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  1. Chant 7
  2. Hector et Pâris combattent à nouveau. Duel d'Ajax et d'Hector. Une courte trêve est conclue pour l'enterrement des morts. Les Achéens entourent leur camp d'un mur et creusent au pied un fossé.
  3. Chant 7 :
  4. Ayant parlé ainsi, l'illustre Hector sortit des portes, son frère Alexandre l'accompagnait, et tous deux, dans leur cœur, étaient pleins du désir de combattre.
  5. Comme un Dieu envoie un vent propice aux matelots suppliants, qui se sont épuisés à battre la mer de leurs avirons polis, de sorte que leurs membres sont rompus de fatigue, de même les Priamides apparurent aux Troyens qui les désiraient.
  6. Aussitôt Alexandre tua le fils du roi Aréithoos, Ménesthios, qui habitait dans Arné, et que Aréithoos, qui combattait avec une massue, engendra de Philomédusa aux yeux de génisse. Hector tua, de sa pique aiguë, Eïonée ; l'airain le frappa au cou, sous le casque, et brisa ses forces. Glaucos, fils de Hippolochos, chef des Lyciens, blessa, de sa pique, entre les épaules, au milieu de la mêlée, Iphinoos, fils de Dexias, qui sautait sur ses chevaux rapides. Il tomba sur la terre, et ses forces furent brisées.
  1. La divine Athéna aux yeux clairs, ayant vu les Argiens qui périssaient dans la rude bataille, descendit à la hâte du faîte de l'Olympe devant la sainte Ilion, et Apollon accourut vers elle, voulant donner la victoire aux Troyens, et l'ayant vue de la hauteur de Pergame. Ils se rencontrèrent auprès du Hêtre, et le roi Apollon, fils de Zeus, parla le premier :
  2. - Pourquoi, pleine d'ardeur, viens-tu de nouveau de l'Olympe, fille du grand Zeus ? Est-ce pour assurer aux Danaens la victoire douteuse ? Car tu n'as nulle pitié des Troyens qui périssent. Mais, si tu veux m'en croire, ceci sera pour le mieux. Arrêtons pour aujourd'hui la guerre et le combat. Tous lutteront ensuite jusqu'à la chute de Troie, puisqu'il vous plaît, à vous, Immortels, de renverser cette ville.
  3. La Déesse aux yeux clairs, Athéna, lui répondit:
  4. Qu'il en soit ainsi, ô Archer divin ! C'est dans ce même dessein que je suis venue de l'Olympe vers les Troyens et les Achéens. Mais comment arrêteras-tu le combat des guerriers ?
  5. Le roi Apollon, fils de Zeus, lui répondit :
  6. - Exhortons l’ardeur d’Hector dompteur de chevaux, et qu'il provoque, seul, un des Danaens à combattre en duel. Les Achéens aux cnémides d'airain inciteront un des leurs à relever le défi d’Hector.
  7. Il parla ainsi, et la divine Athéna aux yeux clairs consentit. Alors Hélénos, le fils très aimé de Priam, devina dans son esprit le dessein des Dieux ; il s'approcha d’Hector et lui parla ainsi :
  8. - Hector, fils de Priam, égal à Zeus en sagesse, voudras-tu me croire, moi qui suis ton frère ? Fais que les Troyens et tous les Achéens s'arrêtent, et provoque le plus brave des Achéens à combattre contre toi dans un duel. La funeste Moire n’a pas choisi d’arrêter ta destinée en ce jour, je le sais pour avoir entendu la voix des Dieux immortels.
Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Apollon en personne.

Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Apollon en personne.

Cassandre et Hélénos, les jumeaux prophétiques.

Cassandre et Hélénos, les jumeaux prophétiques.

  1. Il parla ainsi, et Hector s'en réjouit ; s'avançant en tête des Troyens, il arrêta leurs phalanges à l'aide de la pique qu'il tenait par le milieu, et tous s'arrêtèrent. Agamemnon contint aussi les Achéens aux belles cnémides. Athéna et Apollon qui porte l'arc d'argent, semblables à des vautours, s'assirent sous le hêtre élevé de Zeus le Père tempétueux qui se réjouit des  guerriers. Les deux armées, par rangs fournis, s'assirent, hérissées et brillantes de boucliers, de casques et de piques. Comme, au souffle de Zéphyre, l'ombre se répand sur la mer qui devient toute noire, de même les rangs des Achéens et des Troyens couvraient la plaine. Et Hector leur parla ainsi :
  2. - Écoutez-moi, Troyens et Achéens aux belles cnémides, afin que je vous dise ce que mon cœur m'ordonne de dire. Le sublime Cronide n'a point scellé notre alliance, mais il songe à nous accabler tous de calamités, jusqu'à ce que vous preniez Troie aux fortes tours, ou que vous soyez domptés auprès des nefs qui fendent la mer. Puisque vous êtes les princes des Panachéens, que celui d'entre vous que son courage poussera à combattre contre moi sorte des rangs et combatte le divin Hector. Je vous le dis, et que Zeus soit témoin : si celui-là me tue de sa pique d'airain, me dépouillant de mes armes, il les emportera dans ses nefs creuses ; mais il renverra mon corps dans ma demeure, afin que les Troyens et les femmes des Troyens brûlent mon cadavre sur un bûcher ; si je le tue, et qu'Apollon me donne cette gloire, j'emporterai ses armes dans la sainte Ilion et je les suspendrai dans le temple de l'archer Apollon ; mais je renverrai son corps aux nefs solides, afin que les Achéens chevelus l'ensevelissent. Ils lui élèveront un tombeau sur le rivage du large Hellespont. Et celui d'entre les hommes futurs, naviguant sur la mer écumeuse, dans sa nef solide, dira, voyant ce tombeau d'un guerrier mort depuis longtemps :
  3. - Celui-ci fut tué autrefois par l'illustre Hector renommé par son courage. Ainsi ma gloire ne mourra jamais.
  4. Il parla ainsi, et tous restèrent muets, n'osant refuser ni accepter son défi. Alors Ménélas se leva et dit, plein de reproches, et soupirant profondément :
  5. - Hélas ! Achéennes menaçantes, et non plus Achéens ! certes, ceci nous sera un grand opprobre, si aucun des Danaens ne se lève contre Hector. Mais que la terre et l'eau vous manquent, à vous qui restez assis sans courage et sans gloire ! Moi, je m'armerai donc contre Hector, car la victoire enfin est entre les mains des Dieux Immortels.
  1. Il parla ainsi, et il se couvrait de ses belles armes. Alors, Ménélas, tu aurais trouvé la fin de ta vie sous les mains d’Hector, car il était beaucoup plus fort que toi, si les Rois des Achéens, s'étant levés, ne t'eussent retenu. L'Atride Agamemnon qui commande au loin lui prit la main et lui dit :
  2. - Insensé Ménélas, nourrisson de Zeus, d'où te vient cette démence ? Contiens-toi, malgré ta douleur. Cesse de vouloir combattre contre un meilleur guerrier que toi, le Priamide Hector, que tous redoutent. Achille, qui est beaucoup plus fort que toi dans la bataille qui illustre les guerriers, craint de le rencontrer. Reste donc assis dans les rangs de tes compagnons, et les Achéens choisiront un autre combattant. Bien que le fils de Priam soit brave et insatiable de guerre, je pense qu'il se reposera volontiers, s'il échappe à ce rude combat.
  3. Il parla ainsi, l'esprit du héros fut persuadé par les paroles sages de son frère, et il lui obéit. Ses serviteurs, joyeux, enlevèrent les armes de ses épaules. Alors se leva Nestor au milieu des Argiens et il dit :
  4. - Ah ! certes, un grand deuil envahit la terre achéenne ! Le vieux cavalier Pélée, excellent et sage agorète des Myrmidons, va gémir grandement, lui qui, autrefois, m'interrogeant dans sa demeure, apprenait, plein de joie, quels étaient les pères et les fils de tous les Achéens ! Quand il saura que tous sont épouvantés par Hector, il étendra souvent les mains vers les Immortels, afin que son âme, hors de son corps, descende dans la demeure d'Hadès ! Plût à vous, ô Zeus, Athéna et Apollon, que je fusse plein de jeunesse, comme au temps où, près du rapide Céladon, les Pyliens combattaient les Arcadiens armés de piques, sous les murs de Phéia où viennent les eaux courantes du Dardanos. Au milieu d'eux était le divin guerrier Éreuthalion, portant sur ses épaules les armes du roi Aréithoos, du divin Aréithoos que les hommes et les femmes aux belles ceintures appelaient le porte-massue, parce qu'il ne combattait ni avec l'arc, ni avec la longue pique, mais qu'il rompait les rangs ennemis à l'aide d'une massue de fer. Lycurgue le tua par ruse, et non par force, dans une route étroite, où la massue de fer ne put écarter de lui la mort. Là, Lycurgue, le prévenant, le perça de sa pique dans le milieu du corps, et le renversa sur la terre. Il le dépouilla des armes que lui avait données le rude Arès. Dès lors, Lycurgue les porta dans la guerre ; mais, devenu vieux dans ses demeures, il les donna à son cher compagnon Éreuthalion, qui, étant ainsi armé, provoquait les plus braves. Tous tremblaient, pleins de crainte, et nul n'osait l’affronter. Mais mon cœur hardi me poussa à combattre, confiant en mes forces, bien que le plus jeune de tous. Je combattis, et Athéna m'accorda la victoire, je tuai ce très-robuste et très brave guerrier dont le grand corps couvrit un vaste espace. Plût aux Dieux que je fusse ainsi plein de jeunesse et que mes forces fussent intactes ! Hector au casque ondoyant commencerait aussitôt le combat. Mais vous ne vous hâtez point de lutter contre Hector, vous qui êtes les plus braves des Panachéens.
  5. Le vieillard leur fit ces reproches, et neuf d'entre eux se levèrent. Le premier fut le roi des hommes, Agamemnon. Puis, le brave Diomède, fils de Tydée, se leva. Après eux se levèrent les Ajax revêtus d'une grande force, Idoménée et le compagnon d'Idoménée, Mérion, semblable au tueur de guerriers Arès, Eurypylos, l'illustre fils d'Évèmon, Thoas, fils d’Andræmon et le divin Ulysse. Tous voulaient combattre contre le divin Hector. Et le cavalier Gérénien Nestor dit au milieu d'eux :
  6. - Remuez maintenant tous les sorts, et celui qui sera choisi par le sort combattra pour tous les Achéens aux belles cnémides, et il se réjouira de son courage, s'il échappe au rude combat et à la lutte dangereuse.
  1. Il parla ainsi, chacun marqua son signe, et tous furent mêlés dans le casque de l'Atride Agamemnon. Les peuples priaient ; élevant les mains vers les Dieux, chacun disait, regardant le large Ouranos :
  2. - Zeus le Père, fais sortir le signe d'Ajax, ou celui du fils de Tydée !
Le duel d'Hector et d'Ajax.

Le duel d'Hector et d'Ajax.

  1. Ils parlèrent ainsi ; le cavalier Gérénien Nestor agita le casque et en fit sortir le signe d'Ajax que tous désiraient. Un héraut le prit, le présentant par la droite aux princes Achéens. Ceux qui ne le reconnaissaient point le refusaient. Mais quand il parvint à celui qui l'avait marqué et jeté dans le casque, à l'illustre Ajax, celui-ci le reconnut aussitôt, et, le laissant tomber à ses pieds, il dit, plein de joie :
  2. - Ô amis, ce signe est le mien ; et je m'en réjouis dans mon cœur, car je pense que je dompterai le divin Hector. Allons ! pendant que je revêtirai mes armes belliqueuses, suppliez tout bas, afin que les Troyens ne vous entendent point, le roi Zeus Cronide ; ou priez-le tout haut, car nous ne craignons personne. Quel guerrier pourrait me dompter aisément, à l'aide de sa force ou de ma faiblesse ? Je suis né dans Salamis, et je n'y ai point été élevé sans gloire.
  3. Il parla ainsi, et tous suppliaient le père Zeus Cronide, et chacun disait, regardant le vaste Ouranos :
  4. - Zeus le Père, qui commande de l'Ida, très-auguste, très-grand, donne la victoire à Ajax et qu'il remporte une gloire brillante ; mais, si tu aimes Hector et le protèges aussi, rend-les égaux dans la gloire.
  5. Ils parlèrent ainsi. Ajax s'armait de l'airain éclatant. Après qu'il eut couvert son corps de ses armes, il marcha en avant, pareil au monstrueux Arès que le Cronide envoie au milieu des guerriers qu'il pousse à combattre, le cœur plein de fureur. Ainsi marchait le grand Ajax, rempart des Achéens, avec un sourire terrible, à grands pas, et brandissant sa longue pique. Les Argiens se réjouissaient en le voyant, et un tremblement saisit les membres des Troyens, et le cœur de Hector lui-même palpita dans sa poitrine ; mais il ne pouvait reculer dans la foule des siens, ni fuir le combat, puisqu'il l'avait demandé. Ajax s'approcha, portant un bouclier fait d'airain et de sept peaux de bœuf. L'excellent bourelier Tychios, qui habitait Hylé, l'avait fabriqué de sept peaux de puissants taureaux, recouvertes d'une plaque d'airain.
Le combat singulier d'Hector et Ajax (le Grand).

Le combat singulier d'Hector et Ajax (le Grand).

  1. Ajax, fils de Télamon, portant ce bouclier devant sa poitrine, s'approcha d’Hector, et lui dit ces paroles menaçantes :
  2. - Maintenant, Hector, tu sauras, seul à seul, quels sont les chefs des Danaens, sans compter Achille au cœur de lion, qui rompt les phalanges des guerriers. Il repose aujourd'hui, sur le rivage de la mer, dans ses nefs aux poupes recourbées, irrité contre Agamemnon le prince des peuples ; mais nous pouvons tous combattre contre toi. Commence donc le combat.
  3. Hector au casque ondoyant lui répondit :
  4. - Divin Ajax, fils de Télamon, prince des peuples, ne m'éprouve point comme si j'étais un faible enfant ou une femme qui ignore les travaux de la guerre. Je sais combattre et tuer les hommes, et mouvoir mon dur bouclier de la main droite ou de la main gauche, et il m'est permis de combattre audacieusement. Je sais, dans la rude bataille, de pied ferme marcher au son d'Arès, et me jeter dans la mêlée sur mes chevaux rapides. Mais je ne veux point frapper un homme tel que toi par surprise, mais en face, si je puis.
  5. Il parla ainsi, lança sa longue pique vibrante et frappa le grand bouclier d'Ajax. La pique irrésistible pénétra à travers les sept peaux de bœuf jusqu'à la dernière lame d'airain. Le divin Ajax lança aussi sa longue pique, et il en frappa le bouclier bien équilibré du Priamide ; la pique solide pénétra dans le bouclier éclatant, et, perçant la cuirasse artistement faite, déchira la tunique sur le flanc. Mais le Priamide se courba et évita le noir Trépas.
  6. Tous deux, relevant leurs piques, se ruèrent, semblables à des lions mangeurs de chair crue, ou à des sangliers dont la vigueur est grande. Le Priamide frappa de sa pique le milieu du bouclier, mais il n'en perça point l'airain, et la pointe se tordit.
  1. Ajax, bondissant, frappa le bouclier, qu'il traversa de sa pique ; il arrêta Hector qui se ruait, le blessa à la gorge, et un sang noir en jaillit. Mais Hector au casque ondoyant ne cessa point de combattre ; reculant, il prit de sa forte main une pierre grande, noire et rugueuse, qui gisait sur la plaine, et il frappa le milieu du grand bouclier couvert de sept peaux de bœuf, et l'airain résonna sourdement. Ajax, soulevant à son tour une pierre plus grande encore, la lança en lui donnant une grande puissance. De cette pierre, il brisa le bouclier, les genoux du Priamide fléchirent, et il tomba à la renverse sous le bouclier. Mais Apollon le releva aussitôt. Déjà ils se seraient frappés tous deux de leurs épées, en se ruant l'un contre l'autre, si les hérauts, messagers de Zeus et des hommes, n'étaient survenus, l'un du côté des Troyens, l'autre du côté des Achéens cuirassés, Talthybios et Idæos, sages tous deux. Ils levèrent leurs sceptres entre les deux guerriers, et Idæos, plein de conseils prudents, leur dit :
  2. - Ne combattez pas plus longtemps, mes chers fils. Zeus qui amasse les nuées vous aime tous deux, et tous deux vous êtes très braves, comme nous le savons tous. Mais voici la nuit, et il est bon d'obéir à la nuit.
La nuit tombe sur le combat singulier d'Ajax et d'Hector.

La nuit tombe sur le combat singulier d'Ajax et d'Hector.

  1. Le Télamonien Ajax lui répondit :
  2. - Idæos, ordonne à Hector de parler. C'est lui qui a provoqué au combat les plus braves d'entre nous. Qu'il décide, j'obéirai, je ferai ce qu'il fera.
  3. Alors le grand Hector au casque ondoyant lui répondit :
  4. - Ajax, un Dieu t'a donné la prudence, la force et la grandeur, et tu l'emportes par ta lance sur tous les Achéens. Cessons pour aujourd'hui la lutte et le combat. Nous combattrons de nouveau plus tard, jusqu'à ce qu'un Dieu en décide et donne à l'un de nous la victoire. Voici la nuit, et il est bon d'obéir à la nuit, afin que tu réjouisses, auprès des nefs Achéennes, tes concitoyens et tes compagnons, et que j'aille, dans la grande ville du roi Priam, réjouir les Troyens et les Troyennes ornées de longues robes, qui prieront pour moi dans les temples divins. Mais faisons-nous de mutuels et illustres dons, afin que les Achéens et les Troyens disent : Ils ont combattu pour la discorde qui déchire les cœurs, et voici qu'ils se sont séparés en amis.
Hector et Ajax, le duel suprême. L'échange des armes.

Hector et Ajax, le duel suprême. L'échange des armes.

  1. Ayant parlé ainsi, il offrit à Ajax l'épée aux clous d'argent, avec la gaîne et les courroies artistement travaillées, et Ajax lui donna un ceinturon éclatant, couleur de pourpre. Et ils se retirèrent, l'un vers l'armée des Achéens, l'autre vers les Troyens. Ceux-ci se réjouirent en foule, quand ils virent Hector vivant et sauf, échappé des mains invaincues et de la force d'Ajax. Ils l'emmenèrent vers la Ville, après avoir désespéré de son salut.
  2. De leur côté, les Achéens bien armés conduisirent au divin Agamemnon Ajax joyeux de sa victoire. Et quand ils furent arrivés aux tentes de l'Atride, le roi des hommes Agamemnon sacrifia au puissant Cronide un taureau de cinq ans. Après l'avoir écorché, disposé et coupé adroitement en morceaux, ils percèrent ceux-ci de broches, les firent rôtir avec soin et les retirèrent du feu. Puis, ils préparèrent le repas et se mirent à manger, et aucun ne put se plaindre, en son âme, de manquer d'une part égale. Mais le héros Atride Agamemnon, qui commande au loin, honora Ajax du dos entier. Et, tous ayant bu et mangé selon leur soif et leur faim, le vieillard Nestor ouvrit le premier le conseil et parla ainsi, plein de prudence :
  3. - Atrides, et vous, chefs des Achéens, beaucoup d'Achéens chevelus sont morts, dont le rude Arès a répandu le sang noir sur les bords du clair Scamandre, et dont les âmes sont descendues chez Hadès. C'est pourquoi il faut suspendre le combat dès la lueur du matin. Puis, nous étant réunis, nous enlèverons les cadavres à l'aide de nos bœufs et de nos mulets, et nous les brûlerons devant les nefs, afin que chacun en rapporte les cendres à ses fils, quand tous seront de retour dans la terre de la patrie. Et nous leur élèverons, autour d'un seul bûcher, un même tombeau dans la plaine. Tout auprès, nous construirons aussitôt de hautes tours qui nous protégeront nous et nos nefs. Et nous y mettrons des portes solides pour le passage des cavaliers, et nous creuserons en dehors un fossé profond qui arrêtera les cavaliers et les chevaux, si les braves Troyens poussent le combat jusque là.
  4. Il parla ainsi, et tous les Rois l'approuvèrent.
  5. L'agora tumultueuse et troublée des Troyens s'était réunie devant les portes de Priam, sur la haute citadelle d'Ilion. Et le sage Anténor, le premier, parla ainsi:
  6. - Écoutez-moi, Troyens, Dardaniens et Alliés, afin que je dise ce que mon cœur m'ordonne.
  1. Allons ! rendons aux Atrides l'Argienne Hélène et toutes ses richesses, et qu'ils les emmènent. Nous combattons maintenant contre les serments sacrés que nous avons jurés, et je n'espère rien de bon pour nous, si vous ne faites ce que je dis.
  2. Ayant parlé ainsi, il s'assit. Alors se leva du milieu de tous le divin Alexandre, l'époux d’Hélène à la belle chevelure. Et il répondit en paroles ailées :
  3. - Anténor, ce que tu as dit ne m'est point agréable. Tu aurais pu concevoir de meilleurs desseins, et, si tu as parlé sérieusement, certes, les Dieux t'ont ravi l'esprit. Mais je parle devant les Troyens dompteurs de chevaux, et je repousse ce que tu as dit. Je ne rendrai point cette femme. Pour les richesses que j'ai emportées d'Argos dans ma demeure, je veux les rendre toutes, et j'y ajouterai des miennes.
  4. Ayant parlé ainsi, il s'assit. Au milieu de tous, se leva le Dardanide Priam, semblable à un Dieu par sa prudence. Plein de sagesse, il parla ainsi et dit :
  5. - Écoutez-moi, Troyens, Dardaniens et Alliés, afin que je dise ce que mon cœur m'ordonne. Maintenant, prenez votre repas comme d'habitude, et faites tour à tour bonne garde. Que dès le matin Idæos se rende aux nefs creuses, afin de porter aux Atrides Agamemnon et Ménélas l'offre d'Alexandre d'où viennent nos discordes. Qu'il leur demande, par de sages paroles, s'ils veulent suspendre la triste guerre jusqu'à ce que nous ayons brûlé les cadavres. Nous combattrons ensuite de nouveau, en attendant que le sort décide entre nous et donne la victoire à l'un des deux peuples.
  6. Il parla ainsi, et ceux qui l'écoutaient obéirent ; l'armée prit son repas comme d'habitude. Dès le matin, Idæos se rendit aux nefs creuses. Il trouva les Danaens, nourrissons de Zeus, réunis dans l'agora, auprès de la poupe de la nef d'Agamemnon. Se tenant au milieu d'eux, il parla ainsi :
  7. - Atrides et Achéens aux belles cnémides, Priam et les illustres Troyens m'ordonnent de vous porter l'offre d'Alexandre d'où viennent nos discordes, si toutefois elle vous est agréable. Toutes les richesses qu'Alexandre a rapportées dans Ilion sur ses nefs creuses, - plût aux Dieux qu'il fût mort auparavant ! - il veut les rendre et y ajouter des siennes ; mais il refuse de rendre la jeune épouse de l'illustre Ménélas, malgré les supplications des Troyens. Et ils m'ont aussi ordonné de vous demander si vous voulez suspendre la triste guerre jusqu'à ce que nous ayons brûlé les cadavres. Nous combattrons ensuite de nouveau, en attendant que le sort décide entre nous et donne la victoire à l'un des deux peuples.
  1. Il parla ainsi, et tous restèrent muets. Diomède hardi au combat parla ainsi :
  2. - Qu'aucun de nous n'accepte les richesses d'Alexandre ni Hélène elle-même. Il est manifeste pour tous, fût-ce pour un enfant, que le suprême désastre est suspendu sur la tête des Troyens.
  3. Il parla ainsi, et tous les fils des Achéens poussèrent des acclamations, admirant les paroles du dompteur de chevaux Diomède. Et le roi Agamemnon dit à Idæos :
  4. Idæos, tu as entendu la réponse des Achéens. Ils t'ont répondu, et ce qu'ils disent me plaît. Cependant, je ne vous refuse point de brûler vos morts et d'honorer par le feu les cadavres de ceux qui ont succombé. Que l'époux d’Héra, Zeus qui tonne dans les hauteurs, soit témoin de notre traité !

 

  1. Ayant parlé ainsi, il éleva son sceptre vers tous les Dieux. Idæos retourna dans la sainte Ilion, où les Troyens et les Dardaniens étaient réunis en agora, attendant son retour. Il arriva, et, au milieu d'eux, il rendit compte de son message. Aussitôt ils s'empressèrent de transporter, ceux-ci les cadavres, ceux-là le bois du bûcher. Les Argiens, de leur côté, s'exhortaient, loin des nefs creuses, à relever leurs morts et à construire le bûcher.
  2. Hélios, à son lever, frappait les campagnes de ses rayons, et, montant dans le Ciel, sortait doucement du cours profond de l'Okéanos. Et les deux armées accouraient l'une vers l'autre. Alors, il leur fut difficile de reconnaître leurs guerriers ; mais quand ils eurent lavé leur poussière sanglante, ils les déposèrent sur les chars en répandant des larmes brûlantes. Le grand Priam ne leur permit point de gémir, et ils amassèrent les morts sur le bûcher, se lamentant dans leur cœur. Après les avoir brûlés, ils retournèrent vers la sainte Ilion.
  3. De leur côté, les Achéens aux belles cnémides amassèrent les cadavres sur le bûcher, tristes dans leur cœur. Et, après les avoir brûlés, ils s'en retournèrent vers les nefs creuses. Éôs n'était point levée encore, et déjà la nuit était douteuse, quand un peuple des Achéens vint élever dans la plaine un seul tombeau sur l'unique bûcher. Non loin, d'autres guerriers construisirent, pour se protéger eux-mêmes et les nefs, de hautes tours avec des portes solides pour le passage des cavaliers. Ils creusèrent, au dehors et tout autour, un fossé profond, large et grand, qu'ils défendirent avec des pieux. C'est ainsi que travaillaient les Achéens chevelus.
  4. Les Dieux, assis auprès du foudroyant Zeus, regardaient avec admiration ce grand travail des Achéens aux tuniques d'airain. Au milieu d'eux, Poséidon qui ébranle la terre parla ainsi :
  5. - Zeus, qui donc, parmi les mortels qui vivent sur la terre immense, fera connaître désormais aux Immortels sa pensée et ses desseins ? Ne vois-tu pas que les Achéens chevelus ont construit une muraille devant leurs nefs, avec un fossé tout autour, et qu'ils n'ont point offert d'illustres hécatombes aux Dieux ? La gloire de ceci se répandra autant que la lumière d'Éôs ; et les murs que Phœbos Apollon et moi avons élevés au héros Laomédon seront oubliés.
  1. Zeus qui amasse les nuées, avec un profond soupir, lui répondit :
  2. - Ah ! Très-puissant, qui ébranles la terre, qu'as-tu dit ? Un Dieu, moins doué de force que toi, n'aurait point cette crainte. Certes, ta gloire se répandra aussi loin que la lumière d'Éôs. Reprends courage, et quand les Achéens chevelus auront regagné sur leurs nefs la terre bien-aimée de la patrie, engloutis tout entier dans la mer ce mur écroulé, couvre de nouveau de sables le vaste rivage, et que cette immense muraille des Achéens s'évanouisse devant toi.
  3. Ils s'entretenaient ainsi. Hélios se coucha, et le travail des Achéens fut terminé. Ceux-ci tuaient des bœufs sous les tentes, et ils prenaient leurs repas. Plusieurs nefs avaient apporté de Lemnos le vin qu'avait envoyé Eunée, le fils de Jason, qu’Hypsipyle avait conçu du prince des peuples Jason. Eunée avait donné aux Atrides mille mesures de vin. Les Achéens chevelus lui achetaient ce vin, ceux-ci avec de l'airain, ceux-là avec du fer brillant ; les uns avec des peaux de bœufs, les autres avec les bœufs eux-mêmes, et d'autres avec leurs esclaves. Tous enfin préparaient l'excellent repas.
  4. Pendant toute la nuit, les Achéens chevelus mangeaient ; et les Troyens aussi et les Alliés mangeaient dans la Ville. Et, au milieu de la nuit, le sage Zeus, leur préparant de nouvelles calamités, tonna terriblement ; et la pâle crainte les saisit. Ils répandaient le vin hors des coupes, et aucun n'osa boire avant de faire des libations au très-puissant Cronide. Enfin, s'étant couchés, ils goûtèrent la douceur du sommeil.

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