrible, appelant Ulysse :
  3. - Divin fils de Laërte, subtil Ulysse, pourquoi fuis-tu, tournant le dos comme un lâche dans la mêlée ? Crains qu'on ne te perce d'une pique dans le dos, tandis que tu fuis. Reste avec moi, et ensemble repoussons le rude guerrier loin du vieillard.
  1. Il parla ainsi, mais le divin et patient Ulysse ne l'entendit pas et passa outre vers les nefs creuses des Achéens. Le fils de Tydée, bien que seul, se mêla aux combattants avancés, se tint debout devant les chevaux du vieux Néléide, et il lui dit ces paroles ailées :
  2. - Ô vieillard, voici que de jeunes guerriers te pressent avec fureur. Ta force est dissoute, la lourde vieillesse t'accable, ton serviteur est faible et tes chevaux sont lents. Mais monte sur mon char, et tu verras quels sont les chevaux de Trôs que j'ai pris à Enée, et qui savent, avec une rapidité égale, poursuivre l'ennemi ou fuir à travers la plaine. Que nos serviteurs prennent soin de tes chevaux, poussons ceux-ci sur les Troyens dompteurs de chevaux, et que Hector sache ce que vaut ma pique entre mes mains.
  3. Il parla ainsi, et le cavalier Gérénien Nestor lui obéit. Les deux braves serviteurs, Sthénélos et Eurymédon, prirent soin de ses chevaux. Les deux Rois montèrent sur le char de Diomède, Nestor saisit les rênes brillantes et fouetta les chevaux ; et ils approchèrent. Le fils de Tydée lança sa pique contre le Priamide qui venait à lui, et il le manqua ; mais il frappa dans la poitrine, près de la mamelle, Éniopée, fils du magnanime Thébaios, qui tenait les rênes des chevaux. Celui-ci tomba du char, ses chevaux rapides reculèrent, et il perdit l'âme et la force. Une amère douleur enveloppa l'âme d’Hector à cause de son compagnon ; mais il le laissa gisant, malgré sa douleur, et chercha un autre brave conducteur. Ses chevaux n'en manquèrent pas longtemps, car il trouva bientôt le hardi Archéptolème, fils d’Iphitos ; il lui confia les chevaux rapides, et lui remit les rênes en main.
  1. Alors, il serait arrivé un désastre, des actions furieuses auraient été commises, les Troyens auraient été renfermés dans Ilion comme des agneaux, si le Père des hommes et des Dieux ne s'était aperçu de ceci. Et il tonna fortement, lançant la foudre éclatante devant les chevaux de Diomède ; et l'ardente flamme du soufre brûlant jaillit. Les chevaux effrayés s'abattirent sous le char, et les rênes splendides échappèrent des mains de Nestor ; il craignit dans son cœur, et dit à Diomède :
  2. - Fils de Tydée ! retourne, fais fuir les chevaux aux sabots épais. Ne vois-tu point que Zeus ne t'aide pas ? Voici que le Cronide donne maintenant la victoire à Hector, et il nous la donnera aussi, selon sa volonté. Le plus brave des hommes ne peut rien contre la volonté de Zeus dont la force est sans égale.
  3. Diomède hardi au combat lui répondit :
  4. - Oui, vieillard, tu as dit vrai, et selon la justice ; mais une amère douleur envahit mon âme. Hector dira, haranguant les Troyens : Diomède, fils de Tydée, a fui devant moi vers ses nefs ! Avant qu'il se glorifie de ceci, que la terre profonde m'engloutisse !
  5. Le cavalier Gérénien Nestor lui répondit :
  6. - Ah ! fils du vaillant Tydée, qu'as-tu dit ? Si Hector te nommait lâche et faible, ni les Troyens, ni les Dardaniens, ne l'en croiraient, ni les femmes des magnanimes Troyens porteurs de boucliers, elles dont tu as renversé dans la poussière les jeunes époux.
  1. Ayant parlé ainsi, il prit la fuite, poussant les chevaux aux sabots massifs à travers la mêlée. Et les Troyens et Hector, avec de grands cris, les accablaient de traits ; et le grand Hector au casque ondoyant cria à voix haute :
  2. - Fils de Tydée, Diomède, certes, les cavaliers Danaens t'honoraient entre tous, te réservant la meilleure place, et les viandes, et les coupes pleines. Aujourd'hui, ils t'auront en mépris, car tu n'es plus qu'une femme ! Va donc, fille lâche ! Tu es par ma faute loin de nos tours, et tu n’emmèneras pas nos femmes dans tes nefs. Auparavant, je t'aurai donné la mort.
  3. Il parla ainsi, et le Tydéide hésita, voulant fuir et combattre face à face. Il hésita trois fois dans son esprit et dans son cœur ; et trois fois le sage Zeus tonna du haut des monts Idaiens, en signe de victoire pour les Troyens. Et Hector, d'une voix puissante, animait les Troyens :
  4. - Troyens, Lyciens et hardis Dardaniens, amis, soyez des hommes et souvenez-vous de votre force et de votre courage. Je sens que le Cronide me promet la victoire et une grande gloire, et réserve la défaite aux Danaens. Les insensés ! Ils ont élevé ces murailles inutiles et méprisables qui n'arrêteront point ma force ; et mes chevaux sauteront aisément par-dessus le fossé profond. Mais quand j'aurai atteint les nefs creuses, souvenez-vous de préparer le feu destructeur, afin que je brûle les nefs, et qu'auprès des nefs je tue les Argiens eux-mêmes, aveuglés par la fumée.
  1. Ensuite, excitant de la voix ses coursiers, il s’écrie :
  2. - Xanthos, Podargos, Æthon, et toi, généreux Lampos, voici l’instant de me payer les soins que vous prodigue Andromaque, la fille du magnanime ÉÉtion ; elle qui vous présente le pur froment, et prépare le vin pour vous désaltérer, au gré de vos désirs, même avant de songer à moi, qui suis son jeune époux. Poursuivez donc l’ennemi, hâtez-vous ; puissions-nous enlever à Nestor ce bouclier dont la gloire s’élève jusqu’aux cieux, ce bouclier d’or dont les poignées mêmes sont d’or massif ! puissions-nous arracher des épaules de Diomède cette riche cuirasse qu’a forgée l’industrieux Héphaëstos ! Si nous ravissons ces dépouilles, j’espère que cette nuit même les Achéens remonteront sur leurs vaisseaux rapides.
  3. Plein d’orgueil, ainsi parlait Hector. Héra, indignée, s’agite sur son trône, et l’Olympien frémit ; puis s’adressant au grand Poséidon :
  4. - Dieu puissant, dit-elle, dont le trident ébranle la terre, ton cœur sera-t-il sans pitié pour ces Achéens expirants ? eux qui, dans Ægion et dans Hélicé, t’apportent sans cesse de nombreuses et magnifiques offrandes. Puisses-tu leur souhaiter la victoire ! Si nous voulions, nous les protecteurs des Achéens, repousser les Troyens et réprimer la puissance de Zeus, ce dieu, consumé de tristesse, resterait seul sur les montagnes de l’Ida.
  5. - Téméraire Héra, répond Poséidon irrité, quelle parole oses-tu proférer ? Non, je ne consentirai point à ce que les autres dieux combattent Zeus, le fils de Cronos, car il est le plus puissant.
  6. Tandis que ces divinités discourent ainsi, tout l’espace que renferme le fossé depuis la tour jusqu’aux navires est rempli de chevaux et de guerriers qui se pressent en tumulte. Semblable au dieu Arès, s’élance le fils de Priam, Hector, que Zeus veut combler de gloire. Sans doute il livrerait les vaisseaux à la flamme si l’auguste Héra n’eût inspiré dans le cœur d’Agamemnon, déjà plein d’ardeur, le désir de ranimer le courage des Achéens.
  1. Ce roi parcourt les tentes et les vaisseaux ; il tient en sa main son large manteau de pourpre, et s’arrête vers le navire d’Ulysse, au centre de l’armée, pour être entendu de toutes parts, depuis les tentes d’Ajax, fils de Télamon, jusqu’à celles d’Achille ; car ces guerriers avaient traîné leurs navires aux deux extrémités du camp, se confiant dans leur courage et dans la force de leurs bras. Là, d’une voix formidable, Agamemnon s’écrie :
  2. - Quelle honte, Argiens, et quel excès d’opprobre, vous qui n’êtes braves qu’en apparence ! Que sont devenus maintenant, nous qui nous disions les plus courageux, que sont devenus les superbes discours que vous profériez avec tant de jactance lorsque dans Lemnos, vous rassasiant de la chair des taureaux, et buvant le vin à pleine coupe, chacun de vous disait qu’il vaudrait à la guerre cent et deux cents Troyens ? Aujourd’hui nous ne valons pas le seul Hector, qui bientôt va livrer notre flotte aux feux dévorants. Grand Zeus, accablas-tu jamais un roi puissant de tant de maux, le privas-tu jamais de tant de gloire ? Cependant, depuis qu’avec mes navires j’ai touché ce funeste rivage, je n’ai jamais passé devant ton superbe autel sans l’honorer ; sur tous j’ai brûlé les cuisses et la graisse des taureaux, aspirant à détruire la superbe Ilion. Zeus, du moins, accomplis ce vœu : permets notre retour, favorise notre fuite, et ne souffre pas que sous les coups des Troyens périssent ainsi tous les enfants des Achéens.
  3. Ainsi parlait Agamemnon : touché de ses larmes, le maître des dieux consent que l’armée soit sauvée, qu’elle ne succombe pas tout entière. Aussitôt il envoie un aigle, le plus certain des augures, qui, tenant dans ses serres le faon d’une biche rapide, le jette sur l’autel éclatant où les Achéens sacrifiaient à Zeus, père des oracles. A l’aspect de cet oiseau que leur envoie un dieu puissant, ils fondent avec plus de fureur sur les Troyens, et se rappellent leur courage.
  4. Alors nul parmi les Achéens, quoique nombreux, nul n’a pu se vanter d’avoir devancé les chevaux agiles du fils de Tydée, en franchissant le fossé pour attaquer l’ennemi. C’est lui qui, le premier, renverse un guerrier illustre parmi les Troyens, Agélaos, fils de Phradmon : il pressait la fuite de ses coursiers, lorsque Diomède l’atteint par-derrière avec sa lance, qui s’enfonce entre les deux épaules et traverse la poitrine. Agélaos tombe du char, et ses armes retentissent autour de lui. Sur les pas de Diomède s’élancent les Atrides, Agamemnon et Ménélas ; à ceux-ci succèdent les deux Ajax, revêtus d’une force impétueuse ; Idoménée et son écuyer Mérion, semblable au dieu Arès ; Eurypylos, fils d’Évèmon ; et Teucros est le neuvième qui s’avance armé de son arc flexible : il s’arrête sous le bouclier d’Ajax, fils de Télamon ; Ajax lui fait un rempart de son bouclier. Le vaillant Teucros, regardant autour de lui, lançait ses flèches dans la mêlée ; celui qu’elles atteignaient tombait en expirant. Puis Teucros se réfugiait vite auprès d’Ajax, comme un enfant se réfugie près de sa mère, et ce guerrier le couvrait du bouclier étincelant.
  1. Quel fut le premier des Troyens qu’immola Teucros ? Le premier fut Orsiloque ; ensuite il tue Ormènos, Ophélestès, Daïtor, Chromios, le beau Lycophontès, Amopaon, fils de Polyaimon, et Mélanippe : tous, abattus, sont entassés sur la terre féconde. Agamemnon, roi des hommes, plein de joie en voyant ce héros dont l’arc terrible renverse les phalanges troyennes, s’approche de Teucros, et lui dit ces mots :
  2. - Digne fils de Télamon, ô toi que je chéris, Teucros, prince des peuples, poursuis tes exploits ; tu seras l’honneur des Achéens et celui de ton père Télamon, qui veilla sur ton enfance, et qui t’éleva dans son palais, bien que tu sois né d’un lit étranger ; quoiqu’il soit éloigné, comble-le de gloire. Je le déclare, j’accomplirai ma promesse : si le grand Zeus, si Athéna, me permettent de renverser les hauts remparts d’Ilion, tu recevras, après moi, le plus honorable prix, soit un trépied, soit deux coursiers avec leurs chars, ou bien enfin une jeune captive qui partagera ta couche.
  3. - Glorieux fils d’Atrée, répond le généreux Teucros, pourquoi m’exciter encore, lorsque je fais tous mes efforts? Je combats sans relâche, et de tout mon pouvoir ! Depuis que nous avons repoussé les Troyens vers Ilion, je ne cesse d’abattre ceux qui se présentent à mes flèches.
  1. Je viens de lancer huit flèches à la pointe acérée : toutes ont percé le sein à de jeunes guerriers ; mais je ne puis atteindre ce dogue plein de rage.
  2. Il dit, et lance une autre flèche contre Hector : son cœur est impatient de l’atteindre ; mais le trait s’égare, et frappe dans la poitrine le valeureux Gorgythion, un des nobles fils de Priam : la mère qui lui donna le jour, venue de la ville d’Æsyme, était la belle Castianira ; elle avait le port d’une déesse. Comme, dans un jardin, le pavot penche sa tête chargée de fruits et des rosées du printemps ; de même, ce jeune guerrier laisse sous le casque tomber son front appesanti.
  3. Teucros, toujours brûlant d’exterminer Hector, décoche une autre flèche ; mais elle s’égare encore cette fois : Apollon l’a détournée lui-même ; le dard frappe dans le sein, près de la mamelle, l’intrépide écuyer d’Hector, Archeptolème, plein d’ardeur dans les combats ; il tombe du char, les chevaux fougueux reculent d’effroi, et leur guide sent s’exhaler et son âme et ses forces. Une douleur profonde déchire le cœur d’Hector à la vue de son compagnon immolé ; mais, malgré la peine qu’il éprouve, il le laisse étendu sur la terre, et commande à son frère, à Cébrion, qui se trouvait à ses côtés, de prendre les rênes des coursiers : le guerrier obéit promptement à cet ordre. Alors Hector s’élance de son char en jetant de grands cris ; il saisit un rocher, et va droit à Teucros ; tout son désir est de l’immoler. Cependant Teucros lui-même avait pris dans le carquois une flèche cruelle qu’il ajustait à la corde; mais au moment où celui-ci, plein d’ardeur, bandait son arc, le terrible Hector lui lance la pierre raboteuse et le frappe près de l’épaule, à l’os qui sépare le cou de la poitrine, endroit mortel ; il brise la corde de son arc, le poignet s’engourdit : Teucros tombe sur ses genoux, et l’arc échappe de ses mains. Ajax n’abandonne pas son frère abattu ; soudain il accourt, et le couvre de son bouclier : alors deux amis fidèles se présentent, Mécistée, fils d’Échios, et le divin Alastor ; ces deux guerriers emportent vers les navires Teucros, qui pousse de profonds gémissements.
L'archer Teucros.

L'archer Teucros.

L'archer Teucros.

L'archer Teucros.

L'archer Teucros.

L'archer Teucros.

  1. L'Olympien rendit de nouveau le courage aux Troyens, et ils repoussèrent les Achéens jusqu'au fossé profond ; Hector marchait en avant, répandant la terreur de sa force. Comme un chien qui poursuit de ses pieds rapides un sanglier sauvage ou un lion, le touche aux cuisses et aux flancs, épiant l'instant où il se retoumera, de même Hector poursuivait les Achéens chevelus, tuant toujours celui qui restait en arrière. Les Achéens fuyaient.
  2. Beaucoup tombaient sous les coups des Troyens, en traversant les pieux et le fossé. Mais les autres s'arrêtèrent auprès des nefs, s'animant entre eux, levant les bras et suppliant tous les Dieux. Et Hector poussait de tous côtés ses chevaux aux belles crinières, ayant les yeux de Gorgô et du sanguinaire Arès. La divine Héra aux bras blancs, à cette vue, fut saisie de pitié et dit à Athéna ces paroles ailées :
  3. - Ah ! fille de Zeus tempétueux, ne secourrons-nous point, en ce combat suprême, les Danaens qui périssent ? Car voici que, par une destinée mauvaise, ils vont périr sous la violence d'un seul homme. Le Priamide Hector est plein d'une fureur intolérable, et il les accable de maux.
  4. La divine Athéna aux yeux clairs lui répondit :
  5. - Certes, le Priamide aurait déjà perdu la force avec la vie et serait tombé mort sous la main des Argiens, sur sa terre natale, si mon père, toujours irrité, dur et inique, ne s'opposait à ma volonté. Et il ne se souvient plus que j'ai souvent secouru son fils accablé de travaux par Eurysthée. Héraclès criait vers le Ciel, et Zeus m'envoya pour le secourir. Certes, si j'avais prévu ceci, quand Héraclès fut envoyé dans les demeures aux portes massives d'Hadès, pour enlever, de l'Érèbe, le Chien du haïssable Erèbe, certes, il n'aurait point repassé l'eau courante et profonde du Styx ! Et Zeus me hait, et il cède aux désirs de Thétis qui a embrassé ses genoux et lui a caressé la barbe, le suppliant d'honorer Achille le destructeur de citadelles. Et il me nommera encore sa chère fille aux yeux clairs ! Mais attelle nos chevaux aux sabots massifs, tandis que j'irai dans la demeure de Zeus prendre l'Egide et me couvrir de mes armes guerrières. Je verrai si le Priamide Hector au casque ondoyant sera joyeux de nous voir descendre toutes deux dans la mêlée. Certes, plus d'un Troyen couché devant les nefs des Achéens va rassasier les chiens et les oiseaux carnassiers de sa graisse et de sa chair !
  6. Elle parla ainsi, et la divine Héra aux bras blancs obéit. La divine et vénérable Héra, fille du grand Cronos, se hâta d'atteler les chevaux liés par des harnais d'or. Athéna, fille de Zeus tempétueux, laissa tomber son riche péplos, qu'elle avait travaillé de ses mains, sur le pavé de la demeure de son père, elle prit la cuirasse de Zeus qui amasse les nuées, et elle se revêtit de ses armes pour la guerre lamentable.
  1. Elle monta dans le char flamboyant, et elle saisit la lance lourde, grande et solide, avec laquelle, étant la fille d'un père tout-puissant, elle dompte la foule des héros contre qui elle s'irrite. Héra frappa du fouet les chevaux rapides, et les portes du Ciel s'ouvrirent d'elles-mêmes en criant, gardées par les Heures qui sont chargées d'ouvrir le grand Ouranos et l’Olympe, ou de les fermer avec un nuage épais. Ce fut par là que les Déesses poussèrent les chevaux obéissant à l'aiguillon. Zeus le Père, les ayant vues de l'Ida, fut saisi d'une grande colère, et il envoya la Messagère Iris aux ailes d'or :
  2. - Va ! hâte-toi, légère Iris ! Fais-les reculer, et qu'elles ne se présentent point devant moi, car ceci serait dangereux pour elles. Je le dis, et ma parole s'accomplira : J'écraserai les chevaux rapides sous leur char que je briserai, et je les en précipiterai, et, avant dix ans, elles ne guériront point des plaies que leur fera la foudre. Athéna aux yeux clairs saura qu'elle a combattu son père. Ma colère n'est point aussi grande contre Héra, car elle est habituée à toujours résister à ma volonté.
  3. Il parla ainsi, et la Messagère Iris aux pieds rapides comme le vent s'élança ; elle descendit des cimes Idaiennes dans le grand Olympos, elle les arrêta aux premières portes de l'Olympe aux vallées sans nombre, et elle leur dit les paroles de Zeus :
  4. - Où allez-vous ? Pourquoi votre cœur est-il troublé ainsi ? Le Cronide ne veut pas qu'on vienne en aide aux Argiens. Voici la menace du fils de Cronos, s'il agit selon sa parole : Il écrasera les chevaux rapides sous votre char qu'il brisera, et il vous en précipitera, et, avant dix ans, vous ne guérirez point des plaies que vous fera la foudre. Athéna aux yeux clairs, tu sauras que tu as combattu ton père ! Sa colère n'est point aussi grande contre Héra, car elle est habituée à toujours résister à sa volonté. Mais toi, très-violente et audacieuse chienne, oseras-tu lever ta lance terrible contre Zeus ?
  5. Ayant parlé ainsi, Iris aux pieds rapides s'envola, et Héra dit à Athéna :
  6. - Ah ! fille de Zeus tempétueux, je ne puis permettre que nous combattions contre Zeus pour des mortels. Que l'un meure, que l'autre vive, soit ! Et que Zeus décide, comme il est juste, et selon sa volonté, entre les Troyens et les Danaens.
  7. Ayant parlé ainsi, elle fit retourner les chevaux aux sabots massifs, et les Heures dételèrent les chevaux aux belles crinières, les attachèrent aux crèches divines, et appuyèrent le char contre le mur éclatant. Les Déesses, le cœur triste, s'assirent sur des sièges d'or au milieu des autres Dieux. Zeus le Père poussa du haut de l'Ida, vers l'Olympe, son char aux belles roues et ses chevaux, et il parvint aux sièges des Dieux. Le dieu illustre qui ébranle la terre détela les chevaux, posa le char sur un autel et le couvrit d'un voile de lin. Zeus à la forte voix s'assit sur son trône d'or, et le large Olympe trembla sous lui. Athéna et Héra étaient assises loin de Zeus, et elles ne lui parlaient ni ne l'interrogeaient ; mais il les devina et dit :
  8. - Athéna et Héra, pourquoi êtes-vous ainsi affligées ? Vous ne vous êtes point longtemps fatiguées, du moins, dans la bataille qui illustre les guerriers, afin d'anéantir les Troyens pour qui vous avez tant de haine. Non ! Tous les Dieux de l'Olympe ne me résisteront point, tant la force de mes mains invincibles est grande. La terreur a fait trembler vos beaux membres avant d'avoir vu la guerre et la mêlée violente. Et je le dis, et ma parole se serait accomplie : frappées toutes deux de la foudre, vous ne seriez point revenues sur votre char dans l'Olympe qui est la demeure des Immortels.
Héra se querellant avec Zeus, son époux. Querelle chez les dieux.

Héra se querellant avec Zeus, son époux. Querelle chez les dieux.

  1. Il parla ainsi, et Athéna et Héra gémissaient, assises à côté l'une de l'autre, et méditant le malheur des Troyens. Athéna restait muette, irritée contre son père Zeus, et une sauvage colère la brûlait ; mais Héra ne put contenir la sienne, et elle dit :
  2. - Terrible Cronide, quelle parole as-tu dite ? Nous savons bien que ta force est grande, mais nous gémissons sur les belliqueux Danaens qui vont périr par une destinée mauvaise. Nous ne combattrons point, si tu le veux ; mais nous aiderons les Argiens de nos conseils, afin qu'ils ne périssent pas tous des effets de ta colère.
  3. Et Zeus qui amasse les nuées lui répondit :
  4. - Certes, au retour d'Éôs, tu pourras voir, vénérable Héra aux yeux de génisse, le tout-puissant Cronide mieux détruire encore l'armée innombrable des Argiens ; car le brave Hector ne cessera point de combattre, que le rapide Péléide ne se soit levé auprès des nefs, le jour où les Achéens combattront sous leurs poupes, luttant dans un étroit espace sur le cadavre de Patrocle. Ceci est fatal. Je me soucie peu de ta colère, quand même tu irais aux dernières limites de la terre et de la mer, où sont couchés Japet et Cronos, loin des vents et de la lumière d’Hélios, fils d’Hypérion, dans l'enceinte du profond Tartare. Quand même tu irais là, je me soucie peu de ta colère, car rien n'est plus impudent que toi.
  5. Il parla ainsi, et Héra aux bras blancs ne répondit rien. La brillante lumière Hélienne tomba dans l'Okéanos, laissant la noire nuit sur la terre nourricière. La lumière disparut contre le gré des Troyens, mais la noire nuit fut la bienvenue des Achéens qui la désiraient ardemment.
  1. L'illustre Hector réunit l'agora des Troyens, les ayant conduits loin des nefs, sur les bords du fleuve tourbillonnant, en un lieu où il n'y avait point de cadavres. Ils descendirent de leurs chevaux pour écouter les paroles d’Hector cher à Zeus. Il tenait à la main une pique de onze coudées, à la brillante pointe d'airain retenue par un anneau d'or. Appuyé sur cette pique, il dit aux Troyens ces paroles ailées :
  2. - Écoutez-moi, Troyens, Dardaniens et Alliés. J'espérais ne retourner dans Ilion battue des vents qu'après avoir détruit les nefs et tous les Achéens ; mais les ténèbres sont venues qui ont sauvé les Argieng et les nefs sur le rivage de la mer. C'est pourquoi, obéissons à la nuit noire, et préparons le repas. Dételez les chevaux aux belles crinières et donnez-leur de la nourriture. Amenez au plus vite de la Ville des bœufs et de grasses brebis, apportez un doux vin de vos demeures, amassez beaucoup de bois, afin que, toute la nuit, jusqu'au retour d'Éôs qui naît le matin, nous allumions beaucoup de feux dont l'éclat s'élève dans le Ciel, et afin que les Achéens chevelus ne profitent pas de la nuit pour fuir sur le vaste dos de la mer. Qu'ils ne montent point tranquillement du moins sur leurs nefs, et que chacun d'eux, en montant sur sa nef, emporte dans son pays une blessure faite par nos piques et nos lances aiguës ! Que tout autre redoute désormais d'apporter la guerre lamentable aux Troyens dompteurs de chevaux. Que les hérauts chers à Zeus appellent, par la Ville, les jeunes enfants et les vieillards aux tempes blanches à se réunir sur les tours élevées par les Dieux ; et que les femmes timides, chacune dans sa demeure, allument de grands feux, afin qu'on veille avec vigilance, de peur qu'on entre par surprise dans la Ville, en l'absence des hommes. Qu'il soit fait comme je le dis, magnanimes Troyens, car mes paroles sont salutaires. Dès le retour d'Éôs je parlerai encore aux Troyens dompteurs de chevaux. Je me vante, ayant supplié Zeus et les autres Dieux, de chasser bientôt d'ici ces chiens que les Destins ont amenés sur les nefs noires. Veillons sur nous-mêmes pendant la nuit ; mais, dès la première heure du matin, couvrons-nous de nos armes et poussons l'impétueux Arès sur les nefs creuses.
  1. Je saurai si le brave Diomède Tydéide me repoussera loin des nefs jusqu'aux murailles, ou si, le perçant de l'airain, j'emporterai ses dépouilles sanglantes. Demain, il pourra se glorifier de sa force, s'il résiste à ma pique ; mais j'espère plutôt que, demain, quand Hélios se lèvera, il tombera parmi les premiers, tout sanglant, au milieu d'une foule de ses compagnons. Et plût aux Dieux que je fusse immortel et toujours jeune, et honoré comme Athéna et Apollon, autant qu'il est certain que ce jour sera funeste aux Argiens !
  2. Hector parla ainsi, et les Troyens poussèrent des acclamations. Ils détachèrent du joug les chevaux trempés de sueur, ils les lièrent avec des lanières auprès des chars ; ils amenèrent rapidement de la Ville des bœufs et des brebis grasses ; ils apportèrent un doux vin et du pain de leurs demeures, et ils amassèrent beaucoup de bois. Puis, ils sacrifièrent de complètes hécatombes aux Immortels, et le vent en portait la fumée épaisse et douce dans le Ciel. Mais les Dieux bienheureux n'en voulurent point et la dédaignèrent, car ils haïssaient la sainte Ilion, et Priam, et le peuple de Priam aux piques de frêne.
  3. Les Troyens, pleins d'espérance, passaient la nuit sur le sentier de la guerre, ayant allumé de grands feux. Comme, lorsque les astres étincellent dans le Ciel autour de la claire Séléné, que le vent ne trouble point l'air, on voit s'éclairer les cimes et les hauts promontoires et les vallées, que l'Æther infini s'ouvre au faîte du Ciel, que le berger joyeux voit luire tous les astres ; de même, entre les nefs et l'eau courante du Xanthe, les feux des Troyens brillaient devant Ilion. Mille feux brûlaient ainsi dans la plaine ; et, près de chacun, étaient assis cinquante guerriers autour de la flamme ardente. Les chevaux, mangeant l'orge et l'avoine, près des chars, attendant Éôs au trône d’or.
Hector, champion et chef suprême des Troyens.

Hector, champion et chef suprême des Troyens.

Hector, champion et chef suprême des Troyens.

Hector, champion et chef suprême des Troyens.

Hector, champion et chef suprême des Troyens.

Hector, champion et chef suprême des Troyens.

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