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La ville de Troie, aussi appelée Ilion.

La ville de Troie, aussi appelée Ilion.

Carte des principaux combattants de la guerre de Troie

Carte des principaux combattants de la guerre de Troie

Il ÉTAIT UNE FOIS…

 

LA GUERRE

 

DE TROIE

 

D’après HOMĒRE

 

Et bien d’autres…

 

Racontée par Francis E. ANNOCQUE

 

Tome I

 

Les principaux chefs grecs

Les principaux chefs grecs

Les chefs grecs ou achéens

Les chefs grecs ou achéens

Hector et Enée

Hector et Enée

Enée et Hector

Enée et Hector

Les fils de Priam (les plus connus)

Les fils de Priam (les plus connus)

Les filles et les belles-filles de Priam

Les filles et les belles-filles de Priam

Les principaux alliés de Priam

Les principaux alliés de Priam

LES PERSONNAGES DE LA GUERRE DE TROIE

 

Il s'agit de la liste des héros les plus notables des deux armées, ceux qui se sont démarqués par leur force, leur courage, ou pour d'autres raisons. Etant donné que l'Iliade, ainsi que la Guerre de Troie en elle-même, sont décrites du point de vue grec, les personnages de ce camp sont beaucoup plus mis en avant, et donc la liste des héros grecs est plus importante que celle des héros troyens. Les personnages sont classés dans l'ordre de leur importance.

 

HEROS GRECS

Achille Fils de la néréide Thétis.
Guerrier invulnérable (à l'exception de son talon), il est inégalable dans l'art de combattre.
Roi des Myrmidons.
Tué par Pâris.
Agamemnon Chef des armées grecques.
Frère de Ménélas.
Roi de Mycènes.
Survit à la guerre.
(tué à son retour lors d'un attentat fomenté par sa femme Clytemnestre)
Ajax le Grand, fils de Télamon Dit "Ajax le Grand".
Le plus fort des guerriers grecs après Achille.
Roi de Salamine.
Se suicide après avoir perdu la raison à cause d'une manigance d'Ulysse.
Diomède Guerrier redoutable protégé par Athéna.
Roi d'Argos.
Survit à la guerre.
(tué plus tard par un prêtre d'Aphrodite)
Ulysse (Odysséos) Guerrier très rusé également protégé par Athéna.
Roi d'Ithaque.
Survit à la guerre.
(tué bien plus tard par son fils dont il ignorait l'identité)
Ménélas Source de la guerre.
Frère d'Agamemnon.
Roi de Lacédémone.
Survit à la guerre.
Nestor Guerrier très âgé, mais très sage.
Roi de Pylos.
Survit à la guerre.
Ajax le Jeune, fils d'Oïlée Dit "Ajax le Jeune".
Guerrier réputé pour sa vitesse.
Compagnon d'Ajax le Grand.
Roi de Locride.
Survit à la guerre.
(tué juste après lors d'une tempête provoquée par Poséidon).
Patrocle Ami d'enfance d'Achille.
Très bon guerrier et modèle de bonté.
Tué par Hector.
Idoménée Guerrier très habile dans l'utilisation de la lance.
Roi de Crète. 
Survit à la guerre.
Mérion Second d'Idoménée.
Guerrier, archer, et danseur !
Survit à la guerre.
Teucros Frère d'Ajax le grand.
Il est le meilleur archer de l'armée grecque.
Survit à la guerre.
Antiloque Fils de Nestor et frère de Thrasymède. Tué par Memnon.
Machaon Excellent médecin, fils du dieu Asclépios.
Roi de Trica avec son frère Podalirios.
Tué par Eurypyle, fils de Télèphe.

Les suivants apparaissent en dehors de l'Iliade :

Néoptolème Fils d'Achille, et aussi bon guerrier que son père. Survit à la guerre.
Philoctète Archer disposant des flèches d'Héraclès.
Roi de Méthone.
Survit à la guerre.

 

HEROS TROYENS

Hector Fils de Priam et chef des Troyens.
Il est le plus puissant rempart de la ville.
Tué par Achille.
Enée Fils d'Aphrodite.
Chef des Dardaniens.
Il sera le fondateur de Rome.
Survit à la guerre.
Pâris ou Alexandre Frère d'Hector.
Il est à l'origine de la guerre en ayant enlevé Hélène.
Excellent archer.
Tué par Philoctète.
Sarpédon Fils de Zeus.
Chef des Lyciens.
Tué par Patrocle.
Hélénos Fils de Priam.
Prophète et Archer.
Survit à la guerre.
Déiphobe Fils de Priam.
Guerrier redoutable.
Tué par Ménélas.
Glaucos Second de Sarpédon.
Valeureux et courageux.
Tué par Ajax (le Grand).
Pandaros Archer redoutable dont l'arc et les flèches proviennent d'Apollon.
Chef des guerriers de Zélée. 
Tué par Diomède.

Les suivants apparaissent en dehors de l'Iliade :

Troïlos Fils de Priam.
Un oracle disait que s'il atteignait les 20 ans, Troie ne tomberait pas.
Tué par Achille.
Cycnos Fils de Poséidon.
Il possède le don d'invulnérabilité.
Roi de Colone.
Tué par Achille.
Penthésilée Reine des amazones.
Excellente archer, comme toutes ses sœurs.
Tuée par Achille.
Memnon Roi des Ethiopiens.
Fils de l'Aurore.
Tué par Achille.
Eurypyle Fils de Télèphe, le roi de Mysie. Tué par Néoptolème. 

La famille royale de Troie :

Priam Roi de Troie Tué par Néoptolème.
Hécube Reine de Troie. Survit à la guerre.
Andromaque Femme d'Hector. Survit à la guerre.
Cassandre Fille de Priam, devineresse. Survit à la guerre.
Hélène Femme de Ménélas, enlevée et épousée par Pâris. Survit à la guerre.

 

Source : "Iliade", Homère.

Protésilas, le premier des héros grecs tués devant Troie. Il est le premier à débarquer en Troade. Il accomplit de nombreux exploits, en Mysie, à Ténédos, et à Troie, juste avant de tomber sous la lance d'Hector. Laodamie, son épouse inconsolable, obtiendra son retour des enfers, mais pour une courte période.

Protésilas, le premier des héros grecs tués devant Troie. Il est le premier à débarquer en Troade. Il accomplit de nombreux exploits, en Mysie, à Ténédos, et à Troie, juste avant de tomber sous la lance d'Hector. Laodamie, son épouse inconsolable, obtiendra son retour des enfers, mais pour une courte période.

Les fils de Priam et d'Hécube

Les fils de Priam et d'Hécube

Les fils et les filles de Priam et d'Hécube

Les fils et les filles de Priam et d'Hécube

Les filles de Priam les plus connues

Les filles de Priam les plus connues

Les filles de Priam et d'Hécube

Les filles de Priam et d'Hécube

Coluthos -

Nymphes de la Troade, filles du Xanthe, vous qui, renonçant au soin de tresser vos cheveux et aux amusements délicieux de votre fleuve natal, montez quelquefois sur le sommet de l'Ida pour y danser en chœur, accourez à mon aide ; quittez les eaux retentissantes au milieu desquelles vous habitez, et venez m'apprendre quelles furent les pensées d'un berger destiné à juger les dieux. Pourquoi le vit-on descendre de ses montagnes et franchir un élément qui lui était inconnu ? Pourquoi, conduit par un destin fatal, alla-t-il s'embarquer, s'il ne devait aboutir qu'à bouleverser la mer et la terre ? Quelle fut la cause subite d'un différend dans lequel on vit des bergers prononcer entre les immortels ? Quel jugement termina cette dispute divine ? Comment le nom d'une jeune beauté d'Argos put-il voler jusqu'à Troie ? Racontez-moi toutes ces choses, filles immortelles ; vous qui, du haut des rochers de l'Ida à double colline, avez vu le beau Pâris reposant dans des lieux solitaires, et la déesse Aphrodite, cette reine des Charites, s'applaudissant de sa beauté.

Le divin enfant qui verse le nectar au maître du tonnerre s'était déjà rendu sur les sommets élevés des montagnes de Thessalie, retentissants des chants d'hyménée en l'honneur du fils d'Eaque ; tous les dieux y accouraient, voulant illustrer, par leur présence, les noces célèbres de la sœur d'Amphitrite. Zeus avait abandonné l'Olympe, et Poséidon le fond des eaux ; Apollon était arrivé, précédant la troupe harmonieuse des Muses, empressées en ce jour à descendre de l'Hélicon. L'épouse et la sœur de Zeus marchait après lui ; la fille de l'Harmonie, la déesse qui naquit de l'écume azurée des mers, ne tarda pas à se rendre dans la retraite du centaure Chiron ; la Persuasion y vint aussi, armée de quelques traits dont elle avait allégé le carquois du petit dieu qui porte un arc ; elle apportait la couronne nuptiale qu'elle avait préparée elle-même. Athéna, ayant déposé le casque dont le poids énorme surcharge sa tête, suivait les autres dieux à cette noce, quoique assez ignorante du mystère de cette cérémonie. La fille de Léto, la sœur d'Apollon, Artémis elle-même, toute sauvage qu'elle est, n'avait pas dédaigné d'assister à la fête. Le dieu Arès s'y rendit aussi. Tel on l'avait vu jadis chez Héphaëstos, sans casque et sans lance, tel il parut aux noces de Pélée ; il n'avait point endossé ce jour-là sa cuirasse, il ne portait pas le fer homicide ; on le vit même sourire en dansant. La Discorde s'y montra, sans que le centaure Chiron ou Pélée daignassent lui faire le moindre accueil. Enfin Dionysos, secouant dans l'assemblée ses tresses dorées, éparpillait çà et là des raisins qui s'en détachaient, et faisait ainsi flotter sa chevelure au gré du zéphyr. Telle on voit une génisse piquée par le taon, cet insecte ennemi de son espèce, quitter des pacages qui lui fournissaient une nourriture abondante, pour courir au fond des forêts : telle la Discorde, devenue furieuse par l'excès de sa jalousie, portait çà et là ses pas inquiets, cherchant un moyen de troubler le festin des dieux. Quelquefois, se relevant sur la pierre qui lui servait de siège, elle se tenait debout ; mais bientôt elle s'asseyait de nouveau. Souvent elle portait ses mains à terre, sans y rencontrer une seule pierre qui pût servir d'instrument à sa rage. Elle aurait voulu disposer à son gré du feu céleste qui roule avec tant de fracas lorsqu'il est enflammé, ou réveiller les Titans au fond de leurs cavernes souterraines, pour ébranler la demeure du maître des dieux.

Malgré la passion qui l'aveuglait, elle laissa à Héphaëstos l'honneur de manier le feu divin pour y forger les armes de Zeus.

Elle eut bientôt une autre pensée : ce fut de faire retentir les airs du choc épouvantable de boucliers qui se heurteraient ensemble ; elle espérait que les dieux, troublés par cet horrible fracas, se lèveraient tous en sursaut ; mais elle craignit l'ardeur guerrière du dieu qui porte sans cesse un bouclier ; aussi imagina-t-elle une autre ruse. Elle se souvint du jardin des Hespérides, où croissent des pommes d'or ; elle espéra avoir trouvé la plus belle source de dissensions ; elle se flatta d'exciter par là une guerre mémorable.

Ayant donc été chercher une de ces pommes, elle la jeta au milieu du festin, et répandit ainsi le trouble entre les déesses. Héra, orgueilleuse d'être l'épouse de Zeus, se leva étonnée, et voulut s'en saisir. Aphrodite, comme la plus belle des immortelles, veut également la posséder, comme étant le trésor des Amours ; Héra insiste pour la prendre, et Athéna ne veut pas céder. Mais Zeus, voyant la querelle survenue entre les déesses, appela son fils Hermès, et lui parla ainsi : «Tu connais sans doute le fils de Priam, le beau Pâris qui paît les troupeaux sur les montagnes situées dans les environs de Troie, au pied desquelles le Nautile roule ses flots. Va lui porter cette pomme ; ordonne-lui de ma part de décider quelle est celle des déesses qui l'emporte sur les autres par la beauté régulière de ses traits, ou pour la manière dont les paupières se joignent entre elles, ou par le contour du visage. Que cette pomme soit le prix de la beauté pour celle qui aura été jugée la plus belle».

Tels sont les ordres que le fils de Cronos donna à Hermès. Celui-ci, soumis aux volontés de son père, s'achemina vers le lieu où il lui était prescrit d'aller, servant de guide aux déesses et remarquant bien si elles le suivaient. Chacune prétendait avoir plus de charmes que ses rivales. Cypris, toujours habile dans l'art de séduire, déployant alors son voile et dénouant l'agrafe embaumée qui retenait sa chevelure, sema l'or parmi ses boucles et dans ses cheveux. Ensuite, regardant tendrement les Amours, elle leur parla ainsi :

« Le moment décisif s'approche, mes enfants ; rassemblez-vous autour de votre mère. C'est aujourd'hui qu'on doit juger si je possède quelque beauté. J'ignore à qui le berger adjugera la pomme, et cette incertitude me donne des craintes. Héra est, dit-on, la mère des Charites ; elle dispose à son gré des sceptres, et distribue les empires. Pallas préside aux combats. Moi seule, entre les déesses, je n'ai aucune puissance. Ni l'autorité royale, ni la lance, ni les javelots, ne sont de mon partage. Mais pourquoi concevrais-je de vaines alarmes ? Au lieu de pique, n'ai-je pas une arme bien puissante dans cette ceinture qui me sert à enchaîner les Amours, charmés des liens que je leur impose ? Ne suis-je pas armée d'un aiguillon bien piquant et d'un arc dont les traits sont assurés ? Combien de mortelles souffrent des ardeurs que leur inspire cette ceinture fatale, sans pouvoir trouver la mort qu'elles implorent ! » Ainsi parla Aphrodite aux doigts de rose. Les Amours, dociles à la voix de leur mère, s'empressèrent d'accourir à son secours.
 

Déjà le messager de Zeus parcourait le sommet du mont Ida, tandis que le jeune Pâris paissait les troupeaux de son père vers l'embouchure du fleuve Anaure, faisant le compte de ses taureaux et de ses brebis. Une peau de chèvre sauvage lui pendait derrière le dos jusqu'au genou ; il portait une houlette, dont il se servait pour conduire ses taureaux. Tel Pâris marchait au-devant de son troupeau, réglant ses pas sur la mesure des airs dont il faisait retentir son chalumeau. Son chant, quoique rustique, n'en était pas moins mélodieux. Souvent, assis dans des lieux solitaires, il abandonnait son âme à la mélodie au point d'oublier ses taureaux et ses brebis. Là, suivant l'usage des bergers, il entonnait sur ses pipeaux champêtres un hymne à Pan et à Hermès, ses dieux chéris. Ses chiens, touchés de ses accents, cessaient alors d'aboyer ; ses taureaux suspendaient leurs mugissements :

Echo seule, cette divinité aérienne qui n'a jamais proféré d'elle-même aucun son, répétait tous ceux dont il faisait retentir le mont Ida. Les génisses ayant satisfait leur faim, reposaient sur l'herbe, et elles étaient pesamment accroupies ; elles l'écoutaient dans un muet contentement.

Le jugement de Pâris

     Un jour un mariage eut lieu sans qu' Eris, déesse de la discorde, ne soit invitée. De rage elle s'invita au mariage, une pomme d'or à la main où il y avait inscrit dessus « A la plus belle ». Elle la lance dans la foule et Aphrodite, Héra, Athéna se battirent pour l'avoir. Les dieux ne voulant pas faire de conflit allèrent chercher le plus beau des mortels qui se nommait  Pâris pour qu'il rende le jugement à leur place.

       Il était en train de garder des troupeaux sur le mont Ida quand les dieux lui apparurent. Ils leur expliquèrent l'histoire et il accepta de juger. Les déesses lui promirent un bel avenir:
 
    Héra: La gloire de l'Europe et l'Asie.
    Athéna: La victoire dans les guerres.
    Aphrodite: L'amour de la plus belle des mortelles.
 
Pâris ne sachant qui choisir voulut couper la pomme en trois pour donner un bout à chacune mais Hermès l'en empêcha.

    Au bout d'un long moment  Pâris  remit la pomme d'or à Aphrodite qui lui avait promit l'amour de la plus belle des mortelles. Aphrodite  lui dit que c'est Hélène, mais elle était mariée avec le roi de Sparte. Pâris enleva Hélène et la guerre de Troie fut déclenchée.

Le jugement de Pâris

Le jugement de Pâris

Dialogues des Dieux

20. Jugement des déesses

Zeus
Hermès, prends cette pomme, descends en Phrygie vers le fils de Priam, qui garde ses bœufs sur l'Ida, auprès du Gargaros, et dis-lui : « Pâris, Zeus t'ordonne, parce que tu es beau et connaisseur en amour, de prononcer entre ces déesses laquelle est la plus belle : que celle qui remportera la victoire reçoive cette pomme pour prix du combat ». Allons, déesses, il est temps que vous vous rendiez auprès de votre juge. Quant à moi, je me récuse, vu que je vous aime également toutes trois et que, s'il était possible, je vous verrais volontiers toutes trois victorieuses. Or, il ne peut manquer d'arriver que celui qui donnera le prix à l'une de vous devienne odieux aux deux autres : aussi je suis fort mauvais juge de votre différend, tandis que ce jeune Phrygien, devant qui je vous renvoie, est de race royale, parent de notre Ganymède, simple habitant des montagnes, et digne de jouir d'un si beau spectacle.

Aphrodite
Pour moi, Zeus, quand tu nous donnerais Momos même pour arbitre, j'irais avec confiance m'exposer à ses yeux : car que pourrait-il reprendre en moi ? Mais il faut que le juge plaise aussi à ces dames.

Héra
Nous ne craignons rien non plus, Aphrodite, quand même ton Arès serait choisi pour nous juger ; mais nous acceptons ce Pâris, quel qu'il soit.

Zeus
Est-ce aussi ton avis, ma fille ? Qu'en dis-tu ? Tu détournes la tête, tu rougis ? C'est votre habitude de rougir en pareil cas, vous autres vierges : tu consens, toutefois. Allez donc, mais que les vaincues ne s'emportent pas contre le juge et ne fassent aucun mal à ce jeune berger ; car il n'est pas possible que vous soyez toutes également belles.

Hermès
Allons directement en Phrygie : je vais vous montrer le chemin, suivez-moi promptement ; et du courage ! Je connais Pâris ; c'est un gentil garçon, d'un naturel amoureux, et fort propre à trancher ces sortes de questions ; il ne jugera pas à la légère.

 

Aphrodite
Je suis ravie de cela, et j'espère, quand j'entends dire que nous avons un juge équitable. Mais est-il célibataire, ou a-t-il une femme avec lui ?

Hermès
Il n'est pas tout à fait célibataire, Aphrodite.

Aphrodite
Comment cela ?

 

Hermès
Je crois qu'il y a chez lui une femme du mont Ida, assez avenante, mais un peu rustique et montagnarde, à laquelle du reste il ne semble pas fort attaché. Pourquoi me fais-tu ces questions ?

Aphrodite
C'est sans aucun dessein.

Athéna
Tu manques aux devoirs d'ambassadeur, hé ! l'envoyé, en causant à part avec celle-ci.

Hermès
Pas du tout, Athéna ; je ne fais rien qui puisse vous nuire : elle me demandait si Pâris est célibataire.

Athéna
Pourquoi cette question indiscrète ?

Hermès
Je n'en sais rien : elle m'a dit que cette idée lui avait traversé l'esprit, et qu'elle m'avait fait la question sans dessein.

Athéna
Eh bien, est-il célibataire ?

Hermès
Je ne crois pas.

 

Athéna
Mais se plaît-il à la guerre, aime-t-il la gloire, ou bien n'est-ce qu'un bouvier ?

Hermès
Je ne puis te le dire précisément ; mais tout porte à croire qu'étant jeune il peut souhaiter d'avoir ces qualités brillantes et désirer d'être le premier dans les combats.

Aphrodite
Tu le vois ! Moi, je ne me fâche pas, je ne récrimine pas de ce que tu causes en particulier avec elle. Aphrodite n'est pas d'humeur à se plaindre de cela.

Hermès
Elle me faisait presque la même demande que toi : ainsi ne t'emporte pas, et ne crois pas être moins favorisée, car je lui répondais aussi sincèrement qu'à toi. Mais, tout en devisant, nous voilà bien loin des étoiles ; nous sommes presque arrivés en Phrygie ; j'aperçois même Ida et le Gargaros tout entier. Si je ne me trompe, voici votre juge, Pâris.

Héra
Où est-il? je ne le vois pas.

Hermès
Par ici, Héra, regarde à gauche ; pas au haut de la montagne, sur la pente, où tu vois un antre et un troupeau.

Héra
Mais je ne vois pas de troupeau.

Hermès
Comment ? tu ne vois pas, dans la direction de mon doigt, des génisses qui sortent du milieu des rochers, et un homme qui descend en courant, une houlette à la main, pour empêcher le troupeau de s'écarter ?

Héra
Je vois à présent. Est-ce donc là Pâris ?

Hermès
Lui-même ! Mais puisque nous voici près de terre, marchons à pied, si vous voulez bien, pour ne pas l'effrayer en nous abattant tout à coup devant lui.

 

Héra
Tu as raison, faisons comme tu dis. Et maintenant que nous sommes descendues, c'est à toi, Aphrodite, de nous indiquer la route : je crois en effet, que tu connais le pays, pour être venue souvent, dit-on, visiter Anchise.

Aphrodite
Je ne suis pas beaucoup touchée, Héra, de tes plaisanteries.

Hermès
C'est moi qui vous montrerai le chemin : et moi aussi j'ai séjourné quelque temps sur l'Ida, à l'époque où Zeus s'éprit de son jeune Phrygien, et je suis venu souvent ici pour épier l'enfant ; et lorsque mon père se changea en aigle, je volai près de lui et l'aidai à soulever le jouvenceau. Ce fut, si j'ai bonne mémoire, de dessus cette roche qu'il l'enleva ; notre berger était alors occupé à jouer de la flûte près de son troupeau : Zeus, s'abattant derrière lui, l'entoura légèrement de ses bras, et mordant de son bec le ruban qu'il avait à la tête, il enleva l'enfant, qui tout tremblant retournait la tête pour regarder son ravisseur ; et moi je ramassai la flûte que la peur lui avait fait jeter par terre... Mais nous voici près de notre juge : il faut lui adresser la parole. Salut, berger.

Pâris
Salut aussi, jeune homme. Qui es-tu ? Qui te conduit vers nous ? Quelles sont ces femmes que tu amènes ? Elles ne sont pas faites pour demeurer dans les montagnes, à les voir aussi belles.

Hermès
Ce ne sont pas des femmes : c'est Héra, c'est Athéna, c'est Aphrodite que tu vois, ô Pâris ! Et je suis Hermès que Zeus envoie vers toi... Mais pourquoi trembler ? Pourquoi pâlir ? Sois sans crainte : on ne fera rien qui te déplaise ; Zeus veut que tu sois juge de leur beauté, parce que, dit-il, tu es beau toi-même, et connaisseur en amour ; il te confie la décision du différend : tu sauras le prix du combat en lisant ce qui est écrit sur cette pomme.

Pâris
Donne, que je vois ce qu'il en est : « A la plus belle ! » Comment, souverain Hermès, pourrai-je, moi, simple mortel, habitant des campagnes, devenir juge d'un spectacle si merveilleux et trop beau pour un berger ? Un tel jugement est fait pour des gens délicats et façonnés aux manières de la ville. Pour moi, à peine suis-je capable de bien juger si une chèvre ou une génisse est plus belle qu'une autre. Mais ces trois déesses sont également belles, et je ne sais comment on peut détacher ses regards de l'une pour les porter sur l'autre : où que se soit fixé le premier coup d'œil, il ne peut aisément s'en séparer, il s'y arrête, et se plaît à ce qu'il y rencontre ; puis, quand il passe autre part, il y trouve le même charme, y demeure, et se sent captivé par tout ce qui l'environne : enfin la beauté de ces déesses pénètre et enveloppe toute mon âme, si bien que je regrette de ne pouvoir, comme Argos, regarder de toutes les parties de mon corps. Il me semble que je rendrais un jugement équitable en leur donnant à toutes trois la pomme. D'ailleurs, l'une est sœur et femme de Zeus, les deux autres sont ses filles : quel moyen que le jugement en pareil cas ne soit pas difficile à porter ?

Hermès
Je ne sais ; mais il n'est pas possible d'éluder les ordres de Zeus.

 

Pâris
Au moins, Hermès, persuade bien à ces déesses que les deux vaincues ne m'en veuillent point, mais qu'elles ne s'en prennent qu'à l'erreur de mes yeux.

 

Hermès
Elles y consentent : mais voici le moment de procéder au jugement.


 

Pâris
Essayons ! Comment s'y refuser ? Pourtant je veux savoir d'abord s'il convient de les examiner comme elles sont, ou s'il faut qu'elles se déshabillent, pour que l'examen soit complet.

Hermès
C'est l'affaire du juge : ordonne ce qu'il te plaît.

Pâris
Ce qu'il me plaît ? Il me plaît de les voir nues.

 

Hermès
Déshabillez-vous, déesses : toi, examine ; moi, je détourne la tête.

Aphrodite
Très bien, Pâris, et je serai la première à me déshabiller, pour que tu voies que je n'ai pas seulement les bras blancs, que je ne me vante pas outre mesure d'avoir de grands yeux, mais que je suis également belle en tout et partout.

Athéna
Pâris, qu'elle ne se déshabille point avant d'avoir ôté sa ceinture ; c'est un talisman à l'aide duquel elle pourrait bien te séduire : d'ailleurs il ne fallait pas qu'elle vînt ainsi parée, le visage tout enluminé, comme une courtisane, mais qu'elle montrât sa beauté toute nue.

Pâris
Elles ont raison à l'égard de votre ceinture, ôtez-la.

Aphrodite
Eh bien ! Es-toi, Athéna, que n'ôtes-tu ton casque, pour faire voir ta tête comme elle est ? Tu agites ton aigrette de manière à effrayer notre juge. As-tu peur qu'on ne te reproche tes yeux gris, quand on les verra sans ce casque si terrible ?

Athéna
Tiens, voilà mon casque ôté.

Aphrodite
Tiens, me voilà sans ceinture.

Héra
Allons, déshabillons-nous !

Pâris
0 Zeus, dieu des merveilles ! quel spectacle ! quels charmes ! quelle volupté ! la belle vierge ! et par ici quel port de reine, quel éclat majestueux, et vraiment digne de Zeus ! et de ce côté, quel doux regard, quel sourire gracieux et provoquant ! Je suis au comble du bonheur ! Et maintenant, s'il vous plaît, je vais vous considérer chacune à part, car en ce moment, je suis tout indécis et ne sais où fixer mes regards, entraînés de tous les côtés.

Aphrodite
Obéissons.

Pâris
Retirez-vous toutes deux, et vous, Héra, demeurez.

Héra
Je demeure, et, lorsque tu m'auras considérée avec attention, il te restera encore à examiner si tu es content des présents qui payeront ton suffrage. En effet, Pâris, si tu me déclares la plus belle, tu seras le maître absolu de toute l'Asie.

 

Pâris
Je ne vends pas mon suffrage : maintenant retirez-vous ; je prononcerai selon que je le croirai équitable. Vous, Athéna, approchez.

 

Athéna
Me voici : Pâris, si tu me déclares la plus belle, tu ne sortiras jamais vaincu d'un combat, mais tu seras toujours vainqueur : je ferai de toi un guerrier, un conquérant.

Pâris
Je n'ai besoin, Athéna, ni de guerre ni de combats : la paix, vous le voyez, règne en ce moment dans la Phrygie et dans la Lydie ; le royaume de mon père n'a pas d'ennemis à combattre. Cependant soyez sans crainte ; vos droits ne seront pas méconnus, quoique je ne trafique pas de la justice. Vous pouvez reprendre vos habits et remettre votre casque : je vous ai suffisamment vue. C'est au tour d’Aphrodite de s'approcher.

 

Aphrodite

Me voici près de toi. Examine avec attention et en détail, ne glisse pas à la légère ; mais arrête-toi sur chaque partie de mon corps, et si tu le veux bien, charmant jeune homme, écoute ce que je vais te dire. Depuis longtemps, en te voyant si jeune et si beau, tel enfin que la Phrygie n'en possède pas un pareil, je te trouve heureux d'avoir tant de charmes, mais j'ai aussi à te reprocher de ne pas quitter ces montagnes et ces pierres pour aller vivre à la ville, au lieu de laisser flétrir ta beauté dans un désert. Qu'espères-tu de ces rochers ? De quoi ta beauté sert-elle à tes génisses ? Tu devrais être marié, non pas à quelque femme grossière et rustique, mais à une beauté de la Grèce, d'Argos, de Corinthe ou de Sparte, comme est Hélène, jeune, jolie, semblable à moi, et, par-dessus tout, amoureuse. Si elle t'avait vu seulement une fois, je suis sûre qu'elle laisserait tout pour se donner à toi, te suivre et ne te quitter jamais. Mais tu as sans doute entendu parler d'elle.

Pâris
Jamais, Aphrodite : aussi vous entendrai-je avec plaisir raconter tout ce que vous en savez.

Aphrodite
Elle est fille de Léda, cette belle vers laquelle vola Zeus changé en cygne.

Pâris
Et comment est-elle ?

Aphrodite
Blanche, puisqu'un cygne est son père, délicate, puisqu'elle à été nourrie dans un œuf, presque toujours nue comme un athlète, et s'exerçant à la lutte ; mais recherchée par tant d'amants qu'elle a causé une guerre, lorsque Thésée l'enleva toute petite encore. Depuis qu'elle est parvenue à la fleur de la jeunesse, tous les princes de l'Achaïe sont accourus pour disputer sa main ; on a préféré Ménélas, de la race des Pélopides ; mais, si tu veux, je m'arrangerai pour qu'elle soit ton épouse.

Pâris
Comment dites-vous ? Une femme mariée !

Aphrodite
Tu es jeune et simple comme au village ! Mais moi, je sais ce qu'il faut faire pour cela.

Pâris
Quoi donc ? Je voudrais le savoir aussi.

Aphrodite
Tu vas quitter ton pays, sous prétexte d'aller voir la Grèce, puis, quand tu seras arrivé à Lacédémone, Hélène te verra. Alors ce sera mon affaire de la rendre amoureuse de toi et prête à te suivre.

Pâris
Je ne puis me décider à croire qu'elle consente à quitter son mari pour s'embarquer avec un Barbare, un étranger.

Aphrodite
Sois tranquille : j'ai deux fils charmants, le Désir et l'Amour ; je te les donnerai pour te guider dans ton voyage. L'Amour, se glissant dans le cœur de cette femme, la forcera de t'aimer : le Désir, répandu sur toute ta personne, te rendra comme lui désirable et aimable. Moi-même je serai là : je prierai les Charites de nous accompagner, et tous ensemble nous persuaderons Hélène.

Pâris
Qu'adviendra-t-il de tout cela, je l'ignore, Aphrodite ; mais je me sens déjà tout épris d'Hélène ; je ne sais pourquoi il me semble déjà la voir, m'embarquer pour la Grèce, arriver à Sparte, et revenir avec ma maîtresse : tout mon regret est de ne pas avoir mieux commencé.

Aphrodite
Il ne faut pas t'enflammer, Pâris, avant que celle qui te sert d'entremetteuse et de médiatrice soit récompensée par un jugement favorable : il est juste que je figure auprès de vous avec un air triomphant, et que je célèbre à la fois votre mariage et ma victoire. C'est à toi d'acheter aujourd'hui l'amour, la beauté, cet hymen, pour une pomme.

Pâris
Je crains que vous ne m'oubliiez après le jugement.


 

Aphrodite
Veux-tu donc que je jure ?

Pâris
Non, mais promettez-moi une seconde fois.

Aphrodite
Je te promets de te donner Hélène pour femme, de l'engager à te suivre et à retourner avec toi à Ilion ; et moi, je serai là et te seconderai dans l'entreprise.

Pâris
Et vous amènerez l'Amour, le Désir et les Charites ?

Aphrodite
Sois tranquille, et je prendrai de plus avec eux le Souhait et l'Hymen.

Pâris
Eh bien ! à ces conditions, je vous donne la pomme ; la voici !

Traduction d'Eugène Talbot (1857)

Lucien de Samosate

Coluthos (suite)

Il était arrêté sur une hauteur et assis à l'ombre de quelques arbrisseaux, lorsqu'il aperçut de loin le messager des dieux. Il ressentit un tel effet en le voyant qu'il se leva à l'instant, pour se soustraire aux regards de tant de divinités qu'il redoutait déjà. Quoiqu'il ne fût pas encore las de chanter, il interrompit la chanson commencée, et il s'éloigna, laissant sur l'herbe les roseaux dont il venait de tirer des sons si mélodieux.

Le divin fils de Maïa, cherchant à le rassurer, lui parla ainsi : « Bannis la crainte et laisse là tes brebis. Viens juger des divinités qui ont quitté le ciel pour comparaître devant toi. Vois quelle est celle dont la beauté te paraît préférable, et donne-lui cette pomme ; ce sera pour elle un prix bien doux ».

A peine avait-il achevé, que Pâris, promenant ses regards timides sur les immortelles, s'était mis en devoir de juger quelle était la plus belle. Il comparait l'éclat dont brillaient leurs yeux, les formes du cou, l'or qui relevait la parure de chacune, l'élégance du pied ; rien ne lui échappait. Athéna s'approchant de lui avant qu'il eût pu se prononcer, et le saisissant par la main, tandis qu'il souriait à la vue de tant de charmes, lui parla ainsi :

« Approche, fils de Priam : ni l'épouse de Zeus, ni la reine des Amours, ne méritent d'arrêter tes regards : que la déesse de la valeur, que Pallas seule obtienne de toi des éloges. C'est à toi, dit-on, qu'est commis le soin de gouverner et de défendre les murs de Troie : apprends que je peux mettre en toi la délivrance de ton peuple, et te sauver des fureurs de Bellone. Décide en ma faveur, et je t'instruirai dans l'art de la guerre, je t'égalerai aux plus vaillants guerriers ».

Comme Athéna disait ces mots, Héra prit la parole, et s'adressant à Pâris :

« Si tu m'adjuges, dit-elle, le prix de la beauté, je te promets de te faire régner sur l'Asie entière. Laisse les soins belliqueux. Qu'importe la guerre au souverain dont la puissance n'est pas contestée ? Les rois commandent également aux plus vaillants et aux plus lâches d'entre les mortels. Ce ne sont pas toujours les favoris d’Athéna qui sont assis au plus haut rang. Ceux qui suivent Bellone avec le plus d'ardeur périssent les premiers ! »

Ainsi la reine des immortelles cherchait à séduire son juge en lui promettant le pouvoir suprême.

Aphrodite parla à son tour, et, pour paraître avec plus d'avantage, elle commença par délier les agrafes qui attachaient sa tunique. Dès qu'elle fut en liberté, elle se redressa, sans rougir de ce qu'elle allait faire ; et puis, dénouant sa ceinture où résident les tendres Amours, elle présenta sa gorge nue, en étala complaisamment toutes les beautés ; puis, s'adressant au berger avec un sourire de volupté : « Jouis, dit-elle, jouis de tous les charmes que j'offre à ta vue. Ne méritent-ils pas bien la préférence sur les travaux guerriers ? Et leur possession ne vaut-elle pas mieux que celle de tous les sceptres et de tous les royaumes de l'Asie ? Les fatigues des combats me sont étrangères. Et qu'ai-je affaire de boucliers ? Les femmes se distinguent surtout par l'éclat de leur beauté. Je ne donne pas la valeur ; mais je peux te donner une compagne charmante. Ce n'est pas sur un trône que te je ferai monter, mais je te ferai monter au lit d'Hélène. Tu ne quitteras Troie que pour aller former à Sparte les nœuds les plus fortunés ».

A peine la déesse avait-elle achevé, que Pâris lui adjugea le prix de la beauté : elle reçut de ses mains la pomme qu'elle avait tant souhaitée, source fatale de divisions et de combats. Elle n'eut pas plutôt en sa possession ce gage précieux, qu'élevant la voix, et s'adressant d'un air moqueur aux autres déesses :

« Céderez-vous enfin, leur dit-elle, la victoire à votre rivale ? Je me suis toujours piquée de beauté ; et son éclat que j'ai tant chéri me suit partout. C'est à toi, Héra, que les Charites doivent le jour ; la naissance de ces filles charmantes te causa, dit-on, des douleurs horribles. Malgré cela, elles t'ont désavouée aujourd'hui même ; il n'y en a pas une seule qui ait daigné te secourir. Auguste reine qui présides au choc des boucliers, quoique tu sois la mère du dieu qui forge les armes, Arès, qui sait les employer avec autant de succès que de fureur, n'est point accouru à ton aide. De quoi t'ont servi les flammes que ton fils allume à son gré ? Et toi, déesse infatigable dans les combats, qui peut t'inspirer cette fierté qui se peint dans tes regards ? Tu n'es point le fruit d'un tendre hymen ; ce n'est pas au sein d'une mère que tu as été conçue : tu dois le jour au fer qui t'ouvrit un passage à travers le cerveau de Zeus. Pourquoi, endossant une armure d'airain, fuis-tu le tendre Amour ? Si tu préfères les exercices d’Arès, c'est que tu ignores les douceurs d'un lien adoré, et que tu n'as jamais senti le charme qu'on goûte en aimant. N'avoueras-tu pas que celles d'entre nous qui font vanité de je ne sais quels travaux guerriers dont elles retirent si peu de gloire, qui renoncent aux grâces de leur sexe, sans avoir les qualités qui distinguent les hommes, sont des êtres bien inutiles, et bien éloignés du degré de valeur auquel elles prétendent ? »
C'est ainsi que Cypris insultait à Pallas. Le prix de la beauté, qui venait de lui être accordé en dépit d’Héra et d’Athéna, était une source de malheurs qui présageait la ruine des cités.

  

Pâris ou Alexandre

Pâris ou Alexandre

Pâris ou Alexandre

Pâris ou Alexandre

Pâris ou Alexandre

Pâris ou Alexandre

Le retour à Troie

Pâris revient à Troie à l’occasion d’un concours organisé par Priam entre les princes troyens, qui a pour récompense un magnifique taureau du mont Ida. Or, ce taureau a été pris à Pâris, et il entend bien participer au concours pour le récupérer. Le jeune homme sort vainqueur de toutes les rencontres. Dans la dernière, qui l’oppose à celui qui n’est autre que son frère, Déiphobe, il a un moment l’avantage.

Furieux de laisser un inconnu prendre l’avantage, Déiphobe se reprend et manque de le tuer. Pâris sauve sa vie en se réfugiant sur l’autel de Zeus. Là, Cassandre, frappée par son air de famille, l’interroge, et découvre qu’il s’agit de l’enfant exposé. Priam, oubliant les avertissements du Destin, accueille le prince dans sa famille.

La guerre de Troie

Peu après, Pâris part dans une ambassade en Grèce, malgré les avertissements de Cassandre. Le prétexte est de prendre des nouvelles d’Hésione, sœur de Priam donnée en mariage à Télamon, roi de Salamine, mais en réalité, Pâris vient chercher son dû, promis par Aphrodite. Arrivé à Sparte, il est reçu par Ménélas. Profitant d’un bref voyage du roi spartiate en Crète, il séduit et enlève Hélène, sa femme. Il en aura trois fils, Bounicos, Aganos et Idacos, et une fille, Héléna. Selon les auteurs, Hélène est enlevée de bon gré ou non. Le Troyen n’oublie pas de faire main basse également sur une partie des richesses de son hôte, le tout étant emporté à Troie. Pour venger cet affront, Ménélas demande l’appui de tous les Grecs au nom du Serment de Tyndare, ce qui provoque la guerre de Troie.

Les dieux et les déesses de l’Olympe prennent chacun le parti d’un des protagonistes de ce conflit : Aphrodite (Vénus) est l’alliée des Troyens (elle est d’ailleurs mère de l’un d’entre eux, le prince Énée) tandis qu’Athéna et Héra, auxquelles Pâris a préféré Aphrodite, sont évidemment du côté des Grecs.

Dans l’Iliade, il y est décrit de manière peu flatteuse comme un homme à femmes avec peu de courage. Contrairement aux autres héros, c’est un archer — l’arc est une arme non noble, portée par les lâches, les traîtres ou encore les bâtards. La première fois qu’il voit Ménélas au combat, il fuit, et n’est sauvé dans son duel contre celui-ci que par Aphrodite, qui le dépose hors de la zone du combat, ce qui n’arrive jamais quand les autres dieux protègent les héros. Son propre frère Hector le traite de « Pâris de malheur », de « bellâtre, coureur de femmes et suborneur ». Néanmoins, Pâris tue trois Achéens dans les combats et blesse des guerriers tels que Diomède, Machaon, Archiloque ou encore Palamède. C’est lui qui, guidé par Apollon, tue Achille en le frappant d’une flèche au talon.

Peu avant la prise de Troie, Pâris est mortellement blessé par une flèche de Philoctète. Ramené sur le mont Ida, il demande à Œnone, sa première femme, de le soigner, mais celle-ci refuse et il meurt.

Personnages : Pâris, fils de Priam, crû berger ; Œnone, fille du Fleuve Cebren ; Arcas, berger ; Doris, bergère ; Hermès ; Pallas (Athéna) ; Aphrodite 

Synopsis

 Acte I

Un hameau

Pâris doit épouser Œnone, mais pense encore à Hélène à laquelle il ne peut prétendre en tant que simple berger. Arcas s'étonne qu'il soit absent de la fête organisée en son honneur et ne rejoigne pas la fidèle Œnone. Pâris lui explique qu'il est épris d’Hélène mais qu'Apollon lui a ordonné de revenir. Arcas, pour sa part, se plaint de l'inconstance de Doris. Celle-ci le met à l'épreuve en feignant d'être infidèle. Arcas et Doris sont remplacés par Pâris et Œnone. Celle-ci croit que Pâris est revenu pour elle et le presse de l'épouser. Pâris tente de temporiser, mais en vain. Les Bergers et Bergères se réjouissent du retour de Pâris.

Hermès vient annoncer à Pâris qu'il a été choisi pour être l'arbitre d'une querelle entre Aphrodite, Pallas et Héra. Pallas descend du ciel dans une sonnerie de trompettes. Elle annonce à Pâris qu'un nouveau sort l'attend en tant que héros. Pâris veut savoir quel est le secret de sa naissance. Pallas refuse de le lui dévoiler, mais l'invite à la suivre. Œnone est désespérée de le voir partir.

Acte II

 

Un ruisseau formé par le fleuve Scamandre

Œnone invoque le ruisseau au bord desquels paissaient leurs troupeaux et se lamente auprès de Doris de l'ingratitude de Pâris. Pâris rumine le refus de Pallas de lui dévoiler son secret. Il essaye de se justifier auprès d'Œnone, en se partageant entre la Gloire et l'Amour. Il ne parvient pas à la convaincre, et elle finit par le chasser.

Doris voit arriver Arcas. Celui-ci lui reproche à nouveau son infidélité. Ils se disputent et se quittent.

Héra descend à son tour du ciel dans un grondement de tonnerre, avec sa suite et la Fortune. Héra presse Pâris de confirmer le choix de Zeus en sa faveur. La scène se transporte dans le palais de la Fortune. Héra annonce à Pâris qu'il est du sang des rois, mais qu'il doit la choisir s'il veut régner. Pâris est en joie, sa naissance royale l'autorise à briguer la main d'Hélène.

 

Acte III

 

Le rivage de la mer du côté que le Scamandre s'y va jeter

Doris a été chargée par Œnone de se renseigner sur Pâris. Elle craint qu'Arcas la délaisse alors qu'elle feint l'inconstance. Arcas veut feindre de ne plus l'aimer, mais Doris ne le croit pas. Tous deux finissent par avouer avoir feint et se retrouvent. Arcas conseille à Doris de cacher la vérité sur Pâris à Œnone. Doris tente de faire croire à Œnone que Pâris lui reste fidèle. Celui-ci survient et annonce à Œnone la révélation faite par Héra : il est fils de Priam. Œnone le met en garde, mais Pâris ne l'écoute pas et ne pense qu'à la couronne. Il est prêt à délaisser Œnone si nécessaire.

 

Aphrodite apparaît dans une conque marine. Œnone l'implore. Aphrodite demande à sa suite d'embellir la scène. Les Plaisirs et les Jeux dansent. Pâris est séduit. Aphrodite le presse de jouir d'un amour partagé. Pâris est prêt à épouser Œnone, mais Aphrodite lui fait miroiter une union avec Hélène. Pâris est convaincu et annonce qu'il a choisi Aphrodite. Il demande aux habitants de lui rendre hommage. Des matelots viennent faire la cour à la déesse. Aphrodite invite Pâris à la suivre dans sa conque marine pour rejoindre l'objet de son cœur. Le choix de Pâris désespère Œnone et offusque Pallas et Héra. Les deux déesses décident de se venger de Troie en armant la Grèce. Héra, dans son char, prépare sa vengeance et dévaste le pays où Pâris est né.

Œnone abandonnée

Œnone abandonnée

Prologue : naissance de Troie

Troie était une ville fameuse par ses richesses, sa puissance, ses héros. Dardanos, fils de Zeus, roi des dieux, fonda le premier la citadelle qu’il baptisa Pergame sur la colline de l’Até (l’Erreur). Il est l’ancêtre de la dynastie royale de Troie. La ville s’agrandit durant les règnes d’Erichtônios, fils de Dardanos, et surtout de Trôs, fils d’Erichtônios. Trôs donna à la ville ses proportions définitives et la conduisit à l’apogée de sa puissance. Il mérita ainsi d’imposer son nom à la cité, qui dès lors s’appellera Troie. Trôs donna naissance à trois fils : Ganymède, Ilos et Assaracos. F.A.

 

Ganymède fut le plus beau des mortels. Sa beauté égalait celle des dieux. Zeus, jaloux, le fit enlever par son aigle royal et le conduisit au ciel où Ganymède fut l’échanson des divins immortels : on le connaît aujourd’hui sous le nom de Verseau. Pour consoler Trôs de l’enlèvement de son fils, Zeus lui fit don d’admirables chevaux, deux étalons, de race immortel. C’est depuis lors que les Troyens se spécialisèrent dans l’art de l’élevage et du dressage des chevaux. Ilos succéda à Trôs, changea le nom de la ville qu’il baptisa Ilion et donna le jour à un fils : Laomédon, qui lui succéda à son tour. F.A.

 

Poséidon, dieu des mers, ayant été exilé du ciel par son frère Zeus, contre lequel il s’est révolté, Laomédon lui offre l’hospitalité. Pour le remercier, le dieu consent à bâtir autour de Troie de solides remparts afin de préserver la ville des invasions, mais non sans avoir exigé en échange une part de l’immense butin amassé par les Troyens. Laomédon accepte et le dieu Apollon vient se joindre aux travaux. Pourtant, une fois l’œuvre terminée, Laomédon, qui ne tient jamais ses promesses, refuse de verser au dieu des mers le salaire promis. Poséidon furieux envoie contre Troie un monstre marin qui ravagea le pays. Laomédon apaise les fureurs du monstre en exposant sa fille, la jeune et belle Hésione. Il la promet cependant pour épouse à celui qui la sauvera. Héraclès se présente, tue le monstre et délivre Hésione qu’il ramène à son père. Mais Laomédon, une fois de plus, ne tient pas sa promesse ; non seulement il refuse de donner sa fille à Héraclès, mais il le frustre de son autre récompense convenue à l’avance : les étalons immortels offerts à Trôs par Zeus pour prix de son fils Ganymède, en lui présentant à la place des chevaux ordinaires. Le héros, furieux, le tue, ainsi que ses enfants, à l’exception de cinq : Hésione, qu’il donne à son ami Télamon ; Tithon, à qui les dieux réservent une épouse immortelle ; Podarcès, qui devient le roi Priam ; Cilla et Astyoché, que le Destin préserve. Priam épouse Hécabe, fille du roi de Phrygie Dymas, et donne le jour à dix-neuf enfants, parmi lesquels, Hector et Pâris ; Tithon devient roi de Nubie et d’Ethiopie, épouse la déesse Eôs, l’Aurore, et engendre le héros Memnon ; Anchise, fils de Capys et petit-fils d’Assaracos, est aimé d’Aphrodite, la déesse de l’amour, qui conçoit de lui un fils, Enée. F.A.

Pâris

La ville de Troie est en émoi : un enfant va naître dans le palais du roi Priam… Durant la nuit, la reine Hécabe, l’épouse de Priam, fait un rêve étrange ; elle voit une flamme sortir de ses entrailles, prendre des proportions gigantesques et finalement embraser la ville de Troie et toute la campagne environnante de Troade. Quelques jours avant ce présage, le devin Æsacos a prédit qu’un enfant de sang royal causera la ruine de Troie, s’il parvient à l’âge adulte ; il fallait le tuer, ainsi que sa mère, dès sa naissance. Trompé par cet oracle funeste, le roi Priam, le matin même, a fait égorger par ses soldats la princesse Cilla, sa propre sœur, ainsi que Mounippos, l’enfant nouveau-né issu de son union adultère avec Thymœtès. Or, l’enfant condamné par le sort n’était pas Mounippos, mais le petit prince Alexandre, le deuxième fils que la reine Hécabe donne au roi Priam, et qui est né un peu avant la nuit de ce même jour fatidique annoncé par Æsacos. Ainsi la joie des parents royaux est-elle troublée par ce songe étrange et inquiétant ; comme une menace, il hante encore l’esprit de la jeune mère. Intrigué lui aussi, le roi Priam convoque tous les devins de la ville afin d’en connaître la signification. Ils sont tous unanimes : c’est le petit prince Alexandre qui causera un jour la ruine, l’incendie et la destruction de Troie. Le roi Priam comprend avec amertume qu’il a fait tuer par erreur son neveu et sa sœur. Il décide cependant de conjurer le sort en faisant tuer un autre nourrisson, son propre fils, cette fois ; et il charge l’un de ses fidèles serviteurs de cette tragique mission, puis de lui ramener le corps de l’enfant mort. Mais Hécabe ne peut se résoudre à laisser périr son fils ; elle le rachète avec de l’or, à l’insu de son époux. Ainsi le petit Alexandre n’est pas tué, le vieux serviteur le confie à un couple de bergers qui vit sur le mont Ida, tandis que le corps d’un autre enfant décédé est ramené à Priam qui croit reconnaître en lui son fils et se sent soulagé. La mort de Mounippos et de Cilla sera vengée un jour par Thymœtès, le père de Mounippos et l’un des conseillers de Priam, qui deviendra un traître et l’un des artisans de la chute de Troie. Æsacos est un fils que Priam devait à Arisbé, sa première épouse, la fille du devin Mérops de Percote. Arisbé se remaria avec Hyrtacos, roi de Percote, et devint la mère des Hyrtacides, Asios et Nisos. Æsacos, qui avait hérité de la science divinatoire de son grand-père maternel, le devin Mérops, se jeta dans la mer pour ne pas survivre à la mort de son épouse Hespérie (ou Astérodia), mordue par un serpent venimeux. Il fut remplacé par Hélénos, un autre fils de Priam, celui-là né d’Hécabe, comme devin officiel de Troie. F.A.

Le petit Alexandre grandit dans la demeure du berger Agélaos, qui lui donne le nom de Pâris. Il devient un superbe adolescent qui occupe son temps à garder les troupeaux de moutons du roi Priam, dont Agélaos, son père nourricier, à la charge, tout en jouant de la flûte. Lorsqu’il ne garde pas les moutons ou les bœufs, Pâris joue avec les jeunes gens de son âge, rivalisant d’adresse avec eux à la course, à la lutte. Il devient expert au tir à l’arc, au lancement du disque et du javelot. Il se lie d’amitié avec Enée, le fils d’Aphrodite et d’Anchise, qui comme lui passe la plus grande partie de son temps à garder les troupeaux de son père Anchise sur le mont Ida. F.A.

Dans sa jeunesse, Anchise, cousin de Priam, fut un prince d’une rare beauté. Une fois, alors qu’il veillait lui aussi sur ses moutons et ses bœufs sur le mont Ida, la déesse Aphrodite lui déclara son amour et s’offrit à lui, après s’être fait promettre qu’il garderait secrète leur union. Anchise promit. C’est de leur hymen caché que naquit Enée. Mais un jour, devenu vieux, alors qu’il était invité à Troie, pour les noces de son fils, Anchise s’enivra lors du banquet et se vanta imprudemment de ses amours avec Aphrodite. Zeus, pour le punir, le frappa d’un trait de sa foudre qui lui fit perdre l’usage de ses jambes. F.A.

Pâris à son tour garde ses troupeaux de moutons et de bœufs (en réalité ceux du roi Priam) sur le mont Ida, lorsque le dieu Hermès vient à sa rencontre. Le divin immortel rassure le jeune berger et lui remet une pomme magique, une pomme d’or qui porte l’inscription « à la plus belle ». Puis, Hermès invite Pâris à le suivre et l’emmène au sommet de l’Ida, le mont Gargaros, devant le rideau d’une fontaine où sont réunies trois déesses belles entre toutes. La première est Héra, l’épouse de Zeus, qui règne sur les dieux et les hommes, la deuxième Athéna, déesse de la sagesse et de la guerre, et la troisième Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté. Chacune des déesses se présente dans l’éclat de sa nudité ; et Pâris, fort embarrassé, est chargé de remettre la pomme d’or à celle qu’il trouvera la plus belle. Pour influencer leur juge, chacune des concurrentes lui fait une promesse : Héra lui propose la royauté sur l’Asie, Athéna s’offre à le rendre invincible à la guerre, Aphrodite lui promet simplement la plus belle femme du monde ; et c’est à elle que Pâris, imprudemment, remet la pomme d’or. Ce choix logique (le prix de la beauté revient à la déesse de la beauté) et néanmoins insensé va susciter contre Pâris et tous les Troyens la haine d’Héra et d’Athéna. F.A.

 

Les mois et les années ont passé. Pâris est maintenant en âge de se marier. Il est si beau que toutes les jeunes filles du mont Ida sont amoureuses de lui et rêvent de l’épouser. Mais Pâris leur préfère la Nymphe Œnone, une Oréade, qui est aussi Naïade. Sa beauté est telle que Pâris croit voir en elle la plus belle femme du monde que la déesse Aphrodite lui a promise. Flattée par l’ardeur qu’elle soulève chez lui, Œnone à son tour répond aux aspirations de son prétendant et ils se marient sur le mont Ida. Œnone détient certains pouvoirs divins lui venant du dieu Apollon, qui l’a aimée avant Pâris. Ainsi elle peut lire dans le passé, prédire l’avenir et soigner les blessures même incurables pour le commun des mortels. Un jour elle révèle à Pâris qu’il est le fils du roi Priam, que sa mère est la reine Hécabe, que son vrai nom est Alexandre. Mais elle lui demande de ne jamais chercher à retourner à Troie, car elle sait qu’il y causera la ruine du royaume et le malheur de sa famille. Pâris suit ce conseil un certain temps ; il vit heureux avec Œnone. Un fils, Corythos, naît de leur union. F.A.

Mais un jour, le roi Priam décide d’organiser des jeux funèbres en l’honneur de son fils Alexandre qu’il croit mort. Tous les jeunes hommes de Troade, désireux de montrer leur adresse, leur force ou leur courage, sont invités à y participer. Des trophées magnifiques seront remis aux vainqueurs des différentes épreuves. De partout accourent de jeunes athlètes prêts à s’affronter dans les tournois que leur propose le roi de Troie à l’occasion de ces jeux funèbres ; et Pâris, qui brûle d’envie d’être reconnu, décide à son tour de se rendre dans la grande métropole des Troyens, malgré les avertissements de son épouse. Œnone lui a pourtant annoncé tout ce que l’avenir lui prépare s’il se rend à Troie, à commencer par sa mort : elle sait qu’à l’issue d’une bataille, lors d’un duel à l’arc, Pâris sera blessé par des flèches empoisonnées. Le poison de ces flèches se mêlera à son sang, lui causant un mal incurable qu’elle seule aura le pouvoir de guérir. Mais Pâris, conduit par son destin, se fait inscrire parmi les concurrents sous son nom de berger : « Pâris ». F.A.

Les jeux commencent devant une multitude de spectateurs, au milieu de laquelle, dans la loge royale, trône le roi Priam, entouré de ses principaux conseillers. La première épreuve est celle du tir à l’arc. Pâris triomphe sans peine, battant même le meilleur archer de Troie, qui n’était autre qu’Hélénos, un fils de Priam. Après avoir reçu la première récompense et la couronne de laurier symbolisant sa victoire, Pâris prend part à l’épreuve suivante, le lancement du disque. Là encore, il se montre le plus fort, malgré la présence de champions tels qu’Enée, Sarpédon et Télèphe. Il va triompher dans toutes les épreuves : lancement du javelot, saut en longueur, saut en hauteur, ceste, pugilat. L’une des épreuves les plus prisées est la course à pied. Le favori est aussi un fils du roi Priam, le jeune Troïlos, qui est encore un enfant. Mais on dit que personne ne peut l’égaler à la course tant ses pieds sont véloces et agiles, que, sur une courte distance, il va plus vite que les chevaux eux-mêmes. Pourtant, à quelques mètres de l’arrivée, trois concurrents peuvent encore l’emporter : Palinure, qui est en tête, Troïlos, qui le talonne, et Pâris, qui les suit de près. Mais voilà que Palinure butte contre une racine et tombe. Troïlos ne peut l’éviter et chute à son tour. Pâris franchit alors en vainqueur la ligne d’arrivée. Il reçoit donc le trophée que lui remet le roi Priam pour prix de sa victoire. La dernière épreuve est le tournoi de lutte. Déiphobe, l’un des plus beaux parmi les fils de Priam et d’Hécabe, les Priamides, a battu tous ses adversaires. Il ne doit pas perdre ; c’est sur lui que repose l’honneur de la famille. Du moins le croit-il. Mais Pâris aussi a triomphé de tous ses précédents combats, même celui qui l’a opposé à Cycnos, le propre fils du dieu Poséidon, pourtant doté d’un fabuleux pouvoir d’invulnérabilité qu’il doit à son père immortel. Immanquablement, l’épreuve finale va se jouer entre Déiphobe et Pâris. Les deux athlètes s’empoignent violemment et rivalisent bientôt en force et en adresse. Pourtant, une fois encore, Pâris a raison de son adversaire. Il triomphe de Déiphobe sous les ovations du public. Mais Déiphobe est mauvais perdant ; indigné et furieux, il saisit ses armes et s’élance sur Pâris, qui, voyant le danger, s’enfuit à toutes jambes dans les rues de la ville. Déiphobe le poursuit, avide de le tuer. Alors Pâris grimpe tout en haut de l’Acropole, là où sont bâtis les palais des princes et les temples des dieux. Il pénètre dans le palais du roi Priam et se réfugie devant l’autel de Zeus du foyer, implorant la protection du père des dieux. Zeus lui accorde sa bienveillance et le miracle s’accomplit : Déiphobe ne peut tuer Pâris car il vient de reconnaître en lui son frère Alexandre, que tout le monde croit mort, à l’exception de la reine Hécabe, et de sa fille, la princesse Cassandre. F.A.

Cassandre est l’une des plus belles et des plus jeunes filles de Priam et d’Hécabe ; à son tour, elle reconnaît son frère Alexandre et elle annonce qu’un grand malheur va arriver, mais personne ne l’écoute car personne ne peut la croire : un dieu l’a interdit. En effet, Cassandre est si belle que même les dieux ne sont pas insensibles à sa beauté. Ce fut le cas du divin Apollon, qui pour séduire Cassandre lui promit le don de prédire l’avenir. Mais, effrayée par l’éternelle jeunesse du dieu, la belle princesse repoussa ses avances ; et c’est pour se venger qu’Apollon, vexé, ajouta que personne ne prêterait foi aux prédictions de Cassandre. Ainsi, lorsqu’elle annonce que Pâris sera la cause de la ruine de Troie et du royaume tout entier, personne ne prête attention à ce qu’elle dit. Et c’est pourquoi Pâris reprend la place qui était la sienne au sein de la famille de Priam, d’autant que le grand roi de Troie est fort ravi d’avoir un fils aussi vaillant, aussi beau, et qui a triomphé dans toutes les épreuves des jeux du stade comme l’avait fait aussi Hector, le fils aîné de Priam et d’Hécabe. On fait fête à Pâris, qui retrouve son véritable père, sa véritable mère, qui l’a sauvé autrefois, et tous ses frères et sœurs. Il reprend son nom d’Alexandre, mais conserve aussi celui de Pâris par affection pour Agélaos, le berger qui l’a nourri comme son propre fils. Alors, Pâris abandonne définitivement sa vie de berger dans la montagne ; il oublie sa femme Œnone, son fils Corythos, le vieux Agélaos. Il vit désormais à Troie, auprès de Priam et d’Hécabe, ses vrais parents. Il s’habille maintenant de vêtements somptueux, se fait ciseler des armes tout en or, se fait bâtir un palais magnifique. A leur tour, les plus belles jeunes filles de Troie s’amourachent du beau Pâris, qui les repousse avec dédain, ou bien s’amuse à leurs dépens. Il s’adonne au vol, s’enivre dans les banquets ou les tavernes, s’affiche avec des hétaïres, n’excelle qu’à la danse ou lorsqu’il joue de la lyre que lui a offerte Aphrodite, en gage d’amitié, et pour laquelle il a renié la flûte dont il se servait pour charmer les bergères et les Nymphes de l’Ida, tout en veillant sur ses troupeaux. C’est ainsi qu’il se rend détestable aux yeux de ses parents. F.A.

Alors Priam prend une grave décision, il convoque son fils voleur et débauché, et le charge d’une mission de confiance. Pour cela, il lui raconte comment autrefois Héraclès, à la tête des Achéens, est venu combattre contre Laomédon, le père de Priam, qui régnait alors sur Troie. Il lui apprend comment Héraclès a tué Laomédon et comment il a emmené Hésione, la plus belle des filles de Laomédon, avant de la céder à son compagnon d’armes Télamon, le roi de Salamine. Lorsqu’il cherchait des aides de camp pour aller combattre Troie, Héraclès se rendit à Salamine, chez son ami Télamon, le roi de cette île, et arriva au moment de la naissance de son fils Ajax. Alors il réclama à sa mère, la reine Péryboé, femme de Télamon, le nouveau-né, qu’il enveloppa dans la peau du lion de Némée et présenta vers le ciel en priant Zeus de donner à cet enfant la force et le courage du lion. C’est ainsi que l’enfant en question devint le grand Ajax, le plus fameux des héros achéens de son temps, jusqu’au jour où il sera supplanté par Achille. En plus de la main d’Hésione, Héraclès avait exigé de Laomédon, s’il parvenait à tuer le monstre envoyé par Poséidon, qu’il lui donnât aussi les fameux étalons immortels que Zeus avait offerts à Trôs en échange de son fils Ganymède. Mais Laomédon, après avoir fait semblant d’accepter, remplaça les deux chevaux divins par des coursiers ordinaires, alors que les étalons de Trôs étaient confiés au prince Anchise, qui devait les cacher dans sa demeure d’Antandros, au pied du mont Ida. C’est à cette occasion que le père d’Enée fit saillir ses plus belles juments par les fameux étalons, en dépit des ordres de Laomédon. Priam explique à Pâris pourquoi Hésione fut contrainte d’abandonner Troie sa patrie, de quitter ses frères et sœurs, et parmi eux Podarcès lui-même, qui allait devenir à son tour roi de Troie, sous le nom de Priam. Il lui assure qu’Hésione lui est apparue en rêve pour manifester son désir de retourner vivre à Troie, sa chère patrie. Et c’est ainsi que Priam charge Pâris de partir pour la Grèce afin de ramener sa tante Hésione, la sœur de Priam, qui est depuis longtemps déjà l’épouse de Télamon, le roi de Salamine. Priam confie à son fils cinq vaisseaux qu’il a fait construire par Phéréclos, fils d’Harmonidès, le meilleur charpentier naval de Sigée, le port de Troie. Pâris se constitue lui-même un équipage de marins parmi les jeunes gens peu recommandables dont il s’est fait des amis. A cette occasion, il retrouve Enée, que sa mère, la déesse Aphrodite, a chargé de veiller sur Pâris, son protégé, depuis qu’il l’a couronnée reine de la beauté sur le mont Ida. Pâris lui promit en récompense de l’aider à obtenir la main de Créüse, celle de ses sœurs dont Enée était toujours amoureux, et que Priam lui refusait. F.A.

Lorsque Pâris, Enée et tous leurs compagnons d’équipage sont sur le point de lever les voiles, Cassandre, accompagnée d’Hélénos, intervient à nouveau pour annoncer en vain les conséquences de ce voyage en Grèce. Mais, une fois de plus, personne ne prête attention aux paroles de Cassandre ; les navires s’enfoncent dans la mer appelée Hellespont, devant une foule attentive de Troyens et Troyennes, qui prodiguent des vœux de bonheur et de réussite pour l’expédition. F.A.

Le jugement de Pâris

Le jugement de Pâris

Aphrodite et le Prix de la Beauté

Aphrodite et le Prix de la Beauté

DARES DE PHRYGIE

 

  1.        Lorsque Priam eut appris que son père avait été tué, ses concitoyens dépouillés ; que les Achéens avaient transporté leur butin sur leurs vaisseaux, et que sa sœur avait été donnée à un de leurs chefs, il ne put supporter l'indigne traitement qu'avait éprouvé son pays. Sans délai, il se rend à Ilion avec sa femme Hécube et ses enfants Hector, Alexandre, Déiphobe, Hélénos, Troïlos, Laodicé, Cassandre et Polyxène. Il avait eu bien d'autres enfants de ses concubines ; mais il ne reconnaissait pour membres de la famille royale que ceux qui lui étaient nés en légitime mariage. Aussitôt qu'il fut de retour à Ilion, pour n'être pas surpris à l'avenir, comme son père l'avait été, il fit construire des remparts beaucoup plus vastes et plus élevés que les anciens, et d'autres fortifications qu'il fit garder par un grand nombre de soldats. Il se fit aussi bâtir un palais dans lequel il consacra un autel à Zeus Stator. Cependant il envoya Hector en Pæonie pour y lever des troupes ; ensuite il fit placer six portes autour de sa capitale, et leur donna les noms d'Anténor, de Dardanos, d'Ilion, de Scée, de Thymbrée et de Troie. Après avoir fait d'Ilion une forte place, il laissa écouler un certain espace de temps. Dès qu'il eut pris la résolution de tirer vengeance des attentats commis par les Achéens contre son père, il fit venir Anténor, et lui dit que son dessein était de l'envoyer en Grèce en qualité d'ambassadeur, pour dire aux Achéens qu'il leur pardonnerait d'être entrés dans ses Etats avec une armée, d'avoir tué son père Laomédon, et d'avoir enlevé sa sœur Hésione, s'ils lui rendaient cette princesse.           

Après avoir reçu les ordres de Priam, Anténor s'embarqua et se rendit en Magnésie, auprès de Pélée. Pendant les trois premiers jours, son hôte ne s'occupa à son égard que de remplir les devoirs de l'hospitalité ; mais le quatrième il lui demanda le motif de son voyage. Anténor lui expose l'ordre qu'il a reçu de Priam d'exiger des Achéens qu'ils lui rendissent Hésione. Pélée, frère de Télamon, voyant bien que cette affaire le regardait, ne peut supporter cette déclaration du prince troyen, et lui ordonne de sortir aussitôt de ses Etats. Anténor part dans l'instant, remonte sur son vaisseau, et fait voile vers l'île de Salamine où régnait Télamon. Arrivé au palais de ce prince, il le conjura de rendre à Priam sa sœur Hésione, qu'il avait en sa possession, lui faisant observer qu'il était contraire à l'équité de retenir si longtemps captive une jeune princesse de sang royal.

 

  1. « Je n'ai à me reprocher aucune injure envers Priam lui répond Télamon ; mais je ne céderai à personne un présent que j'ai reçu comme la récompense de ma valeur. Sortez au plus tôt de Salamine.»
  2. Anténor obéit, et partit pour l'Achaïe, d'où s'étant rendu auprès de Castor et de Pollux, il les pria de donner satisfaction au roi, en lui faisant rendre sa sœur. Ces princes lui répondirent qu'ils n'avaient fait aucune injure à Priam, et que Laomédon les avait insultés le premier. Après cette réponse, ils lui ordonnèrent de se retirer. Nestor, qu'il alla voir à Pylos, et à qui il exposa l'objet de son ambassade, lui reprocha d'avoir osé mettre le pied dans la Grèce, lorsque c'étaient les Troyens qui les premiers avaient outragé les Achéens. Anténor ne pouvant obtenir aucune satisfaction, et touché vivement des affronts que Priam recevait en sa personne, se rembarqua pour retourner dans sa patrie. A son arrivée, il rapporta au roi les réponses que les Achéens lui avaient faites, les mauvais traitements qu'il avait éprouvés de leur part, et l'exhorta à leur déclarer la guerre.
  1. Priam fait avertir aussitôt ses fils et tous ses amis de se rendre dans son palais, Anténor, Anchise, Énée, Ucalégon, Bucolion, son frère Lampon, Panthoos, et tous les fils qu'il a eus de ses concubines. Lorsqu'ils sont assemblés, il leur apprend qu'il avait envoyé Anténor chez les Achéens, pour leur demander satisfaction de la mort de son père, et les engager à lui rendre Hésione ; que partout cet ambassadeur avait été mal accueilli, et n'avait éprouvé que des refus ; et que, comme les Achéens avaient rejeté ses justes demandes, il lui paraissait convenable d'envoyer une armée en Grèce pour la saccager à son tour, et empêcher ses habitants de se jouer à l'avenir des Barbares. Il exhorta ensuite ses enfants à se mettre à la tête de cette expédition, principalement Hector, l'aîné de tous. Celui-ci prit alors la parole et dit :  
  2. « Je suis tout disposé à exécuter les ordres du roi, mon père, à venger la mort de Laomédon, mon aïeul, et à ne pas laisser impunis les affronts que les Troyens ont reçus des Achéens ; mais je crains que nous ne soyons pas heureux dans la guerre que nous voulons leur déclarer, soit par les nombreux secours qui leur arriveront de toute part, soit par la valeur des guerriers de l’Occident, soit enfin par la mollesse des peuples de l'Asie : d'ailleurs nous manquons d'une flotte pour cette expédition. »
  1. « En bien ! interrompit Alexandre, il faut au plus tôt nous procurer cette flotte et l'envoyer en Grèce.  Si le roi y consent, je me charge de la commander, et je lui promets que, par la bonté des dieux dans la protection desquels je mets toute ma confiance, je ne reviendrai pas sans avoir eu la gloire de vaincre mes ennemis. Un jour que je chassais dans la forêt du mont Ida, continua-t-il, je m'endormis et je vis en songe Hermès qui me présentait Héra, Aphrodite et Athéna, pour que je décidasse laquelle des trois était la plus belle. Aphrodite me promit que, si je lui donnais le prix de la beauté, elle me ferait épouser la plus belle femme de la Grèce. Gagné par cette promesse, je déclarai qu'elle était la plus belle. Ainsi Priam doit espérer que Aphrodite protégera Alexandre ».
  2. Déiphobe appuya le sentiment d'Alexandre, en disant qu'il espérait que si l'on envoyait en Grèce une flotte bien équipée, les Achéens rendraient Hésione et donneraient toute satisfaction aux Troyens : mais Hélénos se mit à prédire qu'un jour les Achéens feraient une descente sur les rivages d'Ilion ; qu'ils renverseraient cette capitale de fond en comble ; que ses parents et ses frères périraient par le fer ennemi ; et que ce serait l'épouse qu'Alexandre aurait amenée de la Grèce qui attirerait tous les malheurs sur sa patrie. Troïlos, le plus jeune des fils de Priam, mais dont le courage égalait celui d'Hector, soutint avec force qu'il fallait se préparer à la guerre, sans s'effrayer de la prédiction d'Hélénos. Toute l'assemblée approuva ce sentiment, et décida que l'on équiperait une flotte et que l'on partirait pour la Grèce.
Cassandre tente de retenir Pâris

Cassandre tente de retenir Pâris

Cassandre tente de retenir Pâris.

Cassandre tente de retenir Pâris.

Hélène

 

Le temps est venu maintenant de parler de la plus belle femme du monde, celle qu’Aphrodite avait promise à Pâris, celle aussi qui va causer tant de malheurs aux Troyens comme aux Grecs qu’on appelle alors Achéens. Car Hélène, la plus belle femme du monde est en effet une princesse grecque née dans le palais de Tyndare, le roi de Sparte. Mais si la mère d’Hélène est bien Léda, l’épouse de Tyndare, son père véritable n’est pas Tyndare mais Zeus, le roi des dieux, qui pour séduire Léda avait pris la forme d’un cygne, sur les bords du fleuve Eurotas, où la reine de Sparte se retrouva bientôt enceinte et accoucha de deux œufs. Dans l’un se trouvaient Castor et Clytemnestre, les enfants qu’elle devait à Tyndare, dans l’autre Pollux et Hélène, ceux qu’elle avait conçus avec le roi des dieux. F.A.

 

Les années passèrent, les enfants grandirent, embellirent, Hélène surtout ; à quinze ans, sa beauté était telle qu’elle fascinait tous les hommes qui avaient la chance (ou la malchance) de pouvoir la contempler. Parmi ses nombreux admirateurs, il en fut un illustre, Thésée, le digne émule d’Héraclès et le plus fameux héros de la Grèce après Héraclès, qui avait fait le vœu avec son ami Pirithoos d’épouser une fille de Zeus. Son choix se porta tout naturellement sur Hélène malgré leur différence d’âge ; si Hélène n’avait que quinze ans, Thésée à cette époque en avait près de cinquante. F.A.

Hélène et Pâris

Hélène et Pâris

Au cours d’une cérémonie rituelle, dans le sanctuaire de la déesse Artémis, alors qu’elle danse innocemment, entièrement nue suivant la coutume à Sparte, Hélène fut surprise et enlevée par Thésée et Pirithoos, qui la conduisirent à Athènes, dans le royaume de Thésée. Là, Hélène est enfermée dans la citadelle d’Aphidna et confiée à la garde d’Æthra, la mère de Thésée. Il fallait maintenant aux deux amis enlever une autre fille de Zeus, afin de la marier à Pirithoos. Contre l’avis de Thésée, ce fut Perséphone, la propre femme d’Hadès, que Pirithoos, dans son imprudence, choisit pour épouse, car il était tombé dans le piège que lui tendait Zeus, à travers son oracle de Sérapis, qui l’invitait perfidement à se rendre aux enfers pour y enlever cette déesse, ceci afin de punir l’orgueil jugé blasphématoire des deux amis. Ils entreprirent alors une périlleuse descente jusqu’au royaume des morts. Thésée et Pirithoos devaient y rester prisonniers, le roi des morts se montrant peu disposé de céder son épouse à un aventurier à l’audace sacrilège. Castor et Pollux, devenus célèbres sous le nom des Dioscures, en profitèrent pour délivrer Hélène et la ramener à Sparte. Ils ramenèrent aussi avec eux la vieille Æthra, la mère de Thésée, pour en faire l’esclave d’Hélène et firent de Ménesthée le nouveau roi d’Athènes. F. A.

  1. Les années ont passé, Hélène est maintenant en âge de se marier. Elle est de plus en plus belle et tous les princes de la Grèce rêvent de l’avoir pour épouse. Aussi, chaque jour, dans le palais de Tyndare, arrivent des prétendants à la main d’Hélène, les bras chargés de cadeaux, dans l’espoir d’être choisis. Ils prient Tyndare de désigner parmi eux celui qui épousera Hélène. Tyndare est bien embarrassé, car il redoute la vengeance de ceux qui seront éconduits. Aussi, c’est bien volontiers qu’il écoute le conseil que lui donne le prince Ulysse, l’un des plus pauvres parmi les prétendants d’Hélène, mais aussi l’un des plus malins, qui en échange de ce conseil obtient la promesse d’épouser la cousine d’Hélène, la belle Pénélope, laquelle dans l’avenir se montrera bien plus fidèle. C’est ainsi qu’Ulysse propose à Tyndare de faire jurer à chacun des prétendants de se porter au secours de celui qui sera choisi si Hélène lui est ravie ou disputée. Tyndare trouve cette idée fort bonne, ainsi que tous les prétendants, car chacun d’eux espère être l’élu. A la demande de Tyndare, Hélène choisit elle-même pour époux le seul des prétendants qu’elle connaisse déjà, Ménélas ; il était en effet déjà son beau-frère, puisque Clytemnestre, la sœur d’Hélène, avait déjà épousé Agamemnon, le frère aîné de Ménélas. Leur mariage est célébré en grandes pompes en même temps que celui d’Ulysse, qui épouse Pénélope, comme il en était convenu avec Tyndare, l’oncle de cette princesse, avant de l’emmener avec lui dans son île d’Ithaque, au grand regret du roi Icarios, le père de Pénélope, qui aime tant sa fille qu’il ne peut se faire à l’idée d’en être séparé F. A.

Les premières années de l’union de Ménélas et d’Hélène sont heureuses et couronnées par la naissance d’une fille, Hermione, et par l’avènement de Ménélas, qui devient roi de Sparte à la place de Tyndare, celui-ci ayant abdiqué en sa faveur. Mais Hélène ne tardera pas à se lasser de Ménélas, qui préfère se consacrer aux charges de son royaume, plutôt qu’à satisfaire les désirs de sa belle épouse. Hélène, malgré sa foi et sa dévotion envers son époux, la tendresse et l’affection qu’elle doit à sa fille, commence à rêver d’un riche et bel amant, qui saura lui apporter le bonheur. F.A.

 

De son côté, Pâris n’a pas réussi à convaincre le roi Télamon de lui donner Hésione. Depuis la mort de Péryboé, la précédente épouse de ce roi, Hésione est devenue la nouvelle reine de Salamine et la mère de son deuxième fils : Teucros « le Troyen »- le fils aîné de Télamon étant Ajax, le grand Ajax de Salamine, dont il sera bientôt question. Aussi, Pâris a repris la mer avec sa flotte, ses cinq vaisseaux bien charpentés, et il vogue maintenant vers le cap Ténare, bien décidé de se rendre en Laconie et à Sparte où il sait désormais, par le chant d’un aède, pouvoir rencontrer Hélène, la plus belle femme du monde, celle que lui a promise Aphrodite. Il aborde au port de Gythion, le port de Sparte, et de là se rend dans la grande métropole laconienne en suivant la rive de l’Eurotas. Il y est accueilli avec tous les honneurs dus à son rang par le roi Ménélas et par les Disocures, Castor et Pollux, les frères de la belle Hélène. Ils échangent de somptueux présents. Pâris se montre un habile ambassadeur. Ses récits, sur le royaume de Troade et sur la ville de Troie, captivent Ménélas et Hélène. Les jours s’écoulent dans la gaieté, d’autant qu’Hélène et Pâris ne tardent pas à tomber sous le charme l’un de l’autre. F.A.

Or, voici qu’un messager du roi de Crète Idoménée vient annoncer à Ménélas la mort de Catrée, son aïeul maternel, et l’inviter à assister à ses funérailles. Ménélas confie alors Hélène et les charges de son royaume aux bons soins de ses beaux-frères, Castor et Pollux. Il s’excuse auprès de son hôte Pâris Alexandre, mais l’invite à séjourner à Sparte jusqu’à son retour prochain de Crète. Et Ménélas s’embarque pour la Crète par le port d’Elos. Quelques jours plus tard, les Dioscures, Castor et Pollux, sont invités à leur tour aux noces de leurs cousins Idas et Lyncée, les Apharides. Ils prient Hélène de les accompagner, mais Hélène, qui est déjà amoureuse de Pâris, préfère demeurer en sa compagnie, comme le lui a recommandé Ménélas lui-même afin de répondre aux exigences de l’hospitalité, à ce qu’elle prétend. C’est le prétexte qu’attendent Hélène et Pâris pour tomber dans les bras l’un de l’autre, ce qui leur est d’autant plus facile que les frères d’Hélène ne reviendront jamais de leur voyage : ils finiront par s’entretuer avec leurs cousins, les Apharides, dont ils convoitaient les jeunes promises, Hilæra et Phœbé, les deux filles de Leucippe. F.A.

  1. Une nuit, sur les bords de l’Eurotas, à l’endroit même où Zeus a autrefois, sous l’apparence d’un cygne, séduit Léda, Pâris déclare son amour à Hélène. Celle-ci répond à sa flamme, la passion la dévore tout entière. L’enlèvement a lieu peu après, sur la rive de l’Eurotas ; tandis que sur l’ordre de Pâris, Enée et ses autres compagnons pillent le palais de Ménélas et entraînent avec eux les deux confidentes d’Hélène, Clymène et Æthra, qui n’était autre que la mère du grand Thésée. Ils assurent à Hélène une riche garde-robe, tout en se servant copieusement eux-mêmes, surtout Pâris, ce voleur invétéré. Les deux amants fugitifs font une première escale dans l’île de Cranaé, où Hélène se donne à Pâris pour la première fois ; et c’est là que sera conçu Aganos, le premier-né de leurs enfants. Ainsi, pour ce beau pirate, Hélène a abandonné Hermione, la fille qu’elle doit à Ménélas, la seule personne que déjà elle regrette en secret. Leur voyage de noces les conduit en Egypte, où ils sont les hôtes du grand Pharaon Ramsès II et de son épouse, la reine Néfertari ; à Chypre, où le roi Cinyras, grand dévot de la déesse Aphrodite, les comble de cadeaux ; et finalement à Sidon, en Phénicie, où Pâris s’illustre tristement en assassinant son hôte, le roi Sicharbas, pour lui voler ses trésors et repart en catastrophe avec ses navires chargés d’or et d’étoffes précieuses, de soie et de satin. Malgré cela, Hélène, tombée sous l’influence néfaste d’Aphrodite, lui conserve sa foi et son amour.
  2. D’autres péripéties, au cours de leur voyage, les tiendront un certain temps éloignés de Troie, la grande métropole  des Troyens, où Pâris a choisi de ramener Hélène pour en faire son épouse, en dépit des graves menaces qui pèsent sur leur amour. F.A.

DARES (suite)

 

 

  1. Priam envoya d'abord Alexandre et Déiphobe en Pæonie pour y lever des troupes, et peu après il assembla le peuple d'Ilion. Après avoir ordonné à ses plus jeunes fils d'obéir à leurs aînés dans tout ce qu'ils leur commanderaient de relatif aux circonstances, il rappela aux Troyens le souvenir des injures qu'ils avaient reçues des Achéens, et leur apprit que, pour en avoir satisfaction et recouvrer sa sœur Hésione, il leur avait envoyé Anténor ; que cet ambassadeur n'avait éprouvé que des outrages et des refus. Il ajouta que pour ces raisons il avait formé le dessein d'envoyer en Grèce une flotte commandée par son fils Alexandre, pour tirer vengeance de la mort de son père et des maux qu'ils avaient causés à ses sujets. Lorsqu'il eut achevé de parler, Anténor raconte : sur son ordre les traitements injurieux qu'il avait reçus en Grèce ; il exhorta les Troyens à ne point s'effrayer de la guerre qui allait être déclarée, mais à bien remplir leurs devoirs de soldats : il entra ensuite dans quelques détails sur la conduite qu'il avait tenue pendant son ambassade. Après qu'il eut parlé, Priam invita ceux qui, dans l'assemblée, n'approuvaient pas la guerre, à déclarer leurs sentiments et leurs motifs. Alors Panthoos s'adressant au roi et à sa famille :
  2. « J'ai appris de mon père Euphorbe, leur dit-il, que si Alexandre épouse une femme grecque, et qu'il l'amène dans ce pays, les derniers malheurs fondront sur les Troyens. N'est-il pas préférable, le repos dans lequel, nous vivons maintenant, aux troubles d'une guerre qui peut nous ravir notre liberté ? Pourquoi, lorsque nous sommes tranquilles, irions-nous nous exposer à des dangers ? »
  1. Le peuple méprisa le conseil de Panthoos, et supplia le roi de lui déclarer ses volontés. Alors ce prince dit qu'il fallait préparer des vaisseaux pour aller faire la guerre aux Achéens, et ajouta que rien ne manquait de ce qui était nécessaire pour leur construction et leur équipement. A ces paroles les Troyens s'écrièrent qu'il ne dépendrait pas d'eux que les ordres du roi ne fussent exécutés. Priam les remercia de leur bonne volonté, congédia l'assemblée, et, sans perdre de temps, envoya, sur le mont Ida, un grand nombre d'ouvriers pour y couper les bois nécessaires à la construction d'une flotte. Hector reçut aussi l'ordre de se rendre dans la Phrygie supérieure pour y lever au plus tôt une armée. Dès que Cassandre fut instruite de la résolution que son père avait prise, elle se mit à prédire tous les maux que les Troyens auraient à souffrir si Priam envoyait une flotte contre les Achéens.

Après un certain espace de temps, plusieurs vaisseaux furent mis en état de tenir la mer, et l'on vit arriver les soldats qu'Alexandre et Déiphobe avaient levés en Pæonie. Lorsque la saison parut favorable à la navigation, Priam harangua son armée dont il donna le commandement à Alexandre. Déiphobe, Énée et Polydamas furent nommés pour accompagner ce jeune prince, qui, avant son départ, reçut de Priam l'ordre de s'approcher d'abord de Sparte, et de se rendre auprès de Castor et de Pollux pour leur redemander Hésione et la réparation des outrages dont les Achéens s'étaient rendus coupables envers les Troyens. Le roi ordonna de plus, qu'en cas de refus, il lui enverrait un courrier, afin qu'il pût faire partir aussitôt une armée pour la Grèce. Après avoir reçu ces ordres, Alexandre mit à la voile, emmenant avec lui le pilote dont s'était servi Anténor. Quelques jours avant d'arriver sur les côtes de la Grèce, et comme il cinglait vers l'île de Cythère, il rencontra Ménélas qui se rendait à Pylos auprès de Nestor. Le roi de Sparte ne vit pas sans étonnement dans ces parages une flotte étrangère dont il ignorait la destination. Ces deux princes, qui tenaient une route inconnue à l'un et à l'autre, s'étant approchés, se considérèrent avec beaucoup de curiosité. Comme dans le même temps on célébrait à Argos une fête en l'honneur d’Héra, Castor et Pollux s'y étaient rendus avec Hermione, leur nièce et fille d'Hélène, pour visiter Clytemnestre, leur sœur et femme d'Agamemnon. Dans la même circonstance, Alexandre aborda à l'île de Cythère, où il y avait un temple d’Aphrodite, et offrit, aussitôt après être descendu sur le rivage, un sacrifice à Artémis. A la vue de la flotte royale, les habitants de l'île sont frappés d'étonnement, et demandent aux compagnons d'Alexandre de quel pays ils sont, quel est leur dessein. Ceux-ci répondent que leur chef a été envoyé par le roi Priam auprès de Castor et de Pollux, pour s'entretenir avec eux d'une affaire importante.

  1. Alexandre n'avait pas encore quitté l'île de Cythère, lorsqu'Hélène, femme de Ménélas, s'y rendit pour offrir à Artémis et à Apollon un sacrifice dans un temple élevé sur le rivage de la mer. A cette nouvelle, le prince troyen accourut, et comme il savait bien qu'il était fort beau de visage et d’allure, il se mit à se promener devant la princesse, avec un égal désir de la voir et d'en être vu. On avait aussi annoncé à Hélène qu'Alexandre, fils de Priam, se trouvait dans la ville où elle était, et depuis ce moment elle désirait ardemment le voir. Ils se virent, et tous deux, frappés d'une admiration réciproque pour leur beauté, se considérèrent longtemps avant de se complimenter, selon l'usage établi entre des personnes de leur rang. Alexandre épris d'amour pour cette belle reine, forme le dessein de l'enlever : en conséquence, il ordonne à ses soldats de se tenir prêts sur la flotte, de lever l'ancre à l'entrée de la nuit, ensuite d'enlever Hélène, et de l'emporter du temple sur les vaisseaux.

COLUTHOS (suite)

 

 

Pâris, après s'être lavé dans les eaux limpides de l'Eurotas, s'avançait doucement vers les murs de Lacédémone : il avait soin de ne pas soulever la poussière en marchant, de crainte de salir ses pieds ; il craignait qu'une démarche précipitée ne laissât trop à la merci des vents les boucles qui s'échappaient de dessous son casque. D'abord il considéra les superbes édifices élevés par un peuple ami de l'hospitalité : ensuite, admirant les temples consacrés aux dieux, il jugeait par la magnificence de ces bâtiments de la beauté du pays. Ici il contemple la statue d'or d’Athéna, déesse tutélaire de la contrée ; plus loin la demeure d'Hyacinthe d'Amiclée si chère à Apollon Carnéen. Depuis longtemps les Amycléens, qui le voyaient jouer avec Apollon, avaient craint que Léto, se reprochant l'amour qu'elle avait eu pour Zeus, n'enlevât cet enfant. Le dieu du jour avait ignoré que Zéphire fût épris du même feu dont il brûlait pour Hyacinthe, et, pour le consoler de la douleur qu'il eut de perdre ce beau jeune homme, la Terre produisit sur-le-champ une fleur qui porta le nom de cet enfant chéri.

Déjà Pâris, confiant dans le succès de ses charmes, avait atteint le seuil du palais d'Atride. Non, jamais le fils de Zeus et de Sémélé n'eut tant d'attraits. Quoique le maître des dieux t'ait donné le jour, pardonne, ô Dionysos ! l'injure que je viens de te faire ; mais rien ne peut se comparer à l'éclat de la beauté de Pâris. Hélène, empressée de recevoir un tel hôte, courut à la porte de son appartement, et passa dans le vestibule.

Après qu'elle se fut arrêtée un moment sur la porte pour considérer cet étranger, elle l'attira dans l'intérieur du palais, où elle lui ordonna de s'asseoir. Elle ne se lassait point de le regarder. D'abord elle le prit pour le fils de Cythérée, pour cet enfant aux tresses dorées qui veille au bonheur des amants ; mais elle reconnut enfin que ce n'était pas l'Amour, puisqu'il n'était point armé du carquois où sont renfermées les flèches de ce dieu. Plus d'une fois, séduite par les grâces enchanteresses de son nouvel hôte, elle crut avoir devant les yeux le dieu des vendanges. Interdite à la vue de tant de charmes, elle s'écria :

  1. « Jeune étranger, apprends-moi qui tu es. Les parents à qui tu dois le jour sont sans doute aussi aimables que toi ; fais-moi connaître qui ils sont, et quels lieux t'ont vu naître. Je ne vois point de famille dans la Grèce à qui je puisse rapporter ton origine. Tu ne commandes certainement pas à Pylos, jadis fondée par Nélée. Je connais Antiloque, et tes traits me sont absolument étrangers. La riante Phthie, ce berceau de tant de héros, ne t'est point soumise ; il n'est aucun des Eacides qui me soit inconnu ; j'ai vu par moi-même tout ce que la Renommée a publié de ces grands hommes. Je sais quelle est la beauté de Pélée, la gloire de Télamon, la bonté de Patrocle, et la valeur d'Achille ».
  2. C'est ainsi qu'Hélène, entraînée par le désir, parlait à son nouvel amant. Celui-ci, prenant la parole, lui dit du ton le plus tendre :
  3. « Peut-être as-tu entendu parler d'une ville qu'on nomme Ilion, située sur les confins de la Phrygie, et dont les murs sont l'ouvrage de Poséidon et d'Apollon : peut-être aussi sais-tu qu'un prince fortuné, dont l'origine remonte au puissant fils de Cronos, règne en ces lieux. C'est de ce grand roi que je suis issu, et je cherche en me signalant à suivre l'exemple de mes illustres aïeux. Sache que je suis fils du riche Priam. Je descends de Dardanos, qui fut engendré par Zeus. Souvent les dieux ont quitté l'Olympe pour venir habiter parmi les hommes : tout immortels qu'ils sont, ils ont plus d'une fois supporté la servitude. C'est ainsi qu'on vit jadis Apollon et Poséidon occupés à construire les murs de Troie, dont les fondements sont inébranlables. Pour moi, princesse, j'ai été établi juge entre des Immortelles ; deux d'entre elles ont été courroucées de l'arrêt par lequel j'ai adjugé le prix de la beauté à Aphrodite, qui m'a promis en récompense une épouse charmante. Hélène est son nom, et la déesse est sa sœur. C'est pour elle que j'ai bravé les flots, et que je viens ici serrer des nœuds que Cythérée elle-même m'ordonne de former. Ne me rebute point et ne dédaigne pas mon amour.
  4. Je ne t'en dirai pas davantage ; et que pourrais-je ajouter à tout ce que je viens de t'apprendre ? Tu sais que Ménélas est d'un sang qui souffre patiemment une injure. Il n'est point à Argos de femme aussi timide que lui. Malgré la faiblesse naturelle à leur sexe, elles ont quelque chose de mâle qui les exclut du rang de femmes ».
  1. Tandis que Pâris prononçait ces derniers mots, Hélène tenait fixés contre terre ses beaux yeux humides d'amour ; et ne sachant comment rompre le silence, elle ne répondait rien. Elle sortit enfin du ravissement où elle était plongée :
  2. « Ces murs, dit-elle, où tu reçus la vie et qu'ont bâtis les mains divines de Poséidon et d'Apollon, j'ai souhaité sincèrement de les voir ; j'ai désiré de parcourir les lieux solitaires qui retentirent des chants harmonieux d'Apollon devenu berger, et ces pâturages où, selon l'arrêt rendu par les autres dieux, il conduisit plus d'une fois ses bœufs. C'en est fait, partons, et conduis-moi à Troie : je consens à t'y suivre, puisque la déesse des Amours le veut ainsi. Je crains peu la fureur de Ménélas, lorsqu'il apprendra que je me suis réfugiée dans Ilion ».

 

  1. C'est ainsi que cette beauté s'engageait à Pâris. Le soleil, ayant achevé sa course, fit place à la nuit, qui suspendit les travaux des humains.
  2. Le lendemain, l'Aurore, en se levant, chassa par degrés le sommeil. Lorsqu'elle l'eut rendu plus léger, elle ouvrit les deux portes par où sortent les songes. Il en est une d'où viennent ces visions brillantes qui montrent la vérité aux humains, et de laquelle on entend retentir la voix des dieux, qui ne trompe jamais ; l'autre donne passage à la séduction qui nourrit l'esprit de vains fantômes. C'est à cette heure que Pâris conduisait Hélène sur ses vaisseaux, qui devaient l'éloigner des bords de Sparte. Ce fils de Priam, enhardi par les promesses de Cythérée, amenait à Troie celle qui devait y porter la désolation.
  3. Dès que l'Aurore eut vu cet enlèvement se consommer, Hermione, éperdue et rejetant son voile en arrière, fit retentir le palais de ses gémissements. Aux cris qu'elle poussait, ses femmes accoururent. Lorsqu'elle les entendit à portée, elle leur parla ainsi :
  4. « Ne m'apprendrez-vous point, mes chères compagnes, où est allée ma mère ? Elle m'abandonne, et me laisse plongée dans la douleur que me cause son départ. Hier au soir je l'accompagnais encore, lorsque avant de se livrer au sommeil, elle prit les clefs des appartements, pour n'être point surprise en l'absence de Ménélas ».
  5. En disant ces mots elle fondait en larmes, et ses femmes s'affligeaient avec elle : elles craignaient l'excès de son affliction et faisaient leurs efforts pour la consoler :

« Princesse, lui disaient-elles, calmez votre douleur. Votre mère est sortie, mais elle ne tardera pas à revenir dès qu'elle apprendra combien elle vous fait verser de pleurs. Ne voyez-vous pas que les larmes qui coulent le long de vos belles joues en ternissent l'éclat, et que tant de sanglots vont bientôt flétrir votre beauté ? Peut-être votre mère, voulant aller joindre les jeunes femmes dans l'endroit où elles se rassemblent, s'est-elle égarée dans sa route, et elle-même est-elle dans les larmes ; peut-être, allant dans la prairie consacrée aux Heures pour y adorer ces jeunes divinités, s'est-elle arrêtée sur l'herbe encore humide de rosée ; peut-être enfin, après s'être baignée dans les eaux de l'Eurotas, a-t-elle voulu avant d'arriver se reposer sur les bords du fleuve.

  1. - Pourquoi me flattez-vous ainsi ? s'écria Hermione fondant en larmes et poussant de profonds soupirs. Ma mère connaît parfaitement les entours de la montagne et les bords de l'Eurotas : elle sait tous les chemins qui mènent au bosquet planté de roses et à la prairie. L'astre du jour s'est couché, et ma mère n'a point parue ; sans doute elle a passé la nuit sur quelque rocher.
  2. Le soleil a recommencé sa carrière, et elle ne revient point. Hélas ! ma mère, en quels lieux êtes-vous donc ? Sur quelle montagne portez-vous vos pas errants ? Quelque bête féroce vous aura surprise et vous aura dévorée. Mais que dis-je ? Les monstres les plus farouches n'oseraient se désaltérer dans le sang du puissant maître des dieux.
  1. Peut-être qu'en roulant du haut de quelque précipice, votre corps horriblement meurtri sera resté suspendu à quelques broussailles qui se seront trouvées sur son passage ; mais j'ai parcouru la forêt, il n'y a pas un arbre, pas une feuille que je n'aie considérée attentivement, et je n'ai trouvé aucune de vos traces. Ce ne sont pas les bois que j'accuse de mon malheur, et je ne crains pas davantage les eaux sacrées de l'Eurotas. Serait-il possible qu'elles fussent assez calmes pour vous retenir au fond submergée, sans vous porter de temps en temps à la surface ? Les fleuves ainsi que les mers sont peuplés de Naïades qui ne font point de mal aux femmes qui vont les visiter ».
  2. C'est ainsi qu'Hermione exhalait sa douleur : elle étendit sa tête sur son chevet et s'abandonna de nouveau au Sommeil, dieu consolateur et digne compagnon de la Mort. S'ils ont une même origine, ne doivent-ils pas aussi avoir toutes choses communes et produire les mêmes effets ? C'est ce qu'éprouvent souvent les femmes qui sont accablées du poids de leur affliction et qui s'en soulagent en dormant. Bientôt Hermione, trompée par ses songes, crut avoir sa mère devant les yeux ; dans l'étonnement que lui causa cette vision, elle s'écria du ton de la plainte :
  3. « Vous vous êtes enfuie de ce palais tandis que j'étais endormie ; vous m'y avez laissée couchée dans le lit de mon père et en proie à mon désespoir. Quels monts n'ai-je point parcourus pour vous chercher ! quels coteaux n'ont pas retenti de mes cris ! Est-ce ainsi que vous m'abandonniez pour suivre des nœuds dans lesquels Aphrodite veut vous attirer ?
  4. - Ma fille, lui répondit Hélène, aie pitié de ce que je souffre, et, quelque peine que je t'aie causée, cesse de me faire des reproches. Ce perfide étranger, envers qui nous avons exercé hier l'hospitalité, a employé la séduction pour m'enlever ».
  1. A ces mots, Hermione se leva en sursaut, et, ne voyant plus sa mère, elle jeta des cris affreux :
  2. « Enfants de l'air, dit-elle, oiseaux qui franchissez l'espace avec tant de rapidité, allez en Crète, et dites à Ménélas qu'un homme sans foi est arrivé à Sparte, et qu'il a souillé la gloire de sa maison ».
  3. En disant ces mots, elle s'inondait de larmes, elle errait çà et là dans l'espoir de rencontrer sa mère ; mais c'était en vain.
  4. Cependant Pâris avait traversé les villes des Ciconiens, passé le détroit auquel Hellé donna son nom, et conduit son amante dans les ports phrygiens. Cassandre, voyant du haut des tours d'Ilion la nouvelle conquête de son frère, s'arrachait les cheveux et déchirait son voile tissu d'or. Troie ouvrit enfin ses superbes portes, et reçut dans ses tours l'auteur de sa ruine.

 

DICTYS DE CRETE

 

 

CHAPITRE I.

Tous les rois de la Grèce qui descendaient de Minos, fils de Zeus, vinrent en Crète pour y recueillir la riche succession de Catrée (01). Ce prince, fils de Minos, avait réglé par son testament qu'il serait fait un partage égal de tout ce qu'il possédait d'or, d'argent et de troupeaux, entre les enfants de ses filles ; et il laissait son empire à Idoménée, fils de Deucalion, son frère et à Mérion (02), fils de Molos, son neveu, qui devaient gouverner chacun sa part avec un pouvoir indépendant. Entre les princes présents au partage, on distinguait Palamède, fils de Clymène et de Nauplios, et Œax, appelés Catréides (03), avec Ménélas, fils d'Æropé et de Plisthène, qu'Anaxibie, sa sœur, épouse de Nestor, et Agamemnon, son frère aîné, avaient chargé de les représenter dans l'assemblée des héritiers. On connaissait moins ces derniers comme fils de Plisthène, mort à la fleur de son âge et sans avoir rien fait de chose mémorable, que comme petits-fils d'Atrée. Ce prince, en effet, touché de compassion pour la faiblesse de leur âge, les avait recueillis auprès de lui, et s'était chargé de leur donner une éducation conforme à leur naissance. Ils se conduisirent tous dans cette occasion avec la grandeur et la générosité qu'on devait attendre de personnes de leur rang.

CHAPITRE II.

A la nouvelle de leur arrivée, tous les descendants d'Europe, dont le nom était en grande vénération dans l'île (04), se rendirent auprès d'eux, les saluèrent avec bonté et les conduisirent au temple. Là, après un sacrifice solennel où furent immolées suivant l'usage, nombre de victimes on leur servit un repas splendide, et on les traita avec autant d'abondance que de délicatesse. Les fêtes continuèrent les jours suivants. Les rois reçurent les témoignages de l'affection de leurs amis avec joie et reconnaissance; mais ils furent encore plus frappés de la magnificence du temple d'Europe. Ils ne pouvaient se lasser d'examiner, dans le plus grand détail, les riches présents envoyés de Sidon à cette princesse par son père Agénor (05) et par ses nobles compagnes, et qui faisaient l'ornement de ce bel édifice.

CHAPITRE III.

Dans le même temps, Alexandre de Phrygie, fils de Priam, accompagné d'Énée (06) et de plusieurs de ses parents, se rendait coupable d'un grand attentat à Sparte et dans le palais de Ménélas, où il avait été reçu comme hôte, et traité en ami. Aussitôt après le départ du roi, épris d'amour pour Hélène, qui surpassait en beauté toutes les femmes de la Grèce (07), il l'enleva, et avec elle tous les trésors qu'il put emporter. Cette princesse fut accompagnée dans sa fuite par Ætra et Clymène, parentes de Ménélas, attachées à son service (08). La nouvelle du crime commis par Alexandre contre la maison de Ménélas parvint bientôt en Crète ; et la Renommée, qui se plaît ordinairement à grossir les objets, publia que le palais du roi avait été détruit, son empire renversé, et répandit d'autres bruits aussi funestes.

CHAPITRE IV.

Ménélas, à cette nouvelle, quoique vivement affecté de l'enlèvement de son épouse, fut encore plus irrité de la connivence perfide qu'il crut apercevoir entre le ravisseur et ses parentes (09). Palamède, voyant ce prince indigné et furieux sortir du conseil sans proférer un seul mot, fait approcher de terre les vaisseaux et dispose tout pour le départ. Après quelques paroles consolantes adressées au roi, il embarque à la hâte tout ce qui provenait du partage, fait monter Ménélas avec lui sur la flotte, et, secondés d'un vent favorable, ils arrivent en peu de jours à Sparte. Déjà Agamemnon, Nestor, et tous les rois descendants de Pélops, y étaient accourus. A l'arrivée de Ménélas, ils s'assemblent ; et quoique l'atrocité de l'action leur inspirât une profonde horreur et les portât à une prompte vengeance, cependant, après avoir délibéré mûrement, ils résolurent d'envoyer d'abord à Troie, en qualité de députés, Palamède, Ulysse et Ménélas, avec ordre de se plaindre de l'injure, et de redemander Hélène ainsi que tous les trésors enlevés.

CHAPITRE V.

Les députés arrivèrent bientôt à Troie et n'y trouvèrent point Alexandre. Ce prince qui, dans sa fuite précipitée, avait peu consulté les vents, s'était vu forcé de relâcher à Chypre (10). De là, après s'être saisi de quelques vaisseaux, il avait abordé sur la côte de Phénicie.

Toujours tourmenté par cette même avidité qui l'avait accompagné à Sparte, il égorge de nuit, par trahison, le roi des Sidoniens, qui lui avait fait un accueil favorable. Tout ce que renferme le palais est le prix de son crime ; toutes les richesses accumulées dans ce lieu, monuments de la grandeur royale, sont sur son ordre ignoblement enlevées et portées sur ses vaisseaux (11).

Cependant, aux cris lamentables de ceux qui avaient échappé aux ravisseurs, le peuple se soulève, se porte en foule au palais, et, dans le moment où Alexandre, après avoir pris tout ce qui était à sa convenance, se préparait à mettre à la voile, une troupe, armée à la hâte, se présente ; le combat s'engage et se poursuit avec acharnement ; nombre de combattants tombent de part et d'autre ; les uns s'opiniâtrent à venger la mort de leur roi, les autres à conserver leur butin.

Enfin les Troyens, après avoir eu deux de leurs vaisseaux brûlés, furent assez heureux pour sauver le reste, et échappèrent ainsi à la vengeance des Sidoniens déjà fatigués du carnage.

 

CHAPITRE VI.

Sur ces entrefaites, Palamède, un des députés qui s'étaient rendus à Troie, prince à qui sa valeur dans les combats et sa sagesse dans les conseils avaient mérité la plus grande confiance, se rend au palais de Priam. Là, devant le conseil assemblé, il se plaint du crime d'Alexandre, représente les droits de l'hospitalité indignement violés par lui, observe qu'une telle action est capable de réveiller la haine entre les deux nations, rappelle le souvenir des discordes qui, pour de semblables causes, divisèrent jadis les maisons d'llos et de Pélops (12), et d'autres familles encore (13), discordes qui ont entraîné les peuples dans des guerres désastreuses. Il met sous les yeux de Priam les dangers et l'incertitude des combats, les avantages et les douceurs de la paix, l'assure qu'un forfait aussi odieux ne manquera pas d'exciter l'indignation de toute la terre, de priver ses auteurs de tout secours humain, et de les conduire à une perte inévitable, digne récompense de leur détestable impiété. Il se préparait à continuer lorsque Priam l'interrompant, lui dit:

« Modérez-vous, je vous prie, Palamède ; il n'est pas juste d'accuser un absent. Il peut bien arriver que ce grand crime dont on le charge soit suffisamment détruit dans sa réplique lorsqu'il sera présent. »

Sous ce prétexte et d'autres semblables, il ordonne de suspendre l'examen de l'affaire jusqu'à l'arrivée d'Alexandre. Il voyait bien, par l'effet du discours de Palamède sur chacun des conseillers, que l'on condamnait généralement, sans cependant oser rien dire, l'action de son fils. En effet, le prince grec avait exposé ses plaintes avec un art admirable ; il avait répandu dans son discours un intérêt touchant bien capable de produire l'effet désiré.

L'assemblée se sépara ainsi ce jour-là. Ensuite Anténor, homme généreux, et surtout ami de la justice et de la vertu, conduisit dans son palais les députés, qui l'y suivirent avec joie.

CHAPITRE VII.

Peu de jours après, le fils de Priam et ses compagnons arrivèrent, amenant avec eux la belle Hélène. Son retour mit la ville en mouvement. Les uns avaient l'action d'Alexandre en horreur ; les autres s'attendrissaient sur Ménélas, qui en était la victime. Tous étaient indignés, et personne ne cherchait à défendre le ravisseur. Priam, inquiet, appelle ses fils auprès de lui, les consulte sur ce qu'il doit faire dans une telle conjoncture : ils sont tous d'avis de ne point rendre Hélène. La vue des richesses qu'on avait enlevées avec elle les éblouissait, et ils n'ignoraient pas qu'il faudrait s'en dessaisir si on la rendait elle-même. Ils ne voyaient pas non plus avec indifférence les belles femmes de la suite d'Hélène, et se proposaient bien d'en faire leur conquête ; car ces princes, dont les mœurs étaient aussi barbares que le langage, s'inquiétaient peu de ce qui était juste ou injuste, et ne voyaient dans cette affaire que deux objets qui partageaient également leur affection : le butin premièrement ; ensuite le moyen d'assouvir leurs passions déréglées.

CHAPITRE VIII.

Priam, après cette réponse, les quitte, assemble les anciens, leur fait part de la résolution de ses fils et demande leur avis. Ceux-ci ne l'avaient pas encore donné, que les princes (14), sans garder aucune mesure, entrent tout à-coup dans la salle du conseil, en menaçant chacun des assistants de leur vengeance, s'ils osent prendre le moindre arrêté contraire à leurs intérêts. Cependant le peuple ne pouvait retenir son indignation, et réclamait hautement contre l'injustice ; il demandait satisfaction pour les députés, et pour lui-même la réparation des torts qu'il éprouvait journellement. Alexandre, toujours aveuglé par sa passion, et craignant tout d'un peuple irrité, sort accompagné de ses frères, les armes à la main, se jette au milieu de la multitude, et en fait un affreux carnage.

 Ce qui reste est sauvé par l'intervention des grands qui avaient assisté au conseil, et par Anténor, qui s'était mis â leur tête. Ainsi le peuple se retira méprisé, maltraité, et sans avoir rien obtenu.

CHAPITRE IX.

Le lendemain, le roi, à la prière d'Hécabe, se rend chez Hélène, la salue avec bonté, l'exhorte à prendre courage, et lui pose plusieurs questions sur son Etat et sur sa naissance (15). La princesse lui répondit que des liens de parenté l'unissaient à Alexandre (16), qu'elle appartenait plus à Priam et à Hécabe qu'aux fils de Plisthène ; et reprenant son origine de plus haut, elle dit que Danaüs et Agénor étaient leurs communs auteurs ; que de Pléione, fille de Danaüs et d'Atlas, naquit Électre, qui, enceinte de Zeus, avait mis au monde Dardanos (17), duquel sortirent Trôs et les autres rois de Troie ; que d'un autre côté, Taygète, fille d'Agénor, avait eu de Zeus Lacédémon, père d'Amiclas ; que celui-ci donna le jour à Argalos, père d'Œbalos, qui engendra Tyndare, dont elle était la fille. Elle allégua aussi les liens qui l'unissaient à Hécabe par Agénor, père de Phinée et de Phénice, aïeuls d'Hécabe et de Léda, sa mère (18). Après avoir ainsi établi sa généalogie, elle conjura Priam et Hécabe, les larmes aux yeux, de ne point la rendre aux Achéens après l'avoir prise sous leur protection. Elle ajouta que les richesses qui avaient été tirées du palais de Ménélas lui appartenaient, et qu'elle n'avait rien pris au-delà. On ne sait pas au juste si sa réponse lui fut inspirée par son amour pour Alexandre, ou par la crainte d'être punie un jour par son mari à cause de sa désertion.

CHAPITRE X.

Hécabe, qui connaissait son désir, et voyait en elle une parente, la tenait serrée contre son sein, et suppliait son époux de ne point la rendre. Cependant Priam et les princes étaient revenus à un meilleur avis ; ils insistaient pour qu'on renvoyât la députation avec une réponse favorable, et craignaient déjà de résister à la volonté du peuple : le seul Déiphobe appuyait Hécabe, sans doute parce qu'il était épris de la même passion qu'Alexandre pour la beauté d'Hélène (19). Hécabe, de son côté, s'adressait tantôt à Priam, tantôt à ses fils, et tantôt embrassant la princesse, elle jurait que rien ne pourrait l'en séparer. De cette manière, elle entraîna à son avis tous les assistants, et les caresses d'une mère triomphèrent enfin du bonheur public. Le jour suivant, Ménélas et ses collègues se rendirent à l'assemblée, redemandant Hélène, et avec elle toutes les richesses qui avaient été enlevées. Alors Priam, debout et entouré des princes ses fils, commande le silence ; il prie Hélène, qui était présente, de choisir elle-même, et de déclarer si elle voulait retourner à Sparte ou demeurer à Troie. La princesse, dit-on, fit réponse qu'elle ne voulait ni revoir sa patrie, ni rester unie à Ménélas. Ainsi les princes sortent du conseil triomphants et joyeux de posséder Hélène.

Meurtre du roi de Sidon.

Meurtre du roi de Sidon.

Pillage de Sidon.

Pillage de Sidon.

Les Atrides

 

Ménélas revient à Sparte pour constater la trahison de son épouse et pleurer longuement, en serrant dans ses bras sa fille, la petite Hermione. Il est si désemparé qu’il en perd la parole ; il aurait voulu se plaindre : les mots lui échappent. Il aurait voulu agir : l’angoisse le paralyse. Alors, il décide de faire appel à son frère aîné Agamemnon, qui règne sur le puissant et riche royaume de Mycènes. Agamemnon, sans doute, saura lui porter conseil et au besoin l’aider à se venger. F.A.

Il est temps maintenant de parler plus longuement d’Agamemnon et de Ménélas, ces frères que l’on appelle communément les Atrides, c’est-à-dire, les fils d’Atrée. F.A.

Atrée fut un prince et aussi un monarque bien sinistre qui portait en lui toute la malédiction de sa famille. Son histoire fut entachée de crimes. Atrée et son frère cadet Thyeste étaient tous les deux fils de Pélops et d’Hippodamie, et descendaient de Zeus par leur aïeul Tantale. Les deux frères se vouaient une haine féroce. Atrée surtout était jaloux de Thyeste. Leur différend commença le jour où mourut leur père Pélops. Chacun des deux frères revendiqua la succession au trône paternel et rien ne put les départager. Ils décidèrent alors de prier Zeus d’arbitrer leur désaccord et de désigner celui qui serait roi de Mycènes. Le dieu suprême y consentit en leur déclarant que serait choisi pour roi celui d’entre eux deux qui pourrait le jour convenu exhiber devant le peuple une toison de bélier en or. Les deux frères acceptèrent car ils avaient tous deux de bonnes raisons de croire en leur victoire. Ainsi, Atrée, l’aîné, possédait un immense troupeau de moutons parmi lequel se trouvait un bélier à toison d’or dont il était très fier. Ce qu’il ignorait, c’est que son épouse Æropé était fortement éprise de Thyeste, son jeune beau-frère, que pour lui plaire elle serait prête à lui offrir la toison d’or du bélier, qu’Atrée avait fait enfermer dans un coffre, une fois l’animal dépecé. C’est exactement ce qui se passa. Pour gagner le cœur de Thyeste, Æropé lui offrit « la toison d’or » à sa demande et à l’insu d’Atrée, le mari trompé. Voilà pourquoi le jour convenu, Thyeste fut le seul à pouvoir exhiber devant le peuple mycénien et devant les dieux, devant Zeus, le roi des dieux, la toison tant convoitée. Thyeste devait donc régner sur Mycènes. Mais le Destin en décida autrement.

Atrée accusa Thyeste de lui avoir volé la toison avec la complicité d’Æropé, qu’il avait su attirer dans son lit pour faire d’elle sa maîtresse. Un procès lui donna raison, lorsque des témoins indiscrets, interrogés à bon escient, racontèrent comment ils avaient surpris ensemble les deux adultères. Æropé fut condamnée à mort et exécutée, et Thyeste obligé de se soumettre à une autre épreuve que leur inspira Zeus en personne par l’intermédiaire de son fils, le dieu Hermès. Il fut convenu que si ce jour-là le soleil renversait sa course pour se coucher en Orient, Atrée deviendrait roi de Mycènes à la place de son frère. Or, le soleil était déjà parvenu à la moitié de son trajet, lorsqu’il reçut de Zeus, l’ordre de renverser sa course et de repartir en direction de l’aube pour se coucher à l’Est. C’est ainsi que, ce jour-là, pour la première et dernière fois, tous les habitants de la terre virent le soleil se coucher en Orient ! Ce présage inquiétant alerta les Mycéniens qui comprirent aussitôt qu’Atrée était le préféré de Zeus et que Thyeste leur avait menti. Atrée fut donc couronné roi de Mycènes, tandis que Thyeste était banni du royaume. F.A.

  1. Exilé, Thyeste dès lors vécut misérablement ; il en était réduit à mendier sa nourriture et à partager la maigre pitance qu’il récoltait avec sa fille Pélopie (ou Pélopia), sa seule compagne en ces temps difficiles, jusqu’au jour où son ami, le roi Thesprotos de Sicyone leur donna asile, à lui et à sa fille. Ce fut à Sicyone, dans le palais du roi Thesprotos, que Thyeste reçut la visite d’un messager envoyé par Atrée, qui l’invitait à Mycènes pour célébrer ce qu’il prétendait être « leur réconciliation ». Naïvement, Thyeste s’empressa de se rendre à l’invitation de son frère avec une joie non dissimulée. Atrée feignit de l’accueillir à bras ouverts, avec de grandes démonstrations d’amour fraternel, qui dissimulaient les noirs et monstrueux desseins qu’il avait nourris en son cœur. D’un premier mariage avec la Nymphe Aglaé, Thyeste avait eu trois fils : Aglaos, Calliléon et Orchoménos ; et ces trois jeunes garçons vivaient encore à Mycènes avec leurs cousins, Agamemnon et Ménélas, les deux fils nés de l’union d’Atrée avec Æropé, quand Thyeste fut chassé de Mycènes. Or, ces trois malheureux enfants que Thyeste devait à la Nymphe Aglaé, Atrée les tua, avant de les faire découper en morceaux et cuire en ragoût. Durant le banquet qu’il donnait en l’honneur de Thyeste, c’est ce ragoût en question qu’il servit à son frère. Ainsi, sans le savoir, Thyeste mangea la chair de ses propres enfants. Or, Atrée avait pris soin de conserver les têtes tranchées, les mains et les pieds coupés, toutes les extrémités qu’il présenta à son frère à la fin du repas. Thyeste comprit d’un coup d’où provenait la viande qu’il venait de manger. Horrifié, mortifié, désemparé, il se mit à vomir et se sauva en titubant comme un ivrogne, tandis qu’Atrée lui éclatait d’un rire diabolique. F.A.

Lorsqu’il retrouva ses esprits, Thyeste n’eut plus qu’une idée en tête : se venger d’Atrée par n’importe quel moyen ; et, dans ce but, il se rendit à Delphes afin d’y consulter l’oracle d’Apollon. La Pythie chargée de rendre son oracle le mit en garde sur les conséquences d’une telle vengeance, lui assurant que ses malheurs ne faisaient que commencer, car pour obtenir la vengeance qu’il espérait, il lui fallait concevoir un fils avec sa propre fille, lequel fils connaîtrait à son tour une fin lamentable. Malgré cela, malgré sa répugnance à l’idée de concevoir un inceste avec sa propre fille, après avoir déjà mangé ses fils, Thyeste s’y résigna. Une nuit, il se rendit au sanctuaire d’Héphaëstos où sa fille Pélopie, maintenant âgée de dix-huit ans, était devenue la prêtresse de ce dieu. Il la trouva en train de faire un sacrifice et pour mieux la surprendre, se dissimula derrière une des colonnes du temple, avant de se masquer d’une cagoule qui le rendit méconnaissable. Lorsque Pélopia eut terminé son office, elle ôta sa robe blanche de prêtresse et décida de la laver dans la mare aux poissons, car elle était tachée de sang. Ce fut l’occasion attendue par le mystérieux violeur, qui profita de cet instant où elle était nue, pour bondir sur elle par-derrière et ainsi parvenir à ses fins. Une fois son forfait accompli, il disparut dans la nuit, laissant sa malheureuse victime tout en pleurs et tout abasourdie, car elle avait du mal à réaliser et surtout à admettre ce qui lui était arrivé. Les jours passèrent, puis les semaines et les mois ; bientôt, Pélopie ne put plus cacher aux prêtres du sanctuaire son état de grossesse. Ceux-ci l’accusèrent de sacrilège, d’avoir renié son serment de chasteté en se donnant à un inconnu et ils la chassèrent sans pitié, bien qu’elle se défendit en jurant qu’elle n’était pas consentante, qu’il s’agissait d’un viol.

De toutes façons, qu’elle eût ou non été consentante, en perdant sa virginité, elle avait aussi perdu sa pureté et se voyait donc malgré elle indigne de sa mission. Elle rassembla le peu de biens qu’elle possédait, dont une épée qu’elle tenait de Thyeste, et prit le chemin de l’exil. Mais le Destin la conduisit sur la route de Mycènes et au royaume d’Atrée, qu’elle ne connaissait pas. Des serviteurs de ce roi lui donnèrent asile et lui prodiguèrent des soins salutaires jusqu’au jour où le roi Atrée demanda à la voir. Il la trouva à son goût, l’épousa, sans savoir qui elle était, et adopta le fils qu’elle mit au monde : Egisthe. F.A.

  1. Lorsque ses deux fils, Agamemnon et Ménélas, parvinrent à l’âge d’homme, Atrée les envoya à Sicyone pour y appréhender leur oncle Thyeste, car il désirait en finir avec lui et surtout l’empêcher de se venger. Ainsi, le malheureux Thyeste se vit emprisonner au fond d’un sombre cachot où on l’oublia pendant des années, jusqu’au jour où Atrée chargea le jeune Egisthe de le mettre à mort. Avec l’épée que sa mère lui avait donnée, Egisthe, qui était devenu un très beau jeune homme, s’en alla donc, sans le savoir, tuer l’auteur de ses jours. Mais le Destin désormais tournait en faveur de Thyeste : il reconnut sa propre épée, celle que brandissait Egisthe. Celui qui la possédait ne pouvait donc être que le fils de Pélopia, donc son propre fils à lui aussi, le vengeur à venir né de ce funeste inceste. Thyeste sut se montrer plus que convaincant car l’heure de sa vengeance avait sonné ; le Destin, les dieux étaient maintenant de son côté. Ainsi, Atrée allait voir son dessein meurtrier se retourner contre lui, car ce fut lui qu’Egisthe frappa en plein cœur avec son épée, alors qu’il était en train de sacrifier un taureau au dieu Poséidon, en compagnie de ses deux fils légitimes, Agamemnon et Ménélas. Ceux-ci furent pris de panique et se sauvèrent en courant, devant Egisthe, fou de rage homicide, qui les poursuivait avec acharnement. Il n’était pas question pour lui de les laisser en vie avec le désir de venger leur père. Une terrible chasse à l’homme fut organisée à travers la forêt dans laquelle ils s’étaient enfuis. Cependant, Agamemnon et Ménélas échappèrent à leurs poursuivants grâce à de braves voyageurs de commerce, qui les menèrent jusqu’au royaume dont ils étaient originaires, le royaume de Sparte du roi Tyndare. C’est là qu’Agamemnon, l’aîné des Atrides, épousa Clytemnestre, l’une des filles de son bienfaiteur, bien qu’elle lui préférât son cousin Tantale, qui était roi de Pise, en Elide. Mais Agamemnon déclara la guerre à son cousin, le tua et entraîna de force Clytemnestre avec lui, avant de l’épouser avec le consentement de Tyndare. De cette union devaient naître au moins trois filles : Iphigénie, Chrysothémis et Electre, et pour finir un fils : Oreste. Hélène, l’autre fille supposée de Tyndare (bien qu’elle fût en réalité fille de Zeus), devint comme on le sait déjà la femme de Ménélas, avant de succomber au charme de son beau ravisseur, le prince troyen Pâris Alexandre, fils du roi Priam. Entre temps, les Dioscures, Castor et Pollux, avaient aidé Agamemnon à reconquérir son royaume de Mycènes, en tuant Thyeste, et en chassant Egisthe, qui comme son père avant lui allait connaître l’exil et vivre misérablement, en attendant sa revanche. La guerre, que les Atrides Agamemnon et Ménélas se préparaient à mener contre Troie, devait lui en fournir l’occasion. F. A.
  1. Et l’on retrouve maintenant Ménélas en présence d’Agamemnon après l’enlèvement d’Hélène. Cette rencontre a lieu à Mycènes, où Agamemnon, l’aîné des Atrides et le roi le plus puissant, le plus riche de la Grèce, tient un conseil de guerre, en présence d’autres rois, princes et souverains de tous les Etats du Péloponnèse et de l’Achaïe. Il s’agit de décider s’il est sage et juste d’entreprendre une guerre qui risque d’être longue et ruineuse contre Troie et l’empire de Priam, tout cela pour reprendre aux Troyens une femme adultère ; car il semble clairement établi qu’Hélène a suivi Pâris Alexandre de son plein gré. Les avis étant très partagés, il est décidé dans un premier temps, suivant le conseil d’Ulysse, qu’une ambassade pacifique se rendra à Troie pour y réclamer Hélène. Ainsi la diplomatie fera place à la guerre, du moins provisoirement. Ulysse, qui est un habile diplomate, partira donc pour Troie avec Ménélas pour tenter de ramener Hélène, sans que le sang soit versé. F.A.

Ulysse

 

Il est temps maintenant de faire plus ample connaissance avec Ulysse, qui joue dans cette longue histoire un rôle déterminant. Comme tant de héros grecs, il est lui aussi d’origine divine ; c’est au divin Hermès qu’il doit son esprit artificieux, son tempérament habile et rusé, son esprit avisé et son éloquence fameuse. Car Hermès avait eu pour fils Autolycos, qui fut en son temps le plus fameux de tous les voleurs. (On sait qu’Hermès, messager des dieux, dieu de l’éloquence et du commerce, est aussi le dieu des voleurs). Or, cet Autolycos, le plus rusé, le plus habile et le plus fameux de tous les voleurs, avait une fille Anticléia, dont le roi d’Ithaque, Laërte, fils d’Arcésios, devait faire son épouse. C’est de cette union que, par un soir d’orage, naquit Ulysse, à l’abri du mont Nériton, dans une grotte où sa mère avait trouvé refuge pour le mettre au monde. Mais on dit aussi que c’est à un autre brigand fameux, Sisyphe, qu’Ulysse dut le jour ; car, étant de passage à Ithaque, il vécut une aventure avec Anticléia, alors enceinte d’Ulysse. F.A.

 

Dans sa jeunesse, Ulysse fit de nombreux voyages et se rendit en particulier chez son aïeul Autolycos, qui l’invita à une chasse au sanglier, sur le mont Parnasse, en compagnie de ses fils. C’est au cours de cette chasse qu’Ulysse, d’abord appelé Odysséos « l’Homme en colère », fut blessé par un sanglier féroce, dont il garda le souvenir au genou : une cicatrice qui lui permettra plus tard, à son retour de Troie, de se faire reconnaître par ses proches, et lui vaudra également son nouveau nom, Oulyxos (Ulysse) « Blessé au genou ». Invité à la cour d’Iphitos, Ulysse reçut des mains de la jeune Iole l’arc précieux d’Eurytos, qui tirait des flèches imparables et dont il se servira beaucoup plus tard pour tuer les nombreux prétendants indésirables de Pénélope, qui avaient envahi sa demeure durant sa longue absence. F.A.                                                                                          

Prétendant lui-même à la main d’Hélène, Ulysse s’était rendu à Sparte, les mains vides, sachant bien qu’il n’avait aucune chance d’épouser cette princesse convoitée par tant de princes beaucoup plus riches que lui. C’est alors qu’il eut l’idée, comme cela a déjà été raconté, de faire jurer devant Tyndare à tous les prétendants d’Hélène de se porter au secours de celui qui serait choisi comme époux si sa femme lui était ravie ou disputée. C’est en échange de ce conseil donné à Tyndare qu’il obtint à la place d’Hélène sa cousine Pénélope, la fille d’Icarios, qui devait se montrer bien plus fidèle. Mais Icarios, le frère de Tyndare, aimait tant sa fille, qu’il ne pouvait se résigner à la marier. Il fut finalement décidé par Tyndare, en accord avec Icarios, qu’elle appartiendrait au vainqueur d’une course de chars attelés de deux chevaux, qui se disputerait sur la rue Aphèta.

Tyndare, pour tenir son engagement envers Ulysse, soudoya le favori de l’épreuve, Eumèlos, qui possédait deux cavales immortelles invincibles à la course, en lui promettant à la place de Pénélope, Iphtimé, sa sœur cadette, ainsi que plusieurs talents d’or ; et il obligea son propre fils Castor à confier à Ulysse ses coursiers les plus rapides, tout en lui enseignant la façon de les mener à coup sûr à la victoire. C’est ainsi qu’Ulysse, pourtant peu habilité à mener les chevaux, remporta la course et Pénélope en récompense de sa victoire. Mais Icarios le supplia de ne pas emmener Pénélope à Ithaque et de rester vivre avec elle en Laconie, où il saurait faire de lui son successeur comme roi de Lacédémone. Ulysse demanda alors à Pénélope de choisir entre son père ou lui. Elle ne répondit pas, mais voila pudiquement son beau visage en rougissant avec grâce. Emu par son attitude, Icarios comprit quel était le choix de sa fille et la laissa partir avec Ulysse jusqu’à Ithaque, avant de bâtir en cet endroit un temple à la déesse Pudeur. C’est de l’union de Pénélope et d’Ulysse que naquit Télémaque, leur fils. F.A.

Aussi Ulysse n’a aucune envie de partir en guerre contre Troie ; il est prêt à tout faire pour empêcher cette guerre et, pour cela, se rend à Troie en ambassadeur avec Ménélas dans le dessein de réclamer pacifiquement Hélène. Mais ils parviennent à Troie avant Pâris et Hélène, qui errent encore sur les mers, et sont reçus en l’absence du roi Priam, par le prince Anténor, le premier de ses conseillers, qui après s’être informé du but de leur mission, leur assure qu’il fera tout ce qui est en son pouvoir pour qu’Hélène soit rendue à Ménélas dès son arrivée à Troie. Les deux ambassadeurs lui font confiance, mais ils repartent déçus et sans Hélène. F.A.

  1. Après bien des aventures et des péripéties au cours de leur voyage, les trois derniers navires de Pâris (il en a perdu deux à Sidon) ont enfin pris la direction de Troie. Ils arrivent à l’aube sur les rives de la Troade. Priam, averti par les devins et les dieux, est venu avec sa famille accueillir Pâris. Celui-ci présente à son père la belle jeune femme qu’il ramène de son voyage à la place d’Hésione, afin dit-il qu’elle leur serve d’otage et de garantie, si Télamon s’obstine encore à garder près de lui la sœur de Priam et la fille de Laomédon. Mais il ne peut cacher à son père l’amour qu’il voue à Hélène, amour qui n’est pas sans retour. Priam, à son tour subjugué par la beauté et les charmes d’Hélène, l’accueille avec chaleur et la présente à ses autres enfants et à Hécabe, son épouse. Parmi les enfants de Priam et d’Hécabe, Hector, l’aîné des fils, est présenté le premier. Sa beauté, sa stature et sa droiture font tout l’orgueil de ses parents. Hélène lit la bonté de son visage et devine en lui un frère et un protecteur. Mais tous ne l’accueillent pas avec enthousiasme. Ainsi, Cassandre, une fois de plus, affirme à haute voix que cette femme infidèle causera la ruine et la destruction de Troie. Mais personne ne peut croire Cassandre et Hélène est finalement acceptée par toute la famille royale, d’autant que sa beauté fascine tous les Troyens, que tous tombent sous l’emprise de ses charmes par le pouvoir d’Aphrodite, qui a fait d’Hélène une véritable enchanteresse. Le mariage de Pâris et d’Hélène est célébré peu après devant une multitude de rois et de reines, de princes et de princesses accourus de toute la Phrygie, de toute l’Anatolie, et cela malgré les conseils d’Anténor, qui s’est joint cette fois à Cassandre pour annoncer les conséquences d’une telle union, ce qu’elle risque de leur coûter. Hélas, lui non plus ne sera pas écouté, car il a contre lui les dieux et le Destin qui ont décidé de la ruine de Troie. Ainsi, malgré Cassandre et ses prédictions, malgré Anténor et ses avertissements, Hélène sera fêtée par tous les Troyens et recevra de tous les souverains de l’Asie, et de Priam en particulier, de splendides cadeaux de noces et de bienvenue. De l’union de Pâris et d’Hélène naîtront deux fils, Aganos et Bounicos, et une fille, baptisée Héléna, en l’honneur de sa mère, bien que Pâris voulût l’appeler Alexandra, en hommage à lui-même.  Pour se mettre d’accord, ils décidèrent de jouer ce nom aux dés, et ce fut Hélène qui l’emporta. F.A

La longue prophétie de Cassandre, prisonnière dans sa tour

Un des gardes de Cassandre, retenue prisonnière par ordre de Priam dans une tour construite sur l'Até, vient rapporter au roi une longue prophétie de sa fille. Dans cette longue prophétie, racontée en détail par le soldat troyen, Cassandre pleure sur sa patrie, sur Troie détruite d'abord par Héraclès, ensuite par les Achéens. Elle voit son frère Pâris enlever Hélène : mais il ne jouira pas du fruit de son crime ; car le Pharaon lui enlèvera sa proie en Egypte, et il reviendra dans sa patrie sans Hélène laquelle est destinée à avoir successivement cinq époux, à savoir : Thésée, Ménélas, Pâris, Déiphobe et Achille.

Cependant le crime de Pâris appellera les Achéens à la vengeance. Après avoir sacrifié Iphigénie, ils concluront une alliance contre Troie et mettront à la voile. La prophétesse les voit naviguer sur la mer et dévaster Myrinna ; ils débarqueront en Asie, et une guerre sanglante commencera.

Quels tourments souffrira Cassandre, lorsqu'elle verra périr misérablement Hector, son frère bien-aimé, son autre frère Troïlos, Laodicé et Polyxène, ses sœurs, Hécabe, sa mère ; et Priam, son père !

Elle déplore ensuite le sort qui l'attend elle-même. Ajax (le Jeune) l'enlèvera ; mais elle implorera la vengeance de Pallas Athéna.

Le sacrilège d'Ajax plongera les Achéens dans un abîme de maux ; les mers seront couvertes de leurs cadavres et des débris de leurs vaisseaux ; Ajax périra misérablement. Sa mort sera suivie de celle de Phœnix, de Calchas, de l’exil d'Idoménée, du meurtre de Sthénélos, du duel de Mopsos et d'Amphiloque, qui s’entretueront mutuellement.

Après avoir longtemps erré sur les mers, d'autres seront jetés dans les pays étrangers et y formeront des colonies. Cinq d'entre eux se fixeront à Chypre : Teucros, Agapénor, Démophon, Praxandre et Céphée.

Les amours d'Acamas et de Laodicé fournissent l'occasion de parler d'Æthra, des Dioscures, et des Apharides, Idas et Lyncée.

Un grec, Diomède, sera poussé en Italie ; d'autres, Béotiens d'origine, s'établiront dans les îles Baléares ; Ulysse éprouvera une longue suite de malheurs. Ménélas aussi sera obligé de visiter beaucoup de pays.

Gounée, Prothoüs et Eurypyle, [fils d’Evèmon], périront en Libye ; Philoctète sera tué en Italie par les Pelléniens ; Epéios, l'auteur du cheval de bois, s'établira dans le même pays. A cette occasion, il est question de plusieurs colonies troyennes qui se fixeront à Ségeste, à Siris, à Leutarnia.

Il y aura des Achéens qui, après avoir débarqué en Thessalie, obéiront à l'amazone Clété, esclave de Penthésilée, qui, cherchant sa maîtresse, ira fonder Clété, en Italie, dont les reines porteront toutes le même nom.

Térina devra sa fondation à d'autres guerriers. Nirée et l'étolien Thoas se fixeront aux pieds du Pinde ; d'autres resteront dans l'île de Mélite ; les compagnons d’Eléphénor, meurtrier involontaire de son aïeul, habiteront l'île d'Othrone, puis le promontoire d'Actium.

Cassandre annonce ensuite le sort de Podalirios, frère de Machaon, celui des Naubolides, et à cette occasion elle déplore les malheurs de la Troyenne Sétée ; enfin une partie des Achéens sera jetée au-delà de l'île de Corse. Telles seront, ajoute la prophétesse, les calamités de ceux qui ne reverront plus leurs foyers.

Le sort des autres ne sera guère plus heureux. Agamemnon sera tué par sa femme ; et Cassandre elle-même périra des mains de cette furie jalouse. Les Locriens expieront le crime d'Ajax (le Jeune), leur ancien chef. Leur punition rappelle à la princesse le souvenir de la métamorphose de sa mère et le déplacement du tombeau d'Hector à Thèbes. En Crète, toute la maison d'Idoménée périra ; en revanche, la gloire de la postérité de Cassandre s'étendra au loin ; Énée sera conduit par ses destins en Italie, et ses descendants bâtiront Rome.

La prophétesse parle aussi des causes de l'inimitié entre l'Europe et l'Asie ; de l'enlèvement d'Io par les Phéniciens, de celui d'Europe par les Crétois, de l'expédition des Argonautes, de Thésée, des guerres de Laomédon, de la destruction de Troie par Héraclès, de l'expédition de Tyrrhènos et de Tarchon en Italie, enfin de la perfidie de Pâris, cause immédiate de la ruine de sa patrie. Les Achéens se réuniront pour la vengeance, à savoir : Agamemnon viendra ravager la Troade ; Oreste, son fils, ira avec une armée en Tauride ; Nélée fondera Milet. Le phrygien Midas dévastera à son tour l'Europe. Les guerres entre l'Europe et l'Asie se perpétueront, et Xerxès ira brûler Athènes. Enfin, Alexandre le Grand, allié par le sang à la prophétesse, fondera un vaste empire. Mais à quoi bon, s'écrie-t-elle, prédire l'avenir, puisque Apollon empêche qu'on ajoute foi à nos oracles ?

Le gardien devenu messager, après avoir rapporté ces prédictions à Priam, les termine par un vœu pour le salut de son pays.

Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Appolon en personne.

Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Appolon en personne.

Cassandre prophétisant dans la position de la Sphinge.

Cassandre prophétisant dans la position de la Sphinge.

Entre temps, Ulysse et Ménélas étaient revenus à Mycènes annoncer l’échec de leur mission : non seulement Hélène n’était pas à Troie, mais il y avait peu d’espoir qu’elle revienne à Sparte de son plein gré malgré la promesse d’Anténor de les aider à l’en convaincre. Ils décidèrent d’attendre une réponse éventuelle d’Hélène, de Pâris ou du roi Priam lui-même, tout en déléguant des émissaires à date régulière pour rappeler la requête formulée au départ par Ulysse et Ménélas. Ils attendirent ainsi des semaines, des mois, bientôt une année. Aucune réponse ne venait. Alors, Agamemnon convoque un devin renommé dans toute la Grèce, Calchas, et lui demande simplement quel sera le résultat d’une guerre contre Troie et l’empire de Priam, car ce puissant monarque ne règne pas seulement sur Troie, mais sur un véritable empire qui s’étend en colonies le long des côtes et sur les îles de Troade, de Mysie, de Phrygie, d’Ionie et de Thrace. Alors Calchas fait le sacrifice d’un taureau à Zeus et à Apollon ; et les dieux répondent par un présage symbolique. Un serpent bleu tacheté de rouge surgit d’un buisson voisin de l’autel du sacrifice et grimpe dans un arbre où se trouve un nid contenant huit oisillons, autour desquels volètent leur mère affolée en poussant des cris aigus. Or, le serpent dévore les huit petits, puis leur mère, avant de se changer en pierre. Calchas conclut que la guerre de Troie durera dix années mais que la ville sera prise et détruite. Dès lors, Agamemnon n’a plus qu’à l’annoncer à l’assemblée des notables et au conseil des anciens, à celui des princes : la guerre de Troie aura bien lieu, c’est maintenant décidé ! Calchas est désigné d’emblée comme devin officiel de l’expédition. Mais il faut élire un commandant suprême et Agamemnon s’offre à tenir ce rôle, ce qu’approuve aussitôt Ménélas. Mais ce n’est pas du goût de Palamède, qui propose de procéder à un vote des nobles de l’assemblée. Agamemnon s’y résigne à contrecœur. En finale, Agamemnon l’emporte de justesse devant Palamède. Il décide alors de réunir tous les anciens prétendants d’Hélène à Aulis, port de Béotie d’où partira l’expédition. Car tous les anciens prétendants d’Hélène ont juré à Tyndare d’aider celui qui sera choisi parmi eux, en l’occurrence Ménélas, à se venger si sa femme lui est disputée ou enlevée, ce qui est le cas. F.A.

  1. Chaque jour les navires de guerre achéens affluent dans le port béotien de l’Aulide. Le premier à rejoindre le port d’Aulis est le vieux roi de Pylos, Nestor, qui amène de Messénie une flotte puissante de quatre-vingt-dix nefs de guerre. Il est bientôt suivi par le roi de Crète Idoménée, qui commande une flotte immense de quatre-vingt vaisseaux. Idoménée, comme tant d’autres, fut prétendant à la main d’Hélène, comme aussi Pénélée, le chef des Béotiens, Ménesthée, le prince exilé que Castor et Pollux ont installé sur le trône d’Athènes, à la place de Thésée, et qui commande la puissante flotte athénienne. Les autres chefs sont Protésilas de Philacae en Thessalie, Palamède, le roi d’Eubée, Eumèlos, le roi de Phérès en Thessalie, Polypœtès, le roi des Lapithes en Thessalie, un fils de Pirithoos, et bien d’autres encore. Pourtant, les prétendants d’Hélène ne sont pas tous disposés à tenir leur engagement devant Tyndare et beaucoup tardent à se montrer. Alors Agamemnon organise des campagnes de recrutement et offre des primes aux volontaires, attirant ainsi des mercenaires comme le fameux Diomède, le fils de Tydée, qui règne maintenant sur Argos, et qui à peine revenu de la guerre des Epigones contre Thèbes, s’enrôle en volontaire pour la guerre de Troie. Mais on dit aussi qu’il fut très épris d’Hélène et qu’il faisait de son enlèvement une affaire personnelle. Son cousin Thoas, le nouveau roi de Calydon, a suivi son exemple, comme aussi ses anciens compagnons d’armes durant la guerre des Epigones, Sthénélos, fils de Capanée, et Euryale, fils de Mécistée ; et même Thersandre, le fils de Polynice et petit-fils d’Œdipe, pour lequel on s’est battu à Thèbes, durant cette guerre des Epigones déjà évoquée, et peut-être aussi Amphiloque, l’un des deux fils d’Amphiaraos, bien qu’Alcméon lui soit absent à cause du meurtre de sa mère Eriphyle et de la vengeance des Erinyes que ce meurtre a provoquée. D’autres princes sont appelés à combattre à Troie comme successeurs de leurs pères, qui ont participé avant eux à la première guerre de Troie, celle que mena Héraclès contre Laomédon, le père de Priam. Ce sera le cas du nouveau roi de Rhodes, Tlépolème, un fils d’Héraclès, d’Ajax et de Teucros, fils de Télamon, bien que Teucros « le Troyen » soit aussi le fils d’Hésione, donc le propre neveu du roi Priam et le cousin d’Hector et de Pâris. A cette liste, on devrait logiquement ajouter le jeune Achille, puisqu’il est le fils de Pélée, qui combattit aussi à Troie au côté d’Héraclès. Et pourquoi pas Télèphe, le plus fameux des fils d’Héraclès, bien qu’il soit vassal, allié et aussi parent par alliance du roi Priam ? Celui-là, Agamemnon aimerait bien l’enrôler dans son armée, car on le dit digne de son père et de son incroyable renommée. F.A.
  1. Toutes ces nouvelles de guerre n’enchantent pas Ulysse, de moins en moins enthousiaste à l’idée de partir en guerre. Il ne veut pas abandonner sa chère Pénélope, et encore moins le petit Télémaque, le fils qu’elle lui a donné ; aussi, lorsqu’il apprend la venue à Ithaque d’un ambassadeur au service d’Agamemnon, Ulysse décide de se faire passer pour fou. C’est ainsi que Palamède, l’ambassadeur en question, le découvre entièrement nu, en train de labourer le sable du rivage, avec un attelage étrange composé d’un âne et d’un bœuf ; et, une fois le sillon tracé, Ulysse se retourne et sème du sel, en poussant des cris inintelligibles. Apparemment, Ulysse est bien devenu fou. Mais Palamède n’est pas dupe ; il s’agit du plus ingénieux de tous les Achéens, à qui l’on doit de nombreuses inventions : certaines lettres de l’alphabet, les chiffres, les unités de pesée et de mesure, la monnaie, le jeton de volte, les dés, les osselets, les dames et même les échecs d’après quelques sources. Il passe aussi pour un grand navigateur en tant que fils de Nauplios et petit-fils de Poséidon ; et c’est peut-être à lui que les marins devront le gouvernail d’étambot, qui permet au navire d’aller contre le vent. Devant Troie, il se révélera grand stratège et imaginera la meilleure façon de disposer les sentinelles, de mener l’assaut d’une ville, de pallier la disette… Il passe aussi pour l’un des plus célèbres élèves du sage Centaure Chiron, si expert dans l’art d’éduquer les héros. En bref, ce n’est pas n’importe lequel des ambassadeurs qu’Agamemnon a chargé de ramener Ulysse. Pour éprouver la prétendue folie du roi d’Ithaque, Palamède s’empare du petit Télémaque, qui dormait dans son berceau, et le place devant le soc de la charrue. Ulysse, ne pouvant tuer son fils, soulève la charrue pour épargner son enfant, prouvant par la même occasion qu’il a bien conservé toute sa raison. Il n’a plus qu’à préparer son armée, avant de faire ses adieux, à sa femme, à ses parents, à son fils, à Mentor, son conseiller, à qui il confie les charges de son royaume et l’éducation de Télémaque, et aussi à Argos, le jeune chiot qu’il a dressé pour la chasse, et qui va vivre si vieux pour attendre le retour de son maître bien-aimé. Mais Ulysse garde envers Palamède une profonde rancœur qui rejaillira un jour : en effet, il se vengera cruellement de Palamède, qui selon lui a brisé son bonheur ; il le lui jure dans son oreille. F.A.

On sait déjà que l’ambassade de Ménélas et d’Ulysse ne fut pas la seule que les Grecs menèrent en Troade : quelques mois plus tard, Acamas et Démophon, les deux fils de Thésée, devaient eux aussi se rendre à Troie, mais plus qu’Hélène, c’est Æthra, la mère de Thésée, leur grand-mère à eux, qu’ils réclament à Priam, à Pâris et aux Troyens. Æthra, était devenue l’esclave puis la confidente d’Hélène, depuis que Castor et Pollux l’avaient offerte à leur sœur en représailles (Thésée ayant déjà enlevé Hélène bien avant Pâris), et elle avait suivi sa maîtresse jusqu’à Troie. Malgré l’intervention d’Anténor en leur faveur, cette démarche des fils de Thésée n’est pas plus heureuse que les précédente. Cependant, sur l’invitation d’Anténor, Acamas et Démophon séjournent quelques jours à Troie, juste assez longtemps pour que naisse entre Acamas et Laodicé une dangereuse passion, car Laodicé, la plus belle des filles de Priam et d’Hécabe, est déjà fiancée à Hélicaon, un des fils d’Anténor, ou bien à Télèphe lui-même, le plus fameux des fils d’Héraclès, c’était donc logique qu’un fils de Thésée soit aussi sur les rangs de ses prétendants - pour les Grecs anciens, Thésée était presque l’égal d’Héraclès. C’est de cette union clandestine entre Acamas et Laodicé que devait naître un fils appelé Mounitos. Les menaçantes amours d’Acamas et de Laodicé ne plaisent guère à Démophon, qui voit leur mission dangereusement compromise. Il décide de repartir sans son frère. Mais il s’égare, et, à la suite d’une tempête, échoue en Bisaltie, dans le royaume de Sithon, où le roi lui fait bon accueil, un accueil d’autant plus agréable que Phyllis, la fille de Sithon, est tombée amoureuse de ce beau naufragé. Elle supplie Démophon de la demander en mariage à son père, qui selon elle est déjà prêt à lui céder son royaume. Démophon est tenté, mais il répond qu’il doit partir en guerre durant dix années, après quoi il reviendra pour l’épouser. Phyllis alors lui remet un mystérieux coffret contenant d’après elle des présents destinés au culte de Rhéa, qu’elle lui demande de ne pas ouvrir avant qu’il n’ait perdu tout espoir de la revoir, et elle jure qu’elle l’attendra aussi longtemps que doit durer son absence.

Démophon part avec son mystérieux coffret, qu’il garde bien fermé ; il finira par retrouver Acamas avec lequel il s’enrôlera en volontaire dans l’armée athénienne de Ménesthée à Aulis. C’est aussi à Aulis que se rend Philoctète avec l’arc et les flèches magiques, trempées dans le sang de l’hydre de Lerne, qu’il doit à Héraclès, dont il fut le dernier compagnon d’armes. Calchas ayant consulté l’oracle a révélé que Troie ne serait jamais prise sans l’aide des flèches et de l’arc d’Héraclès qui ont déjà triomphé de Troie et des Troyens. C’est pourquoi, à la demande d’Agamemnon, Philoctète a rejoint l’armée à la tête de son contingent d’archers thessaliens venus de Mélibée en Magnésie. Mais Calchas affirme maintenant que Troie ne sera jamais vaincue sans Achille, le seul champion achéen assez fort pour triompher d’Hector, le fils aîné du roi Priam, qui est aussi le champion de l’armée troyenne. F.A.

La ruse d'Ulysse déjouée par celle de Palamède.

La ruse d'Ulysse déjouée par celle de Palamède.

DARES (suite)

  1. Au signal convenu les soldats entrent dans le temple, enlèvent Hélène sans lui faire aucun mal, la transportent sur la flotte et avec elle quelques femmes de sa suite. Au bruit de cette violence, les habitants de la ville s'assemblent et font de longs efforts pour s'y opposer ; mais Alexandre, aidé de ses soldats, les met en fuite, pille le temple, fait conduire un grand nombre de prisonniers sur ses vaisseaux, et met à la voile dans le dessein de retourner en Phrygie. Arrivé dans le port de Ténédos, il met tous ses soins à consoler Hélène, et informe le roi, son père, de ce qu'il vient de faire. Lorsque Ménélas apprit à Pylos l'enlèvement de la reine, son épouse, il se rendit à Sparte avec Nestor, et envoya à Argos prier son frère Agamemnon de se rendre auprès de lui.

CHAPITRE XI.

  1. Cependant Alexandre arriva chez Priam avec sa proie, et lui fit le récit de son exploit. Ce prince s'en réjouit, parce qu'il espérait que les Achéens, pour recouvrer Hélène, lui rendraient sa sœur Hésione, et tout ce qu'ils avaient enlevé aux Troyens ; et après avoir calmé l'affliction de cette princesse, il la donna pour épouse à son ravisseur, malgré les prédictions funestes que renouvela sa fille Cassandre, dès l'instant qu'elle l'aperçut. Irrité de son audace, il ordonna qu'elle fût emmenée et enfermée. Arrivé à Sparte, Agamemnon s'occupa d'abord de consoler son frère ; ensuite ces deux princes envoyèrent dans toute la Grèce des courriers pour informer les rois et les peuples de l'affront qu'ils venaient de recevoir, les engager à s'assembler, à prendre les armes et à déclarer la guerre aux Troyens. Auprès d'eux se réunissent bientôt Patrocle, Euryale, Tlépolème, Diomède. Ces princes décident qu'il faut sans délai se venger des Troyens, et pour cet effet lever une armée, équiper une flotte ; ils choisissent en même temps Agamemnon pour leur général, et envoient des députés auprès de tous les Achéens pour les inviter à se rassembler dans le port d'Athènes avec des vaisseaux bien équipés, afin d'en partir tous ensemble pour la Phrygie. Castor et Pollux, ayant appris l'enlèvement de leur sœur Hélène, montèrent aussitôt sur un vaisseau et se mirent à sa poursuite. Ils relâchèrent d'abord à Lesbos ; mais s'étant remis en mer, ils furent assaillis d'une violente tempête : comme ils ne reparurent plus, le bruit courut quelque temps après qu'ils avaient été reçus parmi les dieux immortels. Les Lesbiens craignant donc qu'ils ne se fussent égarés, mirent un vaisseau en mer pour aller à leur découverte ; après s'être avancés jusqu'au rivage de Troie, ils rapportèrent à leurs concitoyens qu'ils n'avaient rencontré leurs traces nulle part.

APOLLODORE Épitomé

III, 6. Quand Ménélas s’aperçut de l’enlèvement [d’Hélène], il alla à Mycènes chez son frère Agamemnon, et lui demanda de rassembler, depuis la Grèce tout entière, une armée pour marcher contre Troie. Agamemnon dépêcha des messagers auprès de chacun des rois, en leur rappelant leur ancien serment, et exhorta chacun à combattre pour la sécurité de leur propre femme, car cet affront avait touché la Grèce entière. La plupart d’entre eux étaient favorables à la guerre. Ils se rendirent aussi à Ithaque, chez Ulysse.

III, 7. Mais Ulysse n’avait aucunement l’intention de participer à la guerre ; il fit mine d’être fou. Palamède, le fils de Nauplios, comprenant qu’il les trompait, décida de le confondre. Alors qu’Ulysse feignait un accès de démence, il le suivit ; puis, brusquement, il arracha des bras de Pénélope son petit enfant Télémaque, et sortit son épée comme s’il voulait le tuer. Craignant pour son fils, Ulysse avoua son jeu, et participa à la guerre.

Palamède

Palamède (Παλαμήδης / Palamêdês) est un des héros de la guerre de Troie.

Biographie

Fils de Nauplios (roi de l'île d'Eubée) et de Clymène (la fille de Catrée), disciple de Chiron, il était un des princes grecs qui prirent part à la guerre de Troie.

Il fut en butte à la haine redoutable d'Ulysse, pour plusieurs motifs :

  • d'abord parce qu'il avait découvert et dénoncé la folie que celui-ci avait simulée pour éviter les combats ;
  • ensuite parce qu'il l'avait accusé de perfidie, en laissant l'armée manquer de vivres, bien qu'il fût allé en Thrace, sous prétexte d'en acheter ;
  • enfin parce qu'il osait désapprouver publiquement cette guerre longue et ruineuse faite par la Grèce aux Troyens.

Ulysse, pour s'en venger, accusa à son tour Palamède de trahison. Pour donner du crédit à son accusation, il fit enfouir une somme considérable dans la tente de Palamède, prétendit qu'il l'avait reçue de Priam, et pour preuve montra une lettre contrefaite de ce roi. Palamède fut condamné à mort par le conseil de guerre et fut injustement lapidé.

Inventions

Palamède serait l'inventeur myhtique de l'alphabet, des jeux de dés et des signaux de feu servant à transmettre un message.

Palamède est l'un des trois fils de Nauplios et de Clymène, la fille de Catrée. Ses deux frères sont Œax et Nausimédon. Sa légende s'est développée indépendamment des poèmes homériques. Il figure parmi les élèves attribués au centaure Chiron, à côté d'Achille, Ajax et Héraclès, et il participe aux préliminaires de la guerre de Troie.  Lors de l'enlèvement d'Hélène, il console Ménélas et tente de le calmer (par sa mère, Palamède était en effet apparenté à Ménélas, dont il était le cousin germain). Puis, selon certains auteurs, il participe à une ambassade à Troie, avec Ulysse et Ménélas, pour obtenir un règlement pacifique de l’affaire. Il aurait même apporté une lettre personnelle de Clytemnestre à Hélène pour engager celle-ci à revenir auprès de son mari légitime.

Lors de la seconde ambassade, envoyée de Ténédos, Palamède y figure à côté de Ménélas, Ulysse, Diomède et Acamas. Mais, bientôt, le zèle de Palamède pour la cause de Ménélas devait provoquer sa perte.

Ulysse ayant reçu l’ordre de rejoindre l’expédition des Grecs contre Troie, simula la folie. Palamède, fils de Nauplios, le trouva en train de labourer son champ avec un attelage étrange : un âne et un bœuf, feignant de ne rien comprendre, et semant du sel. Palamède pour déjouer la ruse, plaça Télémaque, l’unique fils du héros devant la charrue. Pour ne pas le tuer, Ulysse détourna l’attelage, prouvant ainsi qu’il avait toute sa raison ; il dut alors rejoindre le camp des Grecs. Soucieux de se venger, Ulysse au cours de la guerre de Troie, accusa Palamède de trahison et fournit des preuves montées de toutes pièces, notamment une lettre prétendument écrite par Priam. Palamède fut jugé, déclaré coupable et lapidé. Son père Nauplios le vengea en attirant la flotte grecque, de retour de Troie, sur le promontoire rocheux de Capharée, où elle fit naufrage. On attribue souvent à Palamède, élève du sage et savant centaure Chiron, un certain nombre d’inventions comme quelques lettres de l’alphabet grec, la monnaie, les nombres, le jeu des osselets et des dés. On dit aussi qu’il inventa le jeu de dames pour abréger les longueurs du siège de Troie.

DICTYS (suite)

 

 

CHAPITRE XI.

Ulysse cependant, plutôt pour contester, que dans l'espoir d'obtenir satisfaction, fait une longue énumération des attentats commis par Alexandre contre la Grèce, et termine son discours en demandant vengeance aux Dieux. Ménélas, furieux, jette sur l'assemblée un regard foudroyant, et menace les Troyens d'une ruine totale. Son départ et celui de ses collègues mirent fin à la séance. Cependant les fils de Priam, instruits des menaces de Ménélas, forment entre eux le complot de faire périr les députés dans une embuscade; car ils pensaient bien, ce que l'événement justifia depuis, que si les députés retournaient dans leur patrie sans avoir reçu une pleine satisfaction, ils exciteraient contre Troie une guerre interminable. Mais Anténor, dont nous avons déjà célébré les vertus, se rend auprès de Priam : là il se plaint du dessein formé contre les Achéens, prétend que c'est à sa propre vie plutôt qu'à la leur qu'on en veut, et déclare hautement qu'il ne souffrira pas une pareille perfidie. Rentré chez lui, il découvre tout aux députés ; et après avoir pris les précautions que la prudence lui suggérait, il leur donne une escorte, et les renvoie en sûreté dans leur patrie.

CHAPITRE XII.

Pendant que ceci se passait à Troie, le bruit de l'enlèvement d'Hélène avait déjà couru par toute la Grèce. Les Pélopides s'étaient assemblés, et, par un serment solennel, s'étaient engagés à déclarer la guerre à Priam, si on ne rendait la princesse avec ses richesses. Les députés reviennent à Lacédémone, rendent compte des sentiments d'Hélène et de sa réponse, font le récit des menaces et des actions violentes des princes, et se répandent en éloges sur la générosité d'Anténor à leur égard. D'après leur rapport, on convient que chacun retournera dans ses Etats pour se préparer à la guerre. On assigne la ville d'Argos, dans les Etats de Diomède, pour le lieu de la prochaine assemblée, où l'on devait délibérer ultérieurement sur les moyens d'assurer l'entreprise.

CHAPITRE XIII.

Lorsque le temps parut favorable pour agir, Ajax, fils de Télamon, renommé pour sa valeur et la force de son corps, se présenta le premier avec son frère; peu après vinrent Idoménée et Mérion, unis par l'amitié la plus sincère. J'ai suivi ces deux princes. Ce qui s'est passé à Troie avant notre départ, je l'ai rapporté le plus fidèlement que j'ai pu ; j'écrirai également les événements qui ont eu lieu dans le cours de la présente guerre ; et je le ferai avec d'autant plus d'exactitude, que j'en ai été moi-même le témoin oculaire. A la suite de ceux dont nous venons de parler, arrivèrent Nestor avec Antiloque et Thrasymède, ses fils, qu'il avait eus d'Anaxibie. Ils furent suivis de Pénélée, de Clonios et d'Arcésilas, qui étaient proches parents ; vinrent encore Prothoénor et Léitos, chefs des Béotiens ; puis les Phocéens Schédios et Epistrophe ; Ascalaphe et Ialmène d'Orchomène ; Diorès et Méges, fils de Phylée, Thoas, fils d'Andrémon, Eurypyle, fils d'Evèmon, Orménios et Léontée.

APPOLODORE (suite)

III, 9. En compagnie d’Ulysse et de Talthybios, Ménélas se rendit à Chypre, chez le roi Cinyras, pour l’amener à participer à l’expédition. Cinyras offrit des cuirasses, dons pour Agamemnon, et jura qu’il enverrait cinquante navires ; par la suite il n’en envoya qu’un, commandé par le fils de Mygdalion, les autres étaient de petites embarcations [modèles réduits] de terre cuite qu’il jeta à la mer.

III, 15. Tandis que l’armée stationnait à Aulis, lors d’un sacrifice à Apollon, un serpent, de l’autel, s’élança vers un platane voisin, où se trouvait un nid ; il en dévora les huit passereaux et leur mère (cela faisait neuf), puis il se changea en pierre. Calchas déclara que c’était là un signe de la volonté de Zeus : neuf années s’écouleraient, et seulement à la dixième les Grecs s’empareraient de Troie. Ils se préparaient donc à partir à l’assaut de Troie.

L'oracle de Calchas avec le serpent bleu et les huit oisillons.

L'oracle de Calchas avec le serpent bleu et les huit oisillons.

Calchas

Dans la mythologie grecque, Calchas (en grec ancien Κάλχας / Kálkhas), est un devin grec qui apparaît dans les récits de la guerre de Troie, en particulier dans l’Iliade. Fils de Thestor, il est décrit dans cette épopée comme « de beaucoup le meilleur des devins, qui connaît le futur, le présent, le passé1 » (chant I, v. 69-70). Il tient son don de vision d'Apollon.

Avant le départ de l'expédition grecque, il prédit qu'Achille serait nécessaire aux Grecs et que la guerre durerait dix ans. Pendant le voyage vers Troie, il indique à Agamemnon pourquoi Artémis a immobilisé les navires grecs en Aulide, et comment l'apaiser en sacrifiant sa fille Iphigénie. Quand Apollon décime les rangs grecs devant Troie, il explique que c'est parce que Agamemnon a refusé de rendre Chryséis, fille du prêtre troyen d'Apollon. Enfin, c'est lui qui contribue au stratagème du cheval de Troie.

En rentrant de la guerre, Calchas rencontre le devin Mopsos, petit-fils de Tirésias et, après avoir perdu contre lui dans un concours d'art divinatoire, il meurt de dépit.

Son nom vient de καλχαίνω / kalkhaínô qui veut dire « rendre pourpre », par extension, « assombrir, troubler ». Agamemnon l'accuse, de fait, d'être un « prophète de malheur » : « en tout occasion, ton cœur trouve sa joie à prédire le malheur1 » (chant I, v. 105-106).

Achille

 

Au temps où les prétendants à la main d’Hélène envahissaient le palais de Tyndare dans l’espoir d’épouser la belle princesse, Achille n’était encore qu’un enfant de dix ou douze ans. Mais aujourd’hui l’enfant a grandi et passe déjà pour le plus beau jeune homme de la Grèce. Les Moires, divinités qui scellent le destin des hommes, lui ont donné à choisir entre une vie longue et sans gloire ou une vie courte qui lui apporterait le renom éternel, et il a choisi la gloire. Mais sa mère, qui est une déesse, la déesse marine Thétis, une Néréide, sait que son fils doit mourir à la guerre de Troie. Pour conjurer le sort, elle l’oblige à se déguiser en fille et l’envoie vivre ainsi dans le gynécée du roi Lycomède à Skyros. Là, Achille, qui partage désormais la vie des nombreuses filles de ce roi, gagnera le cœur de la plus belle d’entre elles, Déidamie. C’est de leur union que doit naître Pyrrhos ou Néoptolème, leur fils, le successeur d’Achille, celui qui prendra Troie à la place de son père. F.A.

Thétis, la mère d’Achille était si belle que la plupart des dieux, dont Zeus et Poséidon, voulaient l’épouser. Mais lorsqu’ils apprirent de Thémis, déesse de la justice, que le fils à naître de Thétis serait bien plus célèbre que son père, ils la dédaignèrent et se choisirent une autre compagne. Ainsi Poséidon épousa Amphitrite, autre belle Néréide. Puis ils cherchèrent pour Thétis un époux mortel, car les hommes, à l’inverse des dieux, acceptent volontiers que leurs fils les dépassent en gloire. Leur choix se porta sur Pélée, fils d’Eaque, qui dut pour la conquérir, grâce aux conseils du divin Centaure Chiron, se battre avec Thétis, qui pour lui résister se métamorphosait sans cesse. Ainsi elle se changea en lionne, en serpent, en feu, en eau, en arbre, en poisson, et finalement en une énorme seiche gluante qui crachait de l’encre ; et, malgré cela, Pélée s’accrocha à Thétis et la maintint étroitement enlacée, jusqu’à ce qu’elle s’avoue vaincue et conquise, conquise à son amour, lequel amour devait leur donner Achille. Dès sa naissance, Thétis ne songe qu’à le rendre immortel et pour cela le frotte chaque jour avec de l’ambroisie avant de descendre avec lui aux enfers pour finalement le plonger dans les eaux du fleuve Infernal appelé Styx, celui qui reçoit des dieux les serments sacrés. Mais elle le tient par les talons qui de ce fait restent secs et vulnérables à l’effet des armes. Alors, après l’avoir à nouveau imprégné d’ambroisie, elle cherchera à brûler les parties mortelles de son corps. On dit que Thétis aurait déjà tué six nourrissons avec cette méthode, et qu’Achille était le septième, quand Pélée surprit son épouse en train de présenter aux flammes du foyer le nouveau-né, qui se tord de peur et de douleur en pleurant. Aussitôt le père s’élance pour arracher son fils des flammes aussi bien que des mains de son épouse qu’il croit devenue folle. C’est cette intervention de son époux qui va vexer Thétis et la contraindre à rejoindre son domaine sous-marin auprès de son père le dieu Nérée. De cette mésaventure, le petit Achille « Sans lèvres », d’abord appelé Ligyron, gardera le souvenir de ses lèvres brûlées et de son talon carbonisé. Pour le soigner, Pélée le confie au Centaure Chiron, un maître de médecine, un peu sorcier, mais grand éducateur des héros, qui guérira les lèvres de l’enfant avec un onguent de sa composition et pour remplacer son talon brûlé greffera une prothèse confectionnée par ses soins avec un os du talon ayant appartenu à un champion de course à pied, un certain Damysos. Achille, en grandissant, allait devenir à son tour grâce à ce talon un coureur véloce, invincible dans cette spécialité. Malgré cela le « talon d’Achille » restera le point vulnérable du fameux héros. Chiron, si habile dans l’art d’éduquer les héros, se voit confier l’éducation du jeune Achille, qu’il nourrit avec la moelle des lions et des ours pour lui donner plus de force et de vigueur, de moelles de cerfs pour le rendre plus véloce à la course et de rayons de miel pour donner à sa voix le pouvoir de persuasion. Il lui enseignera l’astronomie, la médecine, la piété filiale, le respect des dieux, la résistance à la douleur, aux passions mauvaises, et toutes les vertus que doivent posséder les fils de roi. F.A.

On dit qu’Achille découvrit lui-même une plante médicinale qui guérissait les fièvres et à laquelle il donna le nom « d’achillée ». A douze ans, il était déjà capable de tuer des cerfs, des lions ou des ours et il lui arrivait aussi de pourchasser les Centaures féroces qui venaient souvent se plaindre de lui auprès de Chiron, qui était aussi leur roi. F.A.

Ainsi, après Asclépios, Héraclès, Jason, Palamède, Ajax, Achille compta parmi les plus célèbres des élèves de Chiron. Par la suite, ce fut Phœnix qui paracheva son éducation en lui enseignant l’art de combattre à la lance, à l’épée, avec un bouclier. Il devait aussi lui enseigner l’équitation, la conduite des chars attelés de deux, trois ou quatre chevaux, ainsi que la philosophie et d’autres sciences de ce monde. Achille devint bientôt un héros digne d’un fils de Zeus, son père spirituel. F.A.

Achille plongé dans les eaux du Styx par sa mère, Thétis.

Achille plongé dans les eaux du Styx par sa mère, Thétis.

L’ACHILLEIDE

DE STACE

 

Le magnanime Achille, ce héros à qui le maître du tonnerre craignit de donner la vie (1), de peur de le voir un jour lui ravir le trône du ciel, Muse, c'est à toi de le chanter. Ses exploits ont été illustrés par la lyre de Méonie ; mais le champ est vaste encore. Parcourir toute sa vie, l'arracher de sa retraite de Scyros, au bruit de la trompette d'Ulysse, telle est mon entreprise : laissons là Hector traîné dans la poussière : c'est loin de Troie que je veux montrer le jeune héros.

Si jadis mes lèvres n'ont pas souillé les sources sacrées, permets-moi, ô Phœbos ! d'y puiser encore, et ceins mon front d'une seconde couronne. Ce n'est point un hôte nouveau qui pénètre dans les bois d'Aonie ; ce n'est pas la première fois que les blanches bandelettes ornent ma chevelure. Les champs de Dircé me connaissent, Thèbes redit mon nom parmi les noms de ses aïeux, et m'associe à son Amphion.

Et toi (2) que contemple avec admiration l'élite de la Grèce et de l'Italie, toi pour qui les deux palmes du poète et du guerrier fleurissent à la fois, vaincues tour à tour l'une par l'autre, pardonne-moi ; permets que quelque temps encore j'arrose cette carrière de mes sueurs. Par de longs et timides efforts je me prépare à chanter ta gloire, et le grand Achille sert de prélude.

Loin du rivage d'Œbalie voguait le pasteur troyen, fier de la douce proie ravie à la confiante Amyclée ; déjà, accomplissant le présage du songe maternel, il traversait de nouveau ces flots funestes que, du fond de la mer où elle a été plongée, Hellé, nouvelle Néréide, gouverne à regret, lorsque Thétis (hélas ! les pressentiments d'une mère ne trompent jamais), du fond de l'abîme azuré, tremble au bruit retentissant des rames. Soudain, suivie de la foule de ses sœurs, elle s'élance de sa couche. Les rivages resserrés de Phryxos bouillonnent, et la mer est à peine assez large pour le cortège divin. A peine Thétis eut-elle écarté les flots et touché les airs : « C'est contre moi qu'est dirigée cette flotte, s'écrie-t-elle, c'est moi qu'elle menace. Je reconnais des prédictions funestes, et Protée m'a dit vrai. Voici qu'à la lueur des flambeaux élevés sur la poupe, Bellone conduit à Priam une fille nouvelle. Déjà mille vaisseaux couvrent et la mer d'Ionie et la mer d'Egée, et ce n'est pas assez que la Grèce tout entière conspire avec les fiers Atrides : bientôt, sur les flots, sur la terre, ils chercheront mon Achille, et lui-même il voudra les suivre. Pourquoi ai-je confié son enfance au Pélion et à l'antre d'un maître farouche ?

Là sans doute il s'exerce, en jouant, aux combats des Lapithes, il essaye la lance de son père.

0 douleur ! ô craintes tardives du cœur maternel ! Ne pouvais-je pas, malheureuse, quand pour la première fois le vaisseau phrygien parut sur nos ondes, soulever la vaste mer, et, suivie de toutes mes sœurs, au milieu de la tempête, poursuivre l'impur ravisseur ? Maintenant encore... mais il est trop tard, et l'injure est consommée. J'irai cependant, j'implorerai les Dieux de la mer, et, baisant la main du frère de Zeus (car c'est là ma dernière espérance), au nom de Thétis, au nom de mon vieux père, je lui demanderai, malheureuse suppliante, une tempête, une seule ».

Elle dit, et en même temps aperçoit le puissant monarque, qui revenait du palais hospitalier de l'Océan ; la joie du festin épanouissait son visage, que faisait briller le nectar des Dieux de la mer : à sa vue les orages et les vents se taisent ; les Tritons qui l'accompagnent font entendre de paisibles accords, les monstrueuses baleines et les troupeaux de dauphins s'agitent autour de lui, derrière lui, et saluent leur roi. Lui-même, debout, domine les ondes tranquilles et de son trident presse ses coursiers. Ceux-ci amoncellent autour de leur poitrine les flots écumeux ; leurs pieds agitent l'eau qui les porte, et leur queue efface leurs traces : « O père et souverain des vastes ondes ! dit Thétis, tu vois pour quel fatal usage tu as ouvert aux mortels ton empire. Les crimes de la terre voguent sans crainte, depuis le jour où les droits de la mer et sa solitaire majesté furent violés par le vaisseau du ravisseur Jason. Voici un nouveau larcin : chargé des dépouilles de son hôte, le juge audacieux de l'Ida fend les flots. Que de gémissements, hélas ! il prépare à la terre, à la mer, à moi-même ! Est-ce donc ainsi que nous payons la palme décernée par le Phrygien Pâris ? Est-ce donc là Aphrodite, et la reconnaissance de celle que nous avons nourrie ? Ordonne au moins que ces vaisseaux (puisque ce n'est pas des demi-dieux qu'ils portent, ni ton fils Thésée), ordonne, si l'honneur de tes flots te touche encore, qu'ils soient engloutis dans les abîmes, ou bien livre les à la mer à mon pouvoir. Je ne suis point cruelle, mais qu'il me soit pardonné de craindre pour mon fils ; permets-moi de soulever les ondes ; ne prends pas un cruel plaisir à ne me laisser, au milieu de ton vaste empire, qu'un seul rocher pour demeure, et un tombeau sur le rivage de Troie (3).

Elle priait, en s'arrachant les cheveux, et de sa poitrine nue elle arrêtait les coursiers du roi des ondes. Celui-ci l'invite à monter sur son char, et console sa douleur par des paroles amies : « Ne me demande pas, ô Thétis ! de submerger la flotte troyenne : les destins me le défendent. Depuis longtemps les Dieux l'ont décidé, l'Europe et l'Asie se livreront une guerre sanglante ; Zeus en a fixé la durée, et voué au carnage ces tristes années. Quelle gloire donc attend ton fils dans la poussière des champs troyens ! Combien de funérailles, désespoir des mères phrygiennes, te feront un glorieux spectacle, lorsque ton Eacide tantôt inondera de sang les champs troyens, tantôt obstruera de ces flots nouveaux le courant des fleuves, ou fera voler son char ralenti par le cadavre d'Hector, et de sa main puissante ébranlera ces murs, notre inutile ouvrage ! Cesse de regretter l'hymen de Pélée et cette alliance inégale : tu croiras avoir donné un fils à Zeus, et ta douleur sera vengée ; tu te serviras de ces ondes où le sang te donne des droits ; par moi tu les pourras soulever, quand les Achéens ramèneront leurs vaisseaux, que le mont Capharée fera briller son phare perfide (4), et que tous deux nous chercherons le cruel Ulysse ».

Il dit, Thétis écoute, les yeux baissés, ce refus qui l'accable ; déjà elle se préparait à bouleverser la mer, à combattre les vaisseaux troyens. Elle médite alors un projet nouveau, et, triste, elle se tourne vers la terre d'Hæmonie. Trois fois ses mains ont fendu l'onde avec effort, trois fois ses pieds d'albâtre l'ont repoussée, et déjà elle touche aux rives de Thessalie. Les montagnes tressaillent de joie ; les antres, témoins de son hymen, lui ouvrent leurs retraites profondes ; le Sperchios s'avance en bouillonnant au-devant de la déesse, et baigne ses pieds de son onde caressante. Mais ces lieux ne peuvent la charmer ; elle roule péniblement dans son cœur le dessein qu'elle a conçu, et, guidée par l'ingénieuse tendresse d'une mère, elle se dirige vers le vieux Chiron. Sa demeure élevée s'enfonce dans le roc, et soutient de sa voûte immense tout le poids du Pélion. Une partie a été creusée par la main des hommes, l'autre a cédé aux efforts du temps ; on y voit encore les traces des Dieux, les lits qui les reçurent, la place que chacun d'eux a pressée, que sa majesté divine a consacrée. Dans l'intérieur s'étendent les profondes cavernes du Centaure, bien différentes de celles de ses frères sacrilèges : ici point de javelots rougis du sang des hommes, point de frênes fracassés dans des noces sanglantes, point de cratères brisés sur des ennemis qui étaient des frères, mais des carquois innocents, des dépouilles des bêtes fauves.

Tout cela est du temps de sa verte jeunesse ; maintenant, affaibli par l'âge, son unique soin est de connaître les herbes salutaires aux malheureux mortels, ou d'apprendre à son élève à chanter sur la lyre les antiques héros.

En ce moment il attendait sur le seuil le retour du jeune chasseur ; il préparait le repas, et un vaste foyer réjouissait l'antre. Dès qu'il aperçoit au loin sur le rivage l'auguste Néréide, il s'élance de la forêt ; la joie lui prête des forces, et les pieds du vieux Centaure font retentir du bruit de leur corne la plaine étonnée. Il présente gracieusement la main à la déesse, et, s'inclinant avec respect, il la conduit vers son humble toit, et l'introduit dans son antre.

Thétis promène de tous côtés un regard silencieux, et dans son impatience : « Où est mon fils, Chiron ? Réponds-moi, dit-elle ; pourquoi, si jeune encore, est-il un moment loin de toi ? Le trouble de mon sommeil et les noirs avertissements des Dieux seraient-ils donc fondés ? Ah ! puissent mes terreurs être vaines ! Tantôt je vois une homicide épée tournée contre mes flancs, tantôt mes mains toutes livides de meurtrissures ; tantôt des bêtes féroces s'élancent sur mon sein. Souvent moi-même, ô horreur ! je porte mon fils dans le noir Tartare, pour le plonger de nouveau dans le Styx. Le devin de Carpathos, pour détruire ces craintes, m'ordonne un sacrifice magique ; il veut que j'aille, sous un ciel propice, purifier mon fils dans ces ondes mystérieuses, où, vers les derniers rivages de l'Océan, mon père se réchauffe au feu des astres qu'il reçoit dans son sein : c'est là que je dois offrir à des dieux inconnus des sacrifices horribles, des présents expiatoires.

Mais il serait long de tout énumérer, et quelque chose me le défend. Mais toi, rends-moi mon fils ».

Ainsi parla Thétis : car Chiron ne lui eût pas remis Achille, si elle avait avoué au vieillard la vie efféminée et le honteux déguisement qu'elle lui destinait. Le Centaure lui répond :

« Emmène, ô la meilleure des mères ! emmène Achille, et fléchis les Dieux par tes humbles prières ; car tes vœux ont été surpassés, et il faut désarmer l'envie : je ne veux pas ajouter à tes craintes, mais je t'avouerai la vérité. Oui, mon cœur paternel ne m'abuse point, je ne sais quoi de grand se révèle dans cette force précoce, qui devance ses tendres années. Autrefois il supportait mes menaces, il obéissait à mes ordres, et ne s'éloignait pas beaucoup de notre antre : maintenant l'Ossa n'est plus assez grand pour lui, ni le vaste Pélion, ni les neiges de la Thessalie. Souvent les Centaures viennent se plaindre à moi : leurs demeures ont été ravagées, leurs troupeaux emmenés sous leurs yeux, eux-mêmes forcés de fuir dans la plaine et de traverser les fleuves. Ils se préparent à lui dresser des embûches, à le combattre ; ils le menacent de leur colère. Jadis, lorsque le vaisseau de Thessalie emmena de ses bords les nobles Argonautes, je vis le jeune Alcide et Thésée... ; mais je me tais ». Une pâleur mortelle glaça la Néréide.

Achille était arrivé. La sueur et la poussière qui le couvrent le font paraître plus grand encore. Cependant, au milieu des armes et de ses courses laborieuses, il n'a rien perdu encore de la douceur de ses traits ; son visage plus blanc que la neige s'anime d'un vif incarnat, et sa chevelure brille de l'éclat de l'or ; le premier duvet n'a point encore signalé son adolescence ; le feu de son regard est paisible encore, c'est sa mère presque tout entière qui respire en ses traits : tel Apollon lorsqu'il revient de la chasse sur les monts de Lycie, et qu'il abandonne pour la lyre ses flèches meurtrières. Achille est joyeux (oh ! que la joie ajoute encore à la beauté !) ; il a frappé de son fer, sous la roche de Pholoé, une lionne qui avait récemment mis bas ; il l'a laissée dans son repaire vide, et il apporte ses lionceaux en jouant avec leurs griffes : mais sitôt qu'il aperçoit Thétis sur le seuil, il les jette loin de lui, et, déjà il fait sentir son étreinte, et sa taille égale celle de la déesse.

Déjà lié avec Achille par une vive amitié, Patrocle le suit, Patrocle qui a grandi lui-même en devenant l'émule d'un héros. Tous deux sont semblables par les goûts, par l'âge, mais inégaux en force ; et toutefois ils doivent trouver à Pergame le même destin.

Soudain Achille, d'un bond rapide, se précipite dans le fleuve voisin, et y lave ses joues fumantes et sa tête souillée. Tel Castor entre avec son coursier haletant dans les flots de l'Eurotas, et ranime l'éclat affaibli de ses rayons. Le vieillard est ravi ; il peigne la chevelure de son élève, et caresse tantôt sa poitrine, tantôt ses larges épaules. La joie de Thétis augmente encore ses inquiétudes de mère. Alors Chiron les invite à goûter aux mets et à vider les coupes, et, pour distraire la douleur de Thétis, il prend enfin sa lyre, en fait vibrer les cordes, qui charment les ennuis ; et après les avoir essayées d'un doigt léger, il présente l'instrument au jeune homme. Celui-ci chante de préférence les hauts faits des héros, noble semence de gloire : le fils d'Amphitryon triomphant des ordres de sa cruelle marâtre ; Pollux écrasant de son ceste le farouche Bébryce, et de quelle terrible étreinte le fils d'Egée brisa les membres robustes du Minotaure ; il chante l'hymen de sa mère, et le Pélion fléchissant sous le poids des Dieux. Ici Thétis dérobe ses larmes sous un sourire menteur. Bientôt la nuit les invite au sommeil : l'énorme Centaure s'étend sur le rocher, et Achille s'enlace à son cou ; bien qu'auprès de sa mère chérie, il préfère la poitrine où il a coutume de dormir.

Cependant Thétis veille sur le rivage retentissant : ne sachant quel asile choisir pour son fils, dans quelle contrée le cacher, elle roule dans son esprit mille projets contraires. La Thrace est voisine, mais trop belliqueuse ; trop rude est la Macédoine ; les Cécropides lui feraient sentir l'aiguillon de la gloire ; Sestos et le golfe d'Abydos offrent un accès trop libre aux vaisseaux ; les hautes Cyclades lui sourient : encore dédaigne-t-elle Mycone, l'humble Sériphe, et Lemnos où la colère des femmes est si cruelle, et Délos où toutes les nations se pressent en foule. Naguère elle avait vu, à la molle cour de l'inoffensif Lycomède, les vierges, filles de ce prince ; elle avait entendu retentir leurs jeux sur les rivages, alors qu'elle y avait été envoyée pour s'assurer si Egéon ne s'était pas débarrassé de ses liens (5), et pour compter les cent chaînes dont on l'avait chargé. C'est cette île seule qui lui agrée, c'est la retraite qui paraît la plus sûre à cette mère craintive.

Tel un oiseau, prêt à déposer le fruit de ses amours, cherche déjà, plein de crainte et d'inquiétude, le feuillage où il suspendra sa demeure vide encore. Ici il cherche à s'abriter des vents, là il redoute les serpents ou les hommes ; enfin un arbre a fixé son incertitude : à peine s'est-il posé sur les branches, que déjà il aime sa nouvelle demeure.

Un autre souci occupe encore la déesse et fatigue son esprit affligé. Emportera-t-elle son fils dans ses bras à travers les ondes ? Ira-t-elle le confier à un monstrueux Triton, ou appeler les vents légers, ou en charger, Iris dont l'arc boit les flots de l'Océan ? Enfin elle fait sortir de la mer et enchaîne à un frein un couple de dauphins que la grande Téthys (6) avait nourris pour elle au fond des gouffres de l'Atlantique, dans les vallées sonores  de Poséidon. Il n'en est point, dans tout l'empire du dieu, qui les égalent en beauté, qui nagent avec plus de vigueur et soient plus doux à l'homme. Elle leur ordonne de rester aux endroits profonds du rivage, de peur qu'ils n'aient à souffrir du contact de la terre ; puis prenant elle-même Achille, qui dormait à pleine poitrine du sommeil de l'enfance, elle le porte de l'antre d'Hæmonie vers la cour paisible, vers le rivage qui se tait, docile à la voix de la déesse. Cynthie lui montre la route, et l'éclaire de tous les rayons de son orbe plein. Chiron suit la déesse, et, sans crainte du côté des flots, il demande que le retour de son élève soit prompt ; il cache les larmes qui mouillent ses paupières : se dressant sur ses pieds de cheval, il les suit des yeux, déjà presque disparus et se perdant dans le lointain, laissant à peine sur leurs traces de légers cercles d'écume qui se brisent dans la grande mer. Hélas ! la vallée de Tempé ne verra pas ce retour.

Déjà gémissent la triste Pholoé, et l'Othrys chargé de nuages ; le Sperchios resserre ses flots dans son lit, et la caverne du docte vieillard reste silencieuse : les Satyres redemandent les chants du jeune héros, et les Nymphes pleurent leurs longues espérances d'hymen.

Déjà le jour chasse les astres ; le soleil, faible encore, pousse du sein des flots ses humides coursiers, et l'onde que son char entraîne retombe du haut des airs. Depuis longtemps Thétis avait franchi les mers et touché au rivage de Scyros ; les dauphins fatigués s'étaient débarrassés du joug, lorsque la frayeur éveille l'enfant. Ses yeux ont senti le jour qui les inonde ; il s'étonne de l'air qu'il respire : quels sont ces lieux, ces flots ? où est le Pélion ? Tout est changé, tout lui est inconnu ; il hésite même à reconnaître sa mère. Celle-ci lui prend la main, et calme sa frayeur par ces douces paroles : « Cher enfant, si le sort moins injuste m'eût accordé l'hymen qu'il me promettait, je te tiendrais maintenant embrassé, astre brillant, dans les plages éthérées ; le ciel eût été ton berceau, et je n'aurais point à redouter les humbles Moires et les destinées terrestres. Maintenant, ô mon fils ! ta vie n'est pas sûre, et ta mère seule éloigne de toi la mort : que dis-je ? déjà s'approchent les temps redoutables, déjà nous touchons aux extrêmes périls. Cédons : soumets un moment ton mâle courage, ne dédaigne pas le vêtement maternel. Si la rude main du dieu de Tirynthe a porté les fuseaux lydiens et des thyrses efféminés, si Dionysos ne rougit pas de balayer la terre des longs plis de sa robe dorée, si Zeus a revêtu la figure d'une vierge, si le sexe équivoque de l'illustre Cænée (7) n'a point énervé son courage, laisse passer, je t'en supplie, ces menaces du sort, et sa maligne influence. Bientôt je te rendrai tes vertes campagnes et les antres du Centaure. Au nom de ta beauté, des joies futures de ta jeunesse, si pour toi j'ai accepté sur la terre un époux obscur, si, dès ta naissance, j'ai armé ton corps (que ne l'ai-je armé tout entier !) des tristes eaux du Styx, souffre quelque temps que ce vêtement te protège ; il ne nuira pas à ton courage. Pourquoi détournes-tu la tête ? Que veut dire ce regard ? Rougirais-tu d'adoucir ta fierté sous cette parure ? J'en jure par toi, cher enfant, j'en jure par les flots paternels, Chiron ne le saura pas ».

 

C'est ainsi qu'elle attaque par de vaines caresses ce cœur farouche : à ses prières s'oppose le souvenir de Pélée, du rigide Chiron, et l'ardeur naissante d'un grand courage. Tel, tout plein du feu d'une jeunesse indomptée, s'irrite un coursier qui, pour la première fois, est soumis au frein : longtemps il a pris de joyeux ébats dans les plaines, au milieu du fleuve, et, fier de sa liberté, il ne veut pas soumettre sa tête au joug ni sa bouche au mors ; il gémit d'obéir en captif aux ordres d'un maître, et s'étonne d'apprendre des courses nouvelles.

Quel dieu inspira cette fraude, cet artifice à cette mère alarmée ? quelle pensée dompta cet enfant indocile ? Scyros célébrait en ce jour la fête solennelle de Pallas, la déesse tutélaire de ce rivage, et les filles du pacifique Lycomède avaient obtenu par une rare faveur de sortir du palais paternel pour offrir à la divinité les trésors du printemps, pour couronner de feuillage son noble front, et entrelacer autour de sa lance des guirlandes de fleurs. Toutes se distinguent par leur beauté, toutes ont la même parure, et cette dernière pudeur de la vierge qui va devenir épouse, et ce sein gonflé que réclame la couche nuptiale. Mais autant Aphrodite écrase de sa beauté les vertes Nymphes qui l'entourent au milieu des mers, autant Artémis s'élève au-dessus des Naïades ses compagnes, autant brille Déidamie, la reine de cet aimable chœur, autant elle éclipse la beauté de ses sœurs. Les roses de son teint rehaussent la pourpre de sa tunique, et donnent un nouvel éclat aux pierreries, un reflet plus doux à l'or. On la prendrait pour la déesse, si celle-ci désarmait sa poitrine de ses serpents, et adoucissait ses traits en déposant son casque. Le farouche adolescent, dont le cœur innocent n'avait point encore palpité, n'eut pas plutôt aperçu la jeune Déidamie conduisant la troupe de ses compagnes, qu'il frissonne, et boit à longs traits ce feu inconnu. L'amour qu'il vient d'aspirer se trahit lui-même : la flamme, pénétrant jusque dans la moelle de ses os, remonte à ses yeux, à son visage, colore l'éblouissante blancheur de ses joues et parcourt tous ses membres, qui frémissent mouillés d'une sueur légère.

Comme on voit chez les Massagètes le sang rougir une coupe de lait, ou bien comme l'ivoire se teint de pourpre, ainsi se manifeste par des signes contraires la flamme du jeune homme, qui rougit et pâlit tour à tour. Il s'élancerait, et, farouche, oubliant son âge, il troublerait le sacrifice, sans nul souci de la foule, si la pudeur, si la présence de son auguste mère ne le retenaient. Tel un taureau, le père et le roi futur d'un troupeau nombreux, mais dont le front n'est pas encore couronné de tout son croissant, s'il aperçoit une blanche génisse venue au même pâturage, soudain son cœur bouillonne, et ce premier feu de l'amour fait écumer sa bouche : les bergers le contemplent avec joie, et espèrent en sa vigueur.

Thétis a compris, et, saisissant cette occasion : « Hé quoi ! te déguiser au milieu de ce chœur de jeunes filles, entrelacer tes bras dans les leurs, est-ce donc, ô mon fils ! si difficile à ton courage ? Qu'y a-t-il de semblable dans les vallées du froid Ossa, sur les coteaux du Pélion ? Oh ! s'il m'était donné de partager ma tendresse, de porter sur mon sein un autre Achille ! » A ces mots il s'adoucit, rougit de plaisir, détourne son fier regard, et repousse les vêtements d'une main plus faible. Sa mère le voit hésiter, et, par une douce violence, jette sur lui une robe flottante. Alors elle adoucit la roideur de son cou, abaisse ses larges épaules, assouplit ses bras robustes, dompte avec art sa chevelure en désordre, pare de son propre collier ce sein bien-aimé, et enlace ses pieds de bandelettes brodées. Puis elle lui enseigne la démarche, les mouvements, le langage modeste d'une jeune fille. Comme on voit la cire s'animer sous les doigts d'un artiste, et revêtir une forme nouvelle, en obéissant à la flamme et à la main qui la pétrit, ainsi la déesse façonnait le jeune Achille ; et il ne lui fallut pas de longs efforts, car chez lui une grâce charmante se joignait à une force invincible. Son sexe se distinguait à peine encore, et pouvait tromper les regards. Ils s'avancent, et Thétis lui répète avec douceur ses avis, et le fatigue de ses conseils : « Voici donc quelle sera ta démarche, voici ton air, ton maintien. Imite avec adresse tes compagnes, prends garde d'éveiller les soupçons du roi, qui refuserait de t'admettre dans sa cour innocente, et nous ferait perdre tout le fruit de notre stratagème ». Elle dit, et ne cesse d'ajuster de sa main la parure de son fils. Ainsi, lorsque Artémis, fatiguée de son carquois virginal, revient vers son père et son frère, à ses côtés marche sa mère, qui voile ses épaules et ses bras découverts, dépose elle-même l'arc et le carquois, déroule les plis relevés de sa robe, et s'étudie à réparer le désordre de sa chevelure.

 

Aussitôt la déesse aborde le roi, et là, à la face des autels : « Nous te confions, ô roi ! la sœur de notre Achille, dit-elle. Tu vois comme son visage est farouche, comme elle ressemble à son frère. Elle voulait, dans sa belliqueuse ardeur, porter le carquois sur l'épaule, l'arc à la main, et, à l'exemple des Amazones, repousser l'hymen ; mais c'est assez de trembler pour son frère. Qu'elle porte les corbeilles et les ornements sacrés. Toi, dompte par ta prudence son indocilité, contrains-la à rester jeune fille jusqu'à ce que l'âge de l'hymen la délie de la pudeur. Ne souffre pas qu'elle se corrompe dans les jeux de la palestre, ni qu'elle s'égare dans les retraites des forêts ; retiens-la dans l'intérieur du palais, loin des regards profanes, au milieu de ses jeunes compagnes ; surtout éloigne-la des rivages et du port. Tu as vu naguère les voiles des Phrygiens : il n'est plus de respect pour les droits des nations, les vaisseaux en traversant les mers ont appris à les violer ».

Le roi accède à sa prière, et reçoit le jeune Eacide (qui pourrait résister aux artifices des Dieux ?) sous le déguisement qu'a imaginé sa mère. Bien plus, tendant la main vers la déesse, comme pour l'adorer, il lui rend grâce de l'avoir préféré. La foule des pieuses filles de Scyros ne peut détacher ses regards des traits de leur nouvelle compagne, ni cesser d'admirer comme elle porte la tête haute, combien est large sa poitrine et fortes ses épaules ; ensuite elles l'invitent à s'unir à leurs danses, à s'approcher des chastes autels ; elles lui cèdent le pas, et se pressent à l'envi autour d'elle.

Ainsi, lorsque les oiseaux d'Idalie fendent les légers nuages, si à leur essaim, que réunit toujours le même ciel ou le même toit, vient d'une autre région se mêler un hôte inconnu, tous d'abord s'étonnent et s'effrayent ; bientôt ils s'en approchent peu à peu en volant, et au milieu même des airs ils en font un des leurs ; puis, joyeux, ils l'entourent en battant des ailes, et le conduisent à leurs nids.

Thétis s'éloigne, non sans être restée longtemps sur le seuil, redisant à son fils les mêmes conseils, et lui murmurant à l'oreille des paroles mystérieuses. Enfin elle lui dit un dernier adieu qu'elle accompagne d'un vœu secret. Les flots ont reçu la déesse, qui nage la tête tournée en arrière, et adresse au rivage ces tendres paroles : « Terre chérie, à qui j'ai confié par une ruse timide un précieux dépôt, mon fils, l'objet de ma plus vive sollicitude, sois heureuse, et garde mon secret, je t'en conjure, comme jadis la Crète a gardé celui de Rhéa : comblée d'honneurs durables, ceinte de temples immortels, tu surpasseras en renommée l'inconstante Délos ; respectée du vent et de la mer, parmi les écueils des Cyclades, où se brisent contre les rocs les tempêtes de la mer Egée, tu deviendras la paisible demeure des Néréides, et les matelots jureront par ton île. Seulement repousse les vaisseaux Achéens, je t'en supplie ; fais publier à la Renommée qu'ici on ne forme que des danses en l'honneur de Dionysos, qu'ici rien ne peut servir à la guerre ; et, tandis que les Achéens préparent leurs armes, qu’Arès rugit entre deux mondes, qu'Achille ne soit que la fille du pieux Lycomède ».

Cependant, pour venger de justes colères, l'Occident se soulevait à la voix suppliante de ses rois, enflammée de la douce fureur des combats. Atride surtout les excite, bien que son épouse n'ait pas fui son palais : ses récits rendent plus odieux encore le crime du Troyen : Ravir sans guerre, sans combat, la fille des Dieux, le nourrisson de la puissante Sparte ; violer à la fois les droits les plus saints, la bonne foi, le ciel lui-même ! voilà donc l'alliance phrygienne ? voilà l'union des deux pays ? Eh ! que doivent attendre les peuples, quand une telle injure monte jusqu'aux chefs ? Toutes les nations se réunissent ; tous répondent à l'appel, depuis les barrières étroites de l'isthme baigné par deux mers, et les rochers retentissants du cap Malée, jusqu'aux contrées lointaines où le détroit de Phrixos sépare l'Europe de l'Asie, jusqu'aux rivages d'Abydos qu'enserrent les flots de la Propontide. Embrasées de l'amour de la guerre, les villes s'agitent et se lèvent. Témèse dompte l'airain ; les rives de l'Eubée sont battues par les mouvements des navires ; Mycènes retentit du bruit d'innombrables enclumes ; Pise renouvelle ses chars ; Némée fournit des dépouilles de bêtes fauves ; Cyrrha s'empresse de garnir de flèches les carquois ; Lerne, de revêtir de la peau des taureaux les lourds boucliers. L'Etolie, l'âpre Acarnanie arment leurs fantassins ; Argos fait voler ses escadrons ; les prairies de la riche Arcadie sont dépeuplées ; l'Epire soumet au frein ses rapides nourrissons. Et vous, ô Phocide ! ô Aonie ! vous éclaircissez vos ombrages pour amonceler des javelots ; Pylos et Messène dressent leurs machines. Nulle contrée n'est exempte du tribut de la guerre. On arrache des portiques les armes suspendues par les ancêtres ; la flamme liquéfie les richesses des temples. Arès ravit l'or des immortels, et le fait servir à sa fureur. C'en est fait des vieux ombrages : l'Othrys s'est abaissé, le Taygète a courbé sa haute cime ; les montagnes dépouillées ont enfin vu les airs. Toutes les forêts sont sur la mer ; les chênes abattus se façonnent en vaisseaux, les arbres plus petits en rames ; le fer se façonne pour mille usages : il affermira les éperons des navires, garnira les armes, maîtrisera les chevaux belliqueux, entrelacera de mille chaînons les cuirasses aux rudes écailles ; il boira le sang fumant dans les profondes blessures, et, conspirant avec le poison, précipitera le trépas des guerriers.

Les pierres humides s'usent à aiguiser les noires épées : point de relâche ; on courbe les arcs, on fond les globes de plomb que jetteront les frondes ; les pieux sont durcis par la flamme, les casques se couronnent de leurs aigrettes. Au milieu de ce mouvement, la Thessalie gémit de son lâche repos, et accuse doublement le Destin. Pélée est trop vieux, et Achille n'est pas mûr encore pour les combats.
 

Déjà Arès qui, dans sa fureur entasse sur les navires les chevaux et les guerriers, avait épuisé la terre de Pélops et la Grèce entière. Tout s'agite dans les ports ; la mer est couverte de vaisseaux ; la flotte en s'avançant soulève des flots et des tempêtes qui ne sont que pour elle. La plaine liquide ne suffit plus aux navires, et les voiles épuisent tous les vents.

C'est Aulis, la ville d'Hécate, qui rassemble d'abord les vaisseaux Achéens ; Aulis dont les rochers prolongent au loin leur crête immense, et dominent la mer d'Eubée, rivages bien chers à la déesse qui erre sur les montagnes. Tout auprès, le promontoire Capharée élève au-dessus des flots mugissants sa tête menaçante. Dès qu'il vit la flotte grecque traverser la mer, trois fois ses ondes, trois fois ses vastes flancs retentirent sourdement, pour présager l'horrible nuit. C'est là que se rassemblent les armes si funestes à Troie, là que se prépare, comme une conjuration, une guerre formidable, pendant que le soleil accomplit sa révolution annuelle. Alors, pour la première fois, la Grèce contemple ses forces ; alors cette masse confuse et discordante prend un corps, une physionomie, et s'organise sous un seul roi. Ainsi un cordon de chasseurs cerne les bêtes fauves qui se cachent en vain dans leurs retraites, et les resserre dans un cercle de filets peu à peu rapprochés. Le feu, le bruit les effrayent ; elles quittent en désordre leurs repaires dispersés, et s'étonnent de voir se rétrécir leur domaine, jusqu'à ce que de toutes parts elles tombent dans une étroite vallée. Là elles se contemplent mutuellement avec effroi, puis s'adoucissent par une terreur commune. Le sanglier hérissé, l'ours, le loup, sont tous réunis à la fois, et la biche se rit du lion captif.

 

Mais, bien que les deux Atrides s'arment avec la même ardeur pour leur propre cause, bien que le fils de Tydée et Sthénélos brûlent d'égaler la valeur de leurs pères, qu'Antiloque oublie sa jeunesse, qu'Ajax étale sur son vaste bouclier, dont l'orbe ressemble à un rempart, les dépouilles de sept rois des troupeaux, et que le vigilant Ulysse soit également redoutable par sa prudence et sa valeur, cependant toute l'armée n'a de pensées que pour Achille absent. Achille est le nom qu'elle aime ; c'est Achille seul qu'elle veut opposer à Hector : lui seul, dit-elle, est fatal aux Troyens et à Priam. Quel autre en effet a grandi dans les vallées de l'Hæmonie, et essayé sur les neiges glacées ses premiers pas ? Qui, dès sa naissance, eut une école aussi rude, et un Centaure pour former ses jeunes années ? Qui, par son origine, touche de plus près au ciel ? Quel est l'autre dont le beau corps a été plongé en secret par la main d'une Néréide dans ces ondes du Styx qui défient le fer ? Voilà ce que les cohortes grecques se répètent entre elles. La foule des chefs cède à Achille, et avoue sans regret qu'elle est vaincue. Ainsi, lorsque les habitants de l'Olympe se précipitèrent au combat dans les champs de Phlégra, déjà le dieu Arès levait sa lance thrace, Pallas dressait ses serpents libyens, le dieu de Délos courbait son arc immense ; mais la Terre, immobile, haletante d'effroi, les yeux fixés sur le seul Zeus, attendait que du sein des nues il appelât les orages et le tonnerre, et demandât sa foudre à l'Etna embrasé.

Là, tandis qu'entourés de la foule de leurs soldats, les chefs délibèrent sur le moment de faire voile, de voler aux combats, Protésilas (8) interpellant à grands cris le devin Calchas (car plus que tout autre Protésilas brûle de combattre, et déjà les destins lui ont accordé le premier trépas) : « Depuis trop longtemps, lui dit-il, ô fils de Thestor ! tu oublies Phœbos et ton trépied. Quand sera-t-il plus à propos d'ouvrir cette bouche consacrée au Dieu, et de nous dévoiler les secrets des Moires ? Tu vois comme, ravis d'admiration, tous réclament le petit-fils d'Eaque, qu'ils ne connaissent pas encore. Le vulgaire dédaigne et le héros de Calydon [Diomède], et le fils du grand Télamon, et le second Ajax, et moi-même ; mais Arès et Troie renversée vengeront notre gloire. 0 honte ! c'est lui qu'au mépris de tous les chefs, ils chérissent comme le dieu des combats. Hâte-toi de nous apprendre (ou bien à quoi bon ces bandelettes sur ton front, et ces insignes pacifiques ?) quelle contrée lui sert de retraite, dans quels lieux il faut le chercher ; car la Renommée publie qu'il n'est plus dans l'antre de Chiron, ni à la cour paternelle de Pélée. Fais donc enfin violence aux Dieux, déchire le voile des destins ; que ta bouche plus avide que jamais aspire la flamme des lauriers sacrés.

Nous t'avons fait grâce des armes homicides, des glaives cruels ; jamais le casque ne profanera tes bandelettes innocentes : sois heureux, et que seul tu l'emportes sur tous les chefs réunis, si ta science prophétique découvre aux Achéens le grand Achille ! »

Depuis longtemps le fils de Thestor promène autour de lui des regards troublés, et par sa pâleur annonce l'entrée du dieu dans son sein. Bientôt, roulant des yeux enflammés et sanglants, il ne voit ni ses compagnons, ni le camp ; mais aveugle, hors de lui, tantôt il surprend au milieu des airs les grandes assemblées des Dieux, tantôt il parle aux oiseaux prophétiques, tantôt aux cruels fuseaux des Moires ; ou bien il consulte avec anxiété les autels chargés d'encens, il saisit d'un rapide coup d'œil la pointe des flammes, et se repaît des ténèbres sacrées. Ses cheveux se dressent, se hérissent, et font vaciller ses bandelettes ; son cou s'agite, et ses pas sont incertains.

Enfin sa bouche tremblante et fatiguée ouvre passage à de longs mugissements, et sa voix a vaincu la fureur qui l'oppressait.

« Où entraînes-tu avec tes ruses de femme le noble élève du grand Chiron, ô fille de Nérée ? C'est ici qu'il faut l'envoyer. Pourquoi l'emporter ? je ne le souffrirai pas. C'est à moi, à moi qu'il appartient ; tu es déesse de la mer, mais moi Phœbos m'inspire. Dans quelle retraite essayes-tu de cacher le destructeur de l'Asie ? Je te vois à travers les hautes Cyclades, éperdue, et cherchant un rivage pour ton larcin honteux. C'en est fait : elle a choisi pour complice la terre de Lycomède. 0 crime ! une robe flottante descend sur la poitrine du héros : déchire-la, ô mon fils ! déchire-la ; ne crois pas ta craintive mère. Hélas ! on l'entraîne, il disparaît. Quelle est au loin cette vierge odieuse ? »

  1. A ces mots, il s'arrête, il chancelle ; la fureur divine l'abandonne, et, épuisé, tremblant, il tombe au pied des autels. Alors le héros de Calydon s'adresse au roi d'Ithaque, qui rêve irrésolu :
  2. « C'est nous qu'appelle cette entreprise ; et je ne refuse pas d'y marcher sur tes pas, si ta prudence s'y sent entraînée. Quand même Thétis le cacherait dans ses antres sonores, à l'extrémité du monde, quand Nérée le presserait sur son sein humide, tu le trouveras. Donne seulement l'essor à ton esprit vigilant, aiguillonne ton sein fécond. Car, dans les circonstances douteuses, quel devin mieux que toi lit dans les destins ? »
  3. Ulysse lui répond avec joie :
  4. « Puisse le Dieu tout-puissant confirmer tes présages ! puisse la vierge protectrice de ton père seconder tes desseins ! Mais l'incertitude du succès me retient encore. Il est beau sans doute d'amener dans le camp Achille prêt à combattre ; mais si les destins nous sont contraires, quel triste et honteux retour ! Cependant je veux tenter de remplir les vœux de la Grèce. Ou le fils de Pélée reviendra avec moi, ou sa retraite est bien profonde, et Apollon dédaigne Calchas ».
  5. Les Achéens applaudissent, et Agamemnon stimule leur ardeur. L'assemblée se sépare, et la foule dispersée fait entendre en se retirant un murmure de joie. Telles, aux approches de la nuit, les abeilles reviennent de la prairie, et le doux Hybla voit rentrer dans leurs cellules leurs essaims chargés d'un miel nouveau. Point de retard ; déjà les voiles du vaisseau d'Ulysse attendent un vent favorable, et une jeunesse joyeuse est assise, la main sur les rames.
Achille et Déidamie

Achille et Déidamie

Cependant, bien loin de là, la jeune Déidamie, seule de ses sœurs, avait découvert, caché sous les dehors d'un sexe menteur, le véritable sexe du petit fils d'Eaque. Troublée par la conscience de sa faute secrète, tout lui fait peur ; et, quoique ses sœurs se taisent, elle se croit devinée. Car à peine le noble Achille fut-il mêlé à cette troupe de vierges, à peine les dernières paroles de sa mère eurent-elles dissipé sa pudeur farouche, que, dans toute cette foule si empressée autour de lui, il choisit pour compagne la belle Déidamie. Déjà, dans un doux badinage, il lui dresse mille pièges dont elle ne se défie pas : il la poursuit sans relâche, la dévore mille fois de ses regards avides : tantôt il se presse à son côté avec une ardeur dont l'excès ne paraît pas l'importuner ; tantôt il la frappe de ses guirlandes légères, de sa corbeille renversée à dessein, de son thyrse mollement balancé ; tantôt il lui enseigne à manier les cordes de sa lyre fidèle, à en tirer de doux sons, et à chanter les vers du Centaure ; il guide sa main et froisse ses doigts délicats sur la cithare sonore : tantôt il arrête avec des baisers les chants de ses douces lèvres, il la presse dans ses bras, et la paye par mille caresses.

Elle aussi apprend avec plaisir combien est haute la cime du Pélion, combien est grand le petit-fils d'Eaque : le nom répété du jeune héros, ses hauts faits l'étonnent de plus en plus, et elle chante Achille devant Achille même. A son tour, elle lui enseigne à déployer avec plus de modestie ses membres robustes, à polir du pouce les rudes fils de la laine ; elle refait son fuseau, et répare la tâche gâtée par sa main maladroite.

Cependant le son de sa voix, la force de ses étreintes, son indifférence pour les autres jeunes filles, ses regards avidement fixés sur elle, ses soupirs qui souvent interrompent ses discours, tout étonne Déidamie. Plus d'une fois Achille allait lui découvrir sa ruse, mais la vierge légère s'enfuit et arrête l'aveu. Ainsi, sous les yeux de sa mère Rhéa, le jeune roi de l'Olympe donnait à sa sœur confiante de perfides baisers ; il n'était encore que son frère, mais bientôt il ne respecta plus les liens du sang, et effraya sa sœur par les transports d'un véritable amour. Enfin les ruses de la craintive Néréide furent dévoilées.

 

Un bois sacré, destiné aux fêtes du dieu fils d'Agénor, élevait jusqu'aux cieux sa cime superbe. Sous ses ombrages les mères célébraient tous les trois ans les orgies sacrées, et, les mains souillées des lambeaux des victimes, ou armées de débris d'arbres déracinés, elles se livraient à toutes les fureurs qu'aime Dionysos. La loi en excluait les hommes : le monarque vénérable réitère cette défense : nul autre que les femmes n'aura accès dans cet antre mystérieux. C'est peu encore : la redoutable prêtresse est debout sur la limite fixée, et explore les avenues, afin qu'aucun profanateur ne vienne errer autour de cette troupe de femmes. Achille sourit en silence : il marche à la tête de la cohorte virginale, et ses compagnes admirent le mouvement gracieux de ses bras robustes ; car ce sexe emprunté ne lui sied pas moins que le mensonge de sa mère. Déidamie a déjà cessé d'être la plus belle de son cortège ; autant elle efface ses sœurs par sa beauté, autant, à côté du bel Eacide, elle est effacée par lui. Le jeune héros détache la peau de daim de ses épaules ; il attache avec le lierre les plis flottants de sa robe, couronne ses blonds cheveux de bandelettes de pourpre, puis soudain d'un bras vigoureux, il lance le javelot verdoyant. La foule s'arrête immobile et saisie de crainte ; le sacrifice est interrompu ; on entoure Achille, tous les regards baissés à terre se lèvent sur lui. Tel, lorsque dans Thèbes Dionysos a livré à la joie son cœur et son visage, lorsqu'il s'est rassasié de tous les plaisirs de sa voluptueuse patrie, il détache de sa chevelure sa mitre et ses guirlandes, arme son bras du thyrse vert, et retourne plus belliqueux soumettre les Indes.

La Lune, sur son char de roses, franchissait les hauts sommets du ciel et achevait la moitié de sa course : c'était l'heure où le Sommeil plus languissant s'abat de tout son vol sur la terre, et enveloppe de ses ailes l'univers silencieux. Les chœurs ont cessé, et l'airain longtemps agité se tait un moment. Seul, loin de l'aimable troupe de ses compagnes, Achille roule en lui-même ces pensées :

« Jusques à quand subiras-tu la ruse d'une mère craintive, perdant ainsi dans une molle prison la première fleur de ton courage ? Hé quoi ! il ne m'est plus permis de lancer les traits d’Arès, de chasser, de poursuivre les bêtes féroces ! Où sont les campagnes et les fleuves de l'Hæmonie ? O Sperchios ! tes ondes, qui me reçurent tant de fois, ne redemandent-elles pas leur Achille, et cette chevelure que je t'avais promise ? N'a-t-on plus que du mépris pour ce disciple fugitif ? Me croit-on descendu aux sombres rives du Styx ? Chiron, privé de son élève, pleure-t-il mon trépas ?

C'est toi, ô Patrocle ! qui maintenant brandis mes javelots, courbes mon arc ; c'est toi qui montes les coursiers que ma main a nourris : et moi, développer mon bras avec grâce en agitant le thyrse orné de pampres, tourner le fuseau (ô honte que je rougis d'avouer !), voilà toute ma science ! Que dis-je ? l'amour dont je suis épris pour une vierge de mon âge, cette flamme qui brûle mon cœur et le jour et la nuit, je la dissimule ! Jusque à quand renfermeras-tu ta blessure dans ton sein embrasé ? et même en amour (ô honte !) ne sauras-tu prouver que tu es homme ? »
 

  1. Il dit, et, profitant des ombres épaisses de la nuit et du silence profond qui favorise ses larcins, il parvient par la violence au comble de ses vœux, et presse son amante contre son cœur dans une brûlante étreinte. Du haut du ciel tout le chœur des astres sourit, et le croissant virginal de la lune rougit de pudeur. Déidamie remplit de ses cris les bois et la montagne ; mais les Ménades, secouant l'épais nuage du sommeil, croient entendre le signal de nouvelles danses. De toutes parts s'élèvent les clameurs bien connues des orgies, et Achille agite de nouveau son thyrse ; mais auparavant il rassure son amante par ces douces et consolantes paroles :
  2. « C'est moi, pourquoi trembles-tu ? C’est moi qu'une déesse de la mer a engendré dans les forêts du Pélion, et qu'elle a fait élever au milieu des neiges de la Thessalie. Je n'aurais pas souffert cette parure, ce honteux vêtement, si d'abord je ne t'avais aperçue sur le rivage ; j'ai cédé pour toi seule, pour toi j'ai tourné le fuseau, pour toi j'ai porté ces instruments de femme. Pourquoi pleurer, quand tu deviens la fille du grand Océan ? Pourquoi gémir, quand tu vas donner au ciel une illustre postérité ? Mais ton père, mais Scyros périra anéantie par le fer et la flamme, mais ces murailles s'écrouleront sous l'effort des tempêtes amoncelées, avant qu'un trépas cruel t'arrache à ton époux. Non, je ne serai pas à ce point docile en tout aux ordres de ma mère. Va, mais sois discrète, et garde le secret de ta pudeur ravie ».
  3. Tant de prodiges étonnent et effrayent la jeune princesse, bien qu'elle ait quelquefois soupçonné l'artifice ; près d'Achille maintenant elle frissonne, et depuis son aveu elle lui trouve des traits bien différents. Que fera-t-elle ? Ira-t-elle instruire son père de son malheur ? Ira-t-elle se perdre, et avec elle perdre son jeune amant, que menace peut-être un cruel supplice ? Dans son cœur vit encore cet amour si longtemps trompé. Elle garde un douloureux silence, et cache une faute dont elle est déjà complice. Elle ne confie son secret amoureux qu'à sa seule nourrice, qui, vaincue par leurs prières, consent enfin à les servir. Grâce à ses ruses, les larcins de la pudeur, ce sein qui se gonfle et s'affaisse sous le pénible fardeau des mois, échappent à tous les regards ; enfin le terme prescrit arrive, et Lucina la soulage de ses longues douleurs.

LIVRE II

Déjà le vaisseau du fils de Laërte fendait les flots de la mer Egée, et mille vents divers le poussaient à travers les Cyclades. Paros et Oléaros ont disparu ; déjà les rivages élevés de Lemnos ont été effleurés par la rame ; derrière décroît Naxos, l'île chère à Dionysos, tandis qu'en face grandit Samos. Déjà l'ombre de Délos obscurcit la mer ; là, du haut de la poupe, les héros offrent des libations au dieu, et le supplient de ratifier l'oracle, de confirmer la parole de Calchas.

Le dieu à l'arc divin les entendit ; du sommet du Cynthos il envoie le Zéphyr, enfle leurs voiles, et les rassure par ce présage. Le vaisseau vogue sans danger, car les ordres absolus du maître du tonnerre défendent à Thétis de renverser les lois immuables du Destin. Accablée de tristesse, elle répand des larmes amères, elle gémit de ne pouvoir bouleverser les flots, et, avec l'aide des vents et de la mer déchaînée, poursuivre l'odieux Ulysse.

Déjà Phœbos, penché vers l'extrémité de l'Olympe, brisait ses rayons contre la mer, et promettait à ses coursiers haletants une retraite au sein des ondes, quand tout à coup les âpres rochers de Scyros commencèrent à poindre à l'horizon. Le héros fils de Laërte déploie, pour y aborder, toutes ses voiles ; il ordonne à ses compagnons de recommencer la lutte contre les flots (9), et d'aider par les rames le souffle languissant du Zéphyr. On obéit à ses ordres. Scyros se découvre de plus en plus, et l'on aperçoit le temple de Pallas, protectrice de ce paisible rivage : Ulysse et Diomède sortent du vaisseau, et adorent la divinité amie. Alors le plus prudent des héros, pour ne pas effrayer cette terre hospitalière par la soudaine apparition de tous ses guerriers, leur ordonne de rester dans le navire.

Lui-même avec son fidèle Diomède gagne les hauteurs. Mais déjà Abas, qui garde la tour du rivage, les a devancés, et annonce au roi que des voiles grecques, mais inconnues, sont entrées dans le port. Les deux guerriers s'avancent, comme, dans une nuit orageuse, deux loups s'associent pour le carnage : malgré la faim qui les presse et qui tourmente leurs petits, ils dissimulent cependant leur rage et leurs projets perfides ; ils se glissent en rampant, de peur que des chiens vigilants n'annoncent l'ennemi et ne jettent l'alarme parmi les bergers.

Ainsi marchent lentement les deux héros, et, en traversant la vaste plaine qui s'étend entre le port et les remparts de la ville, ils conversent entre eux. Le bouillant fils de Tydée commence : « Par quel moyen pourrons-nous réussir dans nos recherches ? Depuis longtemps je réfléchis, et je ne puis comprendre pourquoi dans les villes que nous avons visitées tu as acheté ces thyrses efféminés, ces cymbales, ces tambourins de Ménades, et ces mitres, et ces peaux de daim parsemées d'or ; pourquoi tu les apportes ici. Sont-ce là les armes dont tu veux revêtir Achille, le fléau des Phrygiens et de Priam ? »

Le roi d'Ithaque lui sourit doucement : « Ces présents, dit-il, si toutefois le fils de Pélée est chez Lycomède, caché parmi les vierges de sa cour, arracheront au jeune héros un aveu qui l'entraînera aux combats. Souviens-toi, lorsqu'il en sera temps, de les apporter du vaisseau, et d'y joindre ce bouclier enrichi de ciselures, rehaussé d'un or étincelant : cela suffira. Qu'Agyrte, l'habile héraut, t'accompagne, et que pour un secret usage il apporte en cachette son clairon sonore».

Il dit, et aperçoit le roi à la porte de la ville ; aussitôt, lui présentant l'olivier pacifique, il lui adresse ces paroles :

« Depuis longtemps sans doute la Renommée a porté jusqu'à tes oreilles, ô le meilleur des rois ! le bruit de cette affreuse guerre qui ébranle l'Europe et l'Asie. Si tu veux connaître les noms des chefs auxquels notre vengeur, Atride, accorde sa confiance (et ces noms ont dû parvenir jusqu'à toi) : voici le digne rejeton d'une noble race, le fils du magnanime Tydée, plus brave encore que son père : moi, je suis Ulysse, le roi d'Ithaque. Le motif de notre voyage (pourquoi craindrais-je de tout avouer à un Grec, renommé entre tous pour sa fidélité ?), c'est d'explorer les abords, les rivages ennemis de Troie, et d'observer ses préparatifs ». Lycomède l'interrompt : « Puisse la fortune vous sourire, puissent les Dieux seconder vos projets ! Honorez maintenant par votre présence mon toit hospitalier et mes sacrés pénates ». En même temps il les introduit.

 

Aussitôt la foule des esclaves prépare les tables et les lits. Ulysse, pendant ce temps, parcourt d'un regard scrutateur tout le palais, dans l'espoir de découvrir quelque jeune fille à la haute taille, ou quelque visage aux traits douteux et suspects. Il erre sous les vastes portiques, visite tous les appartements, comme s'il en admirait les beautés. Tel un chasseur qui a trouvé le repaire d'une bête fauve, parcourt en silence avec ses chiens les lieux environnants, jusqu'à ce que, sous le feuillage, il aperçoive son ennemi, qui dort étendu sur la terre, ses défenses cachées sous le gazon. Cependant le bruit circule jusque dans la partie la plus secrète du palais, sûre et paisible retraite des jeunes vierges, qu'un vaisseau grec, que des rois pélasges sont arrivés, et qu'ils ont été reçus en amis : à cette nouvelle, toutes sont saisies d'un juste effroi. Mais le fils de Pélée cache avec peine sa joie ; il désire avidement, même sous cet habit qu'il porte, de voir ces héros si nouveaux pour lui, et de contempler leur armure. Déjà dans le palais tout est en mouvement pour la fête royale, et l'on prend place sur les lits de pourpre. Lycomède fait venir ses filles et leurs chastes compagnes. Elles entrent, semblables aux Amazones, quand sur les rives méotides elles reviennent, après avoir ravagé les demeures des Scythes et soumis les peuplades gètes, déposer leurs armes et se livrer aux festins.

Alors Ulysse examine d'un œil attentif le visage et le sein de chacune d'elles ; la nuit, les flambeaux qu'on apporte, trompent sa vue, et les lits sur lesquels elles sont couchées lui dérobent l'inégalité de leurs tailles. Et cependant l'une d'elles à la tête haute, au regard libre, en qui rien n'annonce la pudeur des jeunes filles, a fixé l'attention d'Ulysse, qui la montre de l'œil à son compagnon. Si Déidamie n'avertissait son amant, si elle ne retenait son impétuosité dans ses bras caressants, si elle n'avait soin de ramener ses vêtements sur sa poitrine, sur ses bras, sur ses épaules découvertes, si elle ne l'empêchait de s'élancer du lit, de faire remplir trop souvent sa coupe, si elle ne replaçait sur son front l'or qui retient ses cheveux, déjà les chefs Achéens auraient reconnu Achille.

Deux et trois fois des mets divers se sont succédés, et la faim est apaisée. Le roi adresse la parole aux Achéens, et, la coupe à la main, leur donne l'exemple : « O vous l'honneur de la nation grecque, dit il, je porte envie, je l'avoue, à vos nobles projets. Plût aux Dieux que j'eusse encore ma vigueur d'autrefois, lorsque les Dolopes vinrent attaquer les rivages de Scyros, et que, domptés par mon bras, la mer engloutit leurs débris ! Vous avez vu les trophées de ma victoire, ces carènes suspendues aux murailles. Si du moins j'avais un fils, que je pusse envoyer partager vos périls, ma joie serait entière, car je pourrais vous servir. Mais vous voyez les seuls appuis de mon trône, les gages chéris de mon hymen. Quand me donneront-elles de nouveaux rejetons de mon sang ? »

Il dit ; et l'adroit Ulysse saisissant l'occasion : « Oui, dit-il, c'est une noble ambition que la tienne : qui ne brûlerait du désir de voir des nations innombrables, tant de chefs divers, et cette armée de rois ? Toute la fleur de l'Occident, tout ce qu'il compte de guerriers puissants a juré sur le glaive vengeur. Les campagnes, les villes sont désertes, les hautes montagnes dépouillées de leurs forêts ; l'ombre de nos voiles couvre la mer. Les pères arment leurs fils, toute la jeunesse accourt ; jamais plus belle moisson de gloire ne s'offrit aux braves, jamais plus vaste carrière ne fut ouverte au courage ! »

Ulysse regarde Achille ; attentif, il dévorait ces paroles d'une oreille avide, tandis que les autres tremblaient, baissant leurs yeux vers la terre. Le héros continue : « Quiconque a des aïeux et une race illustre, quiconque sait dompter un cheval, lancer un javelot, tendre un arc, c'est là que l'honneur l'appelle, là que tous les grands noms viennent disputer le premier rang. A peine si les mères, si les vierges se résignent à garder le foyer domestique. Il est condamné à traîner des jours stériles, il est haï des Dieux, le lâche que tant de gloire n'émeut pas ! »

Achille allait s'élancer ; mais la prévoyante Déidamie donne le signal, et quitte la table, suivie de toutes ses sœurs. Elle le serre dans ses bras ; mais le jeune héros s'arrête, les yeux fixés sur le roi d'Ithaque, et sort le dernier de la salle du festin.

Ulysse d'un ton plus calme ajoute ce peu de paroles : « Pour toi, demeure tranquille, au sein d'une paix profonde ; ménage de dignes alliances à tes filles chéries : le sort les a douées d'une beauté égale à celle des déesses. Avec quelle admiration tout à l'heure je les contemplais en silence ! Quelle grâce ! quelle mâle fierté unie à tous les charmes ! »

L'heureux père l'interrompt : « Que serait-ce si vous les aviez vues célébrer les orgies sacrées, ou danser autour des autels de Pallas ? Vous jouirez de ce spectacle, pourvu que l'Auster se fasse encore attendre ».

Les deux héros acceptent avec joie, et en conçoivent secrètement de nouvelles espérances. Exempte de toute inquiétude, la cour de Lycomède repose en paix ; mais la nuit paraît longue au roi d'Ithaque, et, fatigué des ténèbres, il appelle le jour.

A peine le soleil s'est levé, que déjà, accompagné d'Agyrte, le fils de Tydée arrive chargé des riches présents. Non moins empressées, les filles de Scyros quittent leurs appartements, impatientes d'offrir à leurs augustes hôtes le spectacle de leurs danses et des cérémonies sacrées. Au-dessus de toutes les autres brillent Déidamie, et le fils de Pélée qui l'accompagne. Telles, en Sicile, au pied de l'Etna, resplendissent, au milieu des Naïades leurs compagnes, et Artémis, et la fière Pallas, et l'épouse du roi de l'Elysée. Déjà leurs pieds s'agitent en cadence, et le bois sacré de l'Ismène a donné le signal des danses. Quatre fois les cymbales de Rhéa, quatre fois les tambourins de Dionysos retentissent, et quatre fois les chœurs reviennent sur eux-mêmes par mille évolutions variées. Tantôt toutes ensemble elles lèvent les thyrses et les abaissent ensemble, tantôt elles précipitent leurs pas, à la manière des Curètes et des Samothraces, si occupés des choses divines ; ou bien, rangées de front, elles figurent le peigne amazonien (10), ou tournent en un cercle rapide, semblables aux Lacédémoniens, dont la déesse de Délos, dans la ville d'Amyclée, aime à conduire les danses et à croiser les pas : c'est alors, alors surtout qu'Achille se trahit ; il ne songe pas à suivre les évolutions, à entrelacer ses bras ; alors plus que jamais il dédaigne la grâce du maintien, et l'habit qu'il a revêtu ; il rompt les chœurs et y jette le désordre. Tel Penthée repoussait avec indignation les thyrses et les tambours de sa mère, aux yeux de Thèbes attristée.

La troupe légère se sépare au bruit des applaudissements, et regagne le seuil paternel. Là, dans une salle du palais, le fils de Tydée a fait placer, pour attirer les regards des jeunes vierges, les présents, gage d'hospitalité, récompense de leurs fatigues. Il les invite à choisir, et le bon roi ne s'y oppose pas : âme simple, hélas ! et trop confiante, qui ignore la perfidie de ces présents, les ruses des Achéens et les artifices d'Ulysse. Aussitôt toutes, guidées par les goûts de leur sexe, par leur instinct naturel, agitent les thyrses polis, essayent les tambourins sonores, ou se ceignent le front de bandelettes enrichies de pierreries ; elles voient des armes, et s'imaginent que c'est un présent destiné à leur père. Mais, dès que le farouche Eacide aperçoit le bouclier étincelant où sont ciselés d'affreux combats, que la guerre a rougi de ses traces sanglantes, dès qu'il voit à côté la lance homicide, soudain il frémit, la flamme jaillit de ses yeux, et sur son front découvert ses cheveux se sont dressés. Pour lui, plus d'avis maternels, plus de mystère d'amour : Troie tout entière est dans son cœur.

 

Tel un lion arraché à la mamelle de sa mère oublie sa férocité : il laisse peigner sa crinière, il apprend à craindre l'homme, ne s'abandonne qu'à la fureur qui lui est commandée : mais que le fer vienne à frapper ses regards, c'en est fait, il abjure sa docilité ; celui qui l'a dompté devient son ennemi et la première victime de sa faim ; il a honte d'avoir servi sous un maître qu'il voit trembler.

Achille s'est approché de plus près ; l'éclat du bouclier réfléchit ses traits, et il reconnaît dans l'or sa fidèle image. A cette vue, il a horreur de lui-même et rougit de honte. Aussitôt Ulysse se penche à son côté, et lui dit à voix basse :

« Pourquoi hésites-tu ? Nous le savons, c'est toi qui es l'élève du Centaure Chiron, le petit-fils du Ciel et de l'Océan ; c'est toi que la flotte dorique, toi que la Grèce attend, pour déployer ses étendards ; toi dont le nom seul ébranle déjà les murs de Pergame. Eh bien, suis-moi donc ; plus de retard, viens ; que la perfide Ida pâlisse, que ton père s'enorgueillisse au récit de tes hauts faits, et que ta mère ait honte de ses ruses et de ses alarmes ».

Déjà Achille dégageait sa poitrine de sa robe, quand, sur l'ordre d'Ulysse, Agyrte fait entendre une fanfare guerrière ; les jeunes vierges s'enfuient aussitôt, jettent çà et là les présents, et courent implorer leur père : elles croient entendre le signal des combats. Mais la robe d'Achille est d'elle-même tombée de sa poitrine. Déjà un bouclier, une lance plus courte arment son bras. 0 prodige ! il paraît surpasser de toutes ses épaules et le roi d'Ithaque et le héros d'Etolie ; tant ses armes éblouissantes et ses regards étincelants jettent le trouble et la frayeur dans le palais !

Terrible dans sa démarche, comme si déjà il provoquait Hector, il s'arrête, debout, au milieu des spectateurs épouvantés : on cherche en vain la fille de Pélée. Cependant Déidamie pleurait à l'écart, en voyant la fraude découverte. Achille entend ces gémissements douloureux, et cette voix si chère à son cœur ; il hésite, et le feu secret qui le brûle abat son courage ; il laisse tomber son bouclier, se tourne vers le roi, que ces destins étranges, ces prodiges inattendus ont rempli d'étonnement et d'épouvante, et tel qu'il est, revêtu de ses armes, il adresse ces mots à Lycomède :

« C'est moi, ô mon père chéri ! bannis tes alarmes, c'est moi que Thétis a remis entre tes mains. Cette gloire insigne t'était réservée. Tu envoies Achille aux Achéens qui le réclament, Achille, qui, si je puis le dire, t'aime plus que son illustre père, plus que Chiron, son maître chéri. Mais daigne encore m'écouter un moment et accueillir avec bonté mes paroles. Pélée et Thétis, dont tu fus l'hôte, t'ont choisi, ô roi ! pour le beau-père de leur fils, et tous deux font remonter leur race jusqu'aux Dieux. Ils te demandent pour moi une des vierges de ta nombreuse famille : veux-tu Achille pour gendre ? Suis-je à tes yeux d'un sang trop obscur ? Me crois-tu dégénéré ? Tu ne refuses pas ? Eh bien, unis nos mains et scelle notre hyménée, et pardonne à tes enfants. Déidamie est à moi, l'amour me l'a secrètement livrée. Quel mortel en effet pourrait résister à mon bras ? Quelle vierge en mon pouvoir eût échappé à ma flamme ? Ne fais payer cette faute qu'à moi. Je dépose les armes, je les rends aux Achéens, et je reste. Pourquoi frémir ? Pourquoi ce regard courroucé ? Déjà tu es mon père, (et jetant son fils [Néoptolème] aux pieds du vieux roi, il ajoute) et déjà tu es aïeul. Toutes les fois qu'il faudra manier le glaive, nous serons assez pour te défendre ».

En même temps les Achéens, au nom des droits les plus sacrés, au nom de l'hospitalité, implorent Lycomède, et Ulysse joint à leurs prières sa parole persuasive.

Le roi ressent l'injure faite à sa fille chérie ; il est retenu par les ordres de Thétis, il craint de livrer le précieux dépôt que lui a confié la déesse, et cependant il n'ose s'opposer aux arrêts manifestes du Destin, et enchaîner encore les armes de la Grèce ; et le voulût-il, Achille en ce moment eût méconnu l'autorité de sa mère elle-même. Pour refuser l'alliance d'un tel gendre, la force lui manque, il cède. Déidamie sort en rougissant de la retraite où elle se tenait cachée. Troublée par la joie, elle n'ose croire encore à son pardon, et apaise son père en se plaçant derrière Achille.

On députe en Thessalie vers Pélée, pour l'instruire de ces grands événements et lui demander une flotte et des combattants. Le roi de Scyros lui-même offre à son gendre deux vaisseaux, et s'excuse auprès des Achéens de ce faible secours. Le reste du jour se passe en festins. Enfin l'alliance est confirmée, et la nuit, qui désormais ne sera plus témoin de leurs craintes, unit les deux amants. Achille n'a devant les yeux que les combats, le Xanthe, l'Ida et les vaisseaux Achéens, tandis que Déidamie songe déjà à la mer et redoute l'aurore. Couchée sur le sein chéri de son jeune époux, elle verse des larmes et le serre dans ses bras. « Te reverrai-je encore, ô mon Eacide ? Pourrai-je encore poser ma tête sur cette poitrine ? Daigneras-tu aimer encore ton fils ? Vainqueur des Troyens, rapportant sur tes vaisseaux Troie entière, te souviendras-tu encore, dans l'ivresse du succès, de la retraite où tu passas pour une jeune fille ? Quel sera, hélas ! le premier objet de mes peines et de mes craintes ? Que te recommanderai-je, dans le trouble qui m'agite, quand déjà le temps me manque pour pleurer ? Une seule nuit te donne et t'enlève à mon amour. Voilà donc toutes les heures accordées à la couche nuptiale, voilà les douceurs d'un hymen autorisé ! O doux larcins d'amour ! ô ruses ! ô frayeur ! qu'êtes-vous devenus ? On ne me donne Achille que pour l'arracher de mes bras. Mais va, je ne voudrais pas arrêter une si noble entreprise ; va, mais sois prudent ; souviens-toi que Thétis ne craignit pas en vain ; va, triomphe, et reviens tout à moi. Mais j'exige trop. Bientôt les Troyennes, belles de leurs larmes et de leurs gémissements, te verront, et voudront enlacer ton cou dans leurs bras, et se dédommager par tes caresses de la perte de leur patrie.

Ou bien elle te charmera peut-être elle-même, la fille de Tyndare, trop vantée pour cet enlèvement adultère ; et moi, ou je serai la risée de tes esclaves, que tu amuseras avec le récit de tes premières amours, ou tu garderas le silence, et je serai oubliée. Oh ! permets-moi plutôt de t'accompagner : pourquoi ne porterai-je pas avec toi les drapeaux d’Arès ? Tu as bien avec moi (ce que ne croira jamais la malheureuse Troie) manié le fuseau et porté les insignes sacrés de Dionysos ! Mais au moins que cet enfant, la seule et triste consolation que tu me laisses, que cet enfant te soit toujours cher ! accorde à ma prière cette seule grâce : Que jamais une épouse barbare ne te rende père ; qu'une captive ne donne jamais à Thétis d'indignes neveux ».

Elle dit, et Achille ému la console, lui jure fidélité, et confirme ses serments par ses pleurs. Il lui promet à son retour de nobles captives, et les dépouilles d'Ilion, et les trésors de l'opulente Phrygie ; mais les vents orageux emportent ses vaines promesses.

Sorti du sein de l'Océan, le jour a dissipé les humides ténèbres dont l'univers était enveloppé, et le père de la brillante lumière levait son flambeau, qui, pâlissant encore par le voisinage de la nuit, laissait tomber en rosée les vapeurs de la mer. Déjà revêtu d'un manteau de pourpre noué sur sa poitrine, et tout brillant de l'éclat des armes dont il s'est d'abord emparé, Achille, qu'appellent et les vents, et les ondes où règne sa mère, attire tous les regards. On tremble devant le jeune héros, et l'on n'ose se souvenir de ce qu'il fut, tant il paraît changé ! On dirait que jamais il n'est venu aux rivages de Scyros, et qu'il vient d'être arraché aux antres du Pélion.

Alors, suivant l'usage, et d'après les conseils d'Ulysse, Achille offre un sacrifice aux Dieux de la mer et aux Vents ; et au bord même des flots il immole un taureau en l'honneur du roi de l'empire azuré, et de Nérée, son aïeul ; une génisse ornée de bandelettes apaise sa mère. Puis, jetant dans les vagues écumantes les entrailles qui palpitent encore : « Je t'ai obéi, ô ma mère ! bien que l'obéissance fût pénible à mon courage, je t'ai trop obéi ; maintenant je cours où m'appellent et la guerre de Troie et les vaisseaux de la Grèce ». Il dit, et s'élance sur le navire ; le vent siffle, et l'éloigne de ces bords. Déjà au-dessus de sa tête grandissent les nuages, et Scyros décroît dans le lointain au milieu de l'Océan.

 

Cependant, au loin, sur une tour élevée, accompagnée de ses sœurs en larmes, et portant le jeune enfant qu'elle ose avouer, qu'elle nomme Pyrrhos, la malheureuse épouse reste penchée ; et, les yeux fixés sur les voiles, elle marche avec le navire, et seule elle voit encore les flots et la poupe fugitive. Achille aussi tourne ses regards vers ces murs chéris, et songe à sa demeure qu'il a laissée vide, aux gémissements de son amante abandonnée. La passion cachée au fond de son cœur renaît, et prend un moment la place de sa mâle vertu.

Le héros fils de Laërte a compris sa tristesse, et pour la calmer il lui adresse ces paroles amies : « Eh quoi ! s'écrie-t-il, c'est toi auquel les destins promettent le ravage de l'opulente Troie, toi que réclament et la flotte des Achéens et les oracles des Dieux, toi que Arès attend, debout sur le seuil ouvert de son temple, c'est toi qu'une mère artificieuse a revêtu d'un habit de femme ! En cachant dans l'ombre ce grand larcin, a-t-elle pu espérer un secret inviolable ? Sollicitude coupable ! sentiments trop maternels ! Quoi ! il languissait dans l'ombre et le mystère, ce courage qui, aux premiers sons de la trompette, s'est soustrait à Thétis, à ses compagnes, à la flamme qu'il avait jusqu'alors cachée ? Car si tu cours aux armes, si tu nous suis, et si tu écoutes nos prières, la gloire n'en est pas à nous ; tu serais venu de toi-même ».

Le héros petit-fils d'Eaque l'interrompt par ces paroles : « Il serait long de t'exposer les causes de mon retard et la fraude criminelle de ma mère. Cette épée vengera la honte de Scyros et le déshonneur de cette parure, qu'il faut imputer aux destins.

Mais toi plutôt, tandis que la mer est paisible, et que les zéphyrs enflent les voiles, dis-moi quelle fut la première cause de cette guerre, donne-moi un juste motif de m'irriter contre Troie ».

Le roi d'Ithaque reprend d'un peu loin les événements :

« Dans le pays d'Hector, s'il faut en croire la Renommée, on dit qu'un berger, choisi pour décerner le prix de la beauté, vit devant lui comparaître trois déesses qui briguaient cet honneur ; mais ni Athéna aux traits mâles et farouches, ni la compagne du maître des cieux, ne purent attirer sur elle un regard favorable ; il ne vit, dans sa folle ardeur, que la seule Aphrodite. Par la volonté des Dieux, la source de tous ces maux vient des antres mêmes que tu as habités, lorsque le Pélion serra les doux liens de Thétis et de Pélée ; tu fus dès lors promis à nos armes. La colère enflamme la déesse vaincue ; le juge réclame sa fatale récompense ; la facile Amyclée est désignée au ravisseur. Aussitôt il fait tomber sous la hache le bois sacré de Phrygie, le sanctuaire de la déesse au front couronné de tours, les pins, qui jamais n'auraient dû toucher le sol ; et, porté sur les flots vers la Grèce, vers la terre hospitalière d'Atride, ô honte ! ô déshonneur de la puissante Europe ! il envahit la couche de son hôte, et, fier de la conquête d'Hélène, il fend de nouveau les flots, et emmène Argos captif à Pergame. Le bruit s'en répand dans toutes les villes de la Grèce, et soudain, de nous-mêmes, sans exhortations, nous nous rassemblons pour la vengeance. Qui donc souffrirait que la ruse brisât ainsi les liens sacrés de l'hyménée, que son épouse fût ravie comme une proie facile, fût entraînée comme un troupeau de bœufs, ou les gerbes d'une vile moisson ? A cet affront, le lâche lui-même se sentirait ému. Le puissant Agénor ne souffrit pas les artifices des Dieux, ni les mugissements du taureau sacré ; il alla chercher Europe jusque dans les bras de son divin ravisseur, et dédaigna pour gendre le maître du tonnerre. Æétès ne souffrit pas que sa fille fût enlevée aux rivages de la Scythie, et, le fer à la main, il poursuivit avec sa flotte le roi [Jason], enfant des Dieux, et le navire qui devait monter un jour parmi les astres (11). Et nous, nous souffrirons qu'un Phrygien efféminé insulte, de son navire adultère, les ports et les rivages de la Grèce ! La Grèce n'a-t-elle donc plus d'armes, de chevaux ? Les chemins de la mer nous sont-ils fermés ? Eh quoi ! si quelque téméraire voulait ravir Déidamie aux bords paternels, l'arracher de son palais désolé, tremblante, épouvantée, invoquant le nom d'Achille... » Achille a porté la main à la garde de son épée, et la rougeur est montée à son visage : Ulysse satisfait garde le silence.
 

Le fils d'Œnée reprend : « O digne sang des Dieux, apprends-nous plutôt quelles furent les premières habitudes, les premières leçons de ton enfance ; puis quand approcha ta robuste jeunesse, comment Chiron jeta dans ton cœur les semences de la gloire, comment il ouvrit ton âme à la vertu, par quel art il sut à la fois fortifier tes membres et ton courage. Accorde cette faveur à des compagnons, à des amis dévoués ; que ce soit là notre récompense pour avoir été chercher Scyros bien loin à travers les ondes, et avoir les premiers armé ton bras du glaive ».

Qui n'aime à parler de ses actions ? Cependant Achille commence avec modestie ; il hésite un moment, et semble ne céder qu'à la contrainte : « On dit que, dès mes plus tendres années, et pendant toute mon adolescence, du jour où le vieillard de Thessalie me reçut dans son âpre montagne, je ne goûtai aucun des aliments ordinaires. Jamais, pour rassasier ma faim, je n'eus de douces mamelles, mais les dures entrailles des lions, et la moelle palpitante encore que je suçais avec plaisir : voilà quels furent d'abord pour moi les présents de Déméter, les dons joyeux de Dionysos, que me permettait mon nouveau père. Bientôt il m'entraîna à grands pas sur ses traces, à travers les repaires inaccessibles ; il m'apprit à sourire à la vue des bêtes féroces, à ne trembler ni au fracas des rochers brisés par les torrents, ni dans le profond silence d'une vaste forêt. Déjà j'avais la lance à la main, le carquois sur l'épaule, et l'amour précoce du fer. Le soleil et le froid avaient durci ma peau ; mes membres ne reposaient point sur une couche moelleuse ; je partageais le rocher où dormait mon maître.

A peine mon enfance avait-elle, dans ces exercices pénibles, achevé pour la dixième fois le cercle de l'année, que déjà il me forçait à devancer les cerfs légers et les Lapithes montés sur leurs coursiers, à suivre à la course une flèche lancée devant moi, et lui-même souvent provoquait mon agile jeunesse, et s'élançait sur mes traces de toute la vitesse de ses pieds rapides. Puis, quand il me voyait épuisé de ma longue course à travers la campagne, il m'applaudissait en riant, et me soulevait sur ses épaules. Souvent aussi, à peine les flots commençaient-ils à s'arrêter engourdis, qu'il m'ordonnait de marcher légèrement sur la glace sans la briser. C'étaient là les glorieux exploits de mon enfance. Vous dirai-je maintenant mes combats dans les forêts et les bois, jadis retentissant de hurlements féroces, maintenant silencieux ? Jamais Chiron ne me permit de poursuivre dans les défilés de l'Ossa les faibles lynx, ou de percer de mes traits les daims timides ; il m'ordonnait d'aller troubler dans leur tanière les ours farouches, les sangliers à la course foudroyante, ou parfois quelque tigre monstrueux, quelque lionne retirée dans son antre avec ses lionceaux. Lui-même, assis dans sa vaste caverne, attendait que je revinsse triomphant, et tout couvert d'un noble sang. Et jamais il ne m'admit à ses caresses avant d'avoir visité mes javelots. Bientôt, quand j'approchai de la jeunesse, il me forma aux sanglantes mêlées du fer ; les cruels exercices d’Arès me furent tous enseignés. J'appris comment les Péons (12) font tournoyer leurs armes, comment les Macètes lancent leurs javelots, comment les Sarmates font tourbillonner leur ceste, comment les Gètes brandissent la faux, comment le Gélon tend son arc, comment enfin le frondeur des îles Baléares, balançant sa courroie sifflante, suspend le coup fatal, jusqu'à ce que le trait déchire en partant l'air qui l'emprisonne. J'aurais peine à raconter tous ces exercices, auxquels je me livrais encore il y a si peu de temps. Tantôt il m'enseignait à franchir d'un bond les fossés, tantôt à gravir une montagne jusqu'à sa cime aérienne, d'un pas aussi ferme et aussi rapide qu'en pleine campagne ; et, dans un combat simulé, à recevoir sur l'orbe de mon bouclier d'énormes pierres, à pénétrer dans une cabane en feu, à arrêter à pied dans leur vol les coursiers d'un quadrige. Je m'en souviens : un jour le Sperchios roulait avec impétuosité ses flots grossis par des pluies continuelles et les neiges fondues, et entraînait dans son cours des arbres déracinés et des quartiers de roche : le Centaure m'envoie où l'onde se précipite avec le plus de fureur, et m'ordonne de tenir ferme et de repousser des vagues amoncelées, dont lui-même, malgré l'appui plus solide de ses pieds, aurait difficilement soutenu les assauts. Je tins ferme cependant, et ne me laissai point entraîner par la rapidité du courant, ni troubler par les ténèbres de ce gouffre. Le farouche Chiron, penché au-dessus de moi, me menaçait, et par ses paroles irritait mon orgueil : je ne m'éloignai que sur son ordre. C'est ainsi que la gloire excitait mon courage, et, sous les regards d'un si grand maître, nul travail ne m'était pénible. Cacher dans les nuages un disque d'Œbalie, étreindre la glissante palestre, faire voler çà et là le ceste, c'était pour moi un jeu, un délassement. Et la sueur alors ne mouillait pas plus mon front que quand je faisais vibrer sous l'archet d'Apollon les cordes sonores de ma lyre, et que, dans un saint ravissement, je chantais la gloire des antiques héros. Il m'apprit aussi à connaître les sues des plantes, les herbes bienfaisantes, celles qui étanchent le sang, qui procurent le sommeil, qui ferment les blessures, à distinguer les plaies que le fer peut guérir, celles qui ne cèdent qu'aux simples. Il grava dans mon cœur ces préceptes de la sainte justice, qui toujours le guidait, quand il dicta ses lois augustes aux peuples du Pélion, et adoucit les mœurs sauvages des Centaures. Telles furent jusqu'à ce jour, ô mes compagnons ! les leçons de ma jeunesse : je m'en souviens, et ce souvenir m'est doux ; ma mère sait le reste (13) ».

Achille démasqué par Ulysse parmi les filles de Lycomède.

Achille démasqué par Ulysse parmi les filles de Lycomède.

Achille (suite)

Or, c’est ce héros-là, dont les Achéens ont besoin comme champion pour triompher d’Hector, le plus fameux des Troyens. Mais, Achille, pour l’instant, sous le nom de « Pyrrha » (la Rousse) est devenu la « fille » adoptive du roi Lycomède à Skyros, et partage la vie de ses nombreuses sœurs de circonstance, qui paraît-il ne sont pas moins de cinquante. Or, parmi elles, il y en a une qui a gagné le cœur d’Achille ; c’est Déidamie, la seule à connaître son secret, en connaissance de cause puisqu’il l’a rendue mère de leur fils, Pyrrhos Néoptolème, celui qui achèvera la gloire de son père en prenant Troie à sa place et en tuant Eurypyle, le dernier espoir des Troyens. F.A.   

Mais Ulysse a été chargé par Agamemnon de ramener Achille à Aulis. Déguisé en marchand phénicien, il présente aux filles de Lycomède des corbeilles remplies de bijoux, au milieu desquels il a caché une épée. Et, tandis que ses sœurs d’adoption s’arrachent les bijoux, Achille ne peut résister à la vue de l’épée, qu’il saisit fiévreusement dans sa main. Dès lors, il est démasqué et n’a plus qu’à suivre Ulysse sur le chemin de sa destinée. F.A.

 

Achille reçoit de son père, le roi Pélée, qui règne à Larissa en Phtiotide thessalienne, l’armure immortelle que Zeus avait offerte à Pélée le jour de ses noces avec Thétis sur le mont Pélion, ainsi que la lance magique du Pélion que Chiron lui avait donnée et qui a le fabuleux pouvoir de guérir elle-même les blessures qu’elle cause. Pélée lui confiera aussi Xanthos (l’Alezan) et Bâlios (le Bai), les deux étalons immortels et invincibles à la course qu’il doit à Poséidon. Et il fera de son fils le roi des Myrmidons, qui devront lui obéir et le servir fidèlement jusqu’à la mort suivant le serment solennel qu’ils se transmettent de père en fils depuis le roi Eaque, père de Pélée, et grand-père d’Achille. A la tête de ses Myrmidons, il nommera des chefs, de vaillants capitaines et écuyers, comme Patrocle, le meilleur ami d’Achille, Automédon, son compagnon originaire de Skyros, Phœnix, son brave précepteur, et aussi Alcimos, Alcimédon, Epigée, Eudoros, Bathyclès, Ménesthios, fils du Sperchios, qui seront les meilleurs compagnons du fils de Pélée (le Péléide), devant Troie ; avec aussi Ajax, son cousin de Salamine, Antiloque, le fils de Nestor, Palamède, le sage inventeur, Eumèlos, le fils du noble Admète, qui compteront également parmi ses grands amis durant cette fameuse aventure. F.A.

Thétis, la divine mère d’Achille, lui remettra un coffret en marqueterie rempli de couvertures pour le voyage et de turquoises qui portent bonheur ; et elle dévouera à son service l’esclave Mnémon, « Celui qui se souvient », afin qu’il lui rappelle constamment qu’il ne doit pas combattre et surtout tuer les fils d’Apollon, car c’est ce dieu qui menace son destin. Pélée, son père, fera le vœu de sacrifier au fleuve Sperchios la magnifique chevelure blonde d’Achille, s’il lui permet de revenir vivant et sauf de la guerre de Troie. Et c’est pour cette raison qu’Achille gardera longue sa magnifique chevelure blonde, du moins jusqu’à la mort de son ami Patrocle, pour lequel il la coupera. C’est ainsi qu’Achille parvient à Aulis où tout le monde lui fait fête et l’adore comme un dieu vivant, bien que l’Atride Agamemnon manifeste quelque doute à son égard, quant à sa valeur de champion et sa supériorité sur Hector. Certes, il aurait préféré comme champion suprême, outre Ajax, le fameux Télèphe, mais celui-ci s’était déjà engagé à servir avec loyauté le roi Priam, en devenant son beau-frère, le mari de sa jeune sœur Astyoché, ainsi que son vassal et son allié, et peut-être aussi son gendre, en devenant l’amant de sa fille Laodicé, la plus belle de toutes ; de l’union clandestine de Télèphe et de Laodicé serait né le beau Cyparissos. Achille fut présenté au vieux Nestor, pour lui un autre précepteur, à Ajax, son cousin et aussi son modèle, à Calchas, à qui il devait sa présence dans l’armée d’Aulis, et qu’il remercia en se faisant son protecteur et son champion lorsqu’il aurait à révéler un oracle dangereux pour lui-même, ce qui sera souvent le cas. F.A.

Acamas : D’Athènes. Fils de Thésée et de Phèdre. Uni à Laodicé  (ou à Phyllis ou à Clyméné). Eponymes des Acamantides. Présent dans le cheval de Troie.

 

Laodicé : De Troie. La plus belle fille de Priam et Hécabe, amoureuse d’Acamas, fils de Thésée, aimée de Télèphe, fils d’Héraclès, et mariée à Hélicaon, fils d’Anténor. Engloutie par la terre au moment de la chute de Troie.

Des Panhelléniques d’Hégésippos

1. À propos de Laodicé, on racontait cette histoire : quand Diomède et Acamas vinrent réclamer la restitution d’Hélène, la jeune femme ressentit un désir intense de faire l’amour à tout prix avec le jeune Acamas. Pendant un certain temps, la pudeur la retint ; mais ensuite, sa passion la faisant trop souffrir, elle se confia à la femme de Persée (elle s’appelait Philobia) : elle la supplia de venir à son secours, car elle se sentait mourir.

2. Philobia, ayant pris en pitié la détresse de la jeune fille, pria Persée [1] de lui venir en aide ; elle lui suggéra qu’il devienne un hôte et un ami d’Acamas. Persée, soit parce qu’il voulait être agréable à sa femme, soit parce qu’il s’apitoyait sur Laodicé, ne s’épargna aucune peine pour convaincre Acamas de venir à Dardania : il était en effet le gouverneur de la région.

3. Laodicé vint également, comme à une fête, en compagnie d’autres Troyennes encore vierges. Après avoir préparé un somptueux banquet, Persée fit coucher Laodicé avec Acamas, en lui disant qu’elle était une des concubines du roi.

4. Ainsi Laodicé assouvit son désir. Quelque temps plus tard, Acamas eut un fils, Mounitos, et Æthra fut sa nourrice.  Après la prise de Troie, Acamas le conduisit chez lui. Plus tard, alors qu’il chassait à Olynthe, en Thrace, il fut tué par un serpent.

[1] Persée, personnage sans rapport, on s’en doute, avec le tueur de Méduse, ancêtre d’Héraclès, qui vivait bien des années auparavant.

Laodice ou Laodicé (Laodikê) est un nom porté par différentes personnalités féminines de la mythologie grecque et de nombreuses reines ou princesses séleucides et du royaume du Pont.

Laodicé, fille de Priam et d’Hécabe, épouse de Télèphe.

 

Laodicé (de Troie)

Dans la légende de Troie, Laodicé est une princesse troyenne, épouse d’Hélicaon. Elle passe pour être la plus belle des filles de Priam et d’Hécube.

Elle disparaît engloutie dans un ravin durant la chute de Troie.

A l’origine, Laodicé, la plus belle des filles de Priam et d’Hécabe selon Homère, n’a pas de légende. Dans l’Iliade, elle est l’épouse vertueuse d’Hélicaon, fils d’Anténor, et la confidente occasionnelle d’Hélène.

Des légendes tardives lui attribuent des aventures (et des mariages) avec divers héros de la guerre de Troie : Télèphe, fils d’Héraclès, Acamas, fils de Thésée… Ce qui est en contradiction avec sa mort provoquée par Athéna, ou d’autres déesses, durant la chute de Troie, pour préserver sa vertu.

Lorsque la ville de Troie fut prise, Laodicé pour éviter la captivité où elle se voyait ... craignant surtout de devenir l’esclave de la femme de Télèphe, ... [pria les divinités de la faire disparaître].

Laodicé, fille de Priam et d’Hécabe, fut mariée en premières noces à Télèphe, fils d’Héraclès ; mais ce prince ayant quitté le parti des Troyens pour passer dans celui des Grecs, abandonna aussi son épouse. Priam remaria sa fille à Hélicaon, fils d’Anténor, qui fut tué peu de temps après (?) ; pendant son veuvage, elle eut un fils d’Acamas, prince grec, fils de Thésée. Lorsque la ville de Troie fut prise, Laodicé, pour éviter la captivité où elle se voyait près de tomber, craignant surtout de devenir l’esclave de la femme de Télèphe, se précipita du haut d’un rocher. On voyait, dans la Phrygie, le tombeau de cette infortunée princesse, du temps de Maximas, préteur d’Asie, qui le fit restaurer.

Cette version fantaisiste ne tient pas compte du fait qu’Hélicaon vivait encore bien après la chute de Troie, participant notamment à la fondation de Padoue avec son père Anténor. En outre, elle ignore l’épisode bien connu du sac de Troie, montrant Ulysse et Ménélas protégeant Hélicaon blessé en reconnaissance de l’hospitalité et du sauvetage, qu’ils leur devaient à lui et à son père Anténor ; ils les avaient préservés de la fureur des Troyens, qui voulaient les tuer lors de l’ambassade à Troie pour réclamer Hélène.

Laodicé, la plus belle des filles de Priam, qui tomba amoureuse d'Acamas, le fils de Thésée.

Laodicé, la plus belle des filles de Priam, qui tomba amoureuse d'Acamas, le fils de Thésée.

Hélicaon


Dans la mythologie grecque, Hélicaon est le fils d’Anténor et de Théano. Son épouse Laodicé, la plus belle des filles de Priam et d’Hécube, est tombée amoureuse d’Acamas, le fils de Thésée.  

Laodicé

Comme il arrivait en Asie Mineure, Télèphe se maria avec Laodicé, fille de Priam, déjà promise à Hélicaon, le fils d’Anténor. Laodicé a donc au moins deux maris, trois si on compte Acamas, le fils de Thésée ; entre Hélicaon et Télèphe, il semble que l’un soit le meurtrier de l’autre. Etant donné qu’Hélicaon en principe survit à la guerre de Troie et participe à la fondation de Padoue, et que Télèphe disparaît mystérieusement pour laisser le pouvoir à son fils Eurypyle, on peut penser que c’est lui qui meurt de la main de son rival. Il aurait été décapité ? 
 

Laodicé
Le meurtre d’Hélicaon
Laodicé était la plus belle des filles de Priam, le roi de Troie, et sa mère était Hécube. Selon certains elle est la femme de Télèphe, fils d’Héraclès. Selon Apollodore, après la destruction de Troie, elle a été « engloutie par la terre », (Bibliotheca, 11.5.23). Lorsque Télèphe est venu pour lutter contre les Grecs et défendre Troie, il est arrivé au moment où Hélicaon semble-t-il a contraint Laodicé de l’épouser.

Son fils Eurypyle, âgé de six ans, allait se noyer dans le Xanthe, mais Télèphe, roi de Mysie, est arrivé juste à temps pour le sauver.

Laodicé abandonna Hélicaon pour Télèphe.
Pourtant, d’autres disent qu’elle est restée fidèle à Hélicaon, mais quand Télèphe est venu rendre à Priam le bétail qui avait été volé, elle consentit à l’épouser afin de le remercier.

Contrairement à ce que laisse entendre Homère dans l’Iliade, Laodicé, la plus belle des filles de Priam et d’Hécube, eut plusieurs amants : Télèphe, Acamas… si l’on s’en réfère aux légendes tardives.

Cassandre prédisant la chute de Troie.

Cassandre prédisant la chute de Troie.

Cassandre

Dans la mythologie grecque, Cassandre (en grec ancien Κασσάνδρα / Kassándra) est la fille de Priam (roi de Troie) et d'Hécube. Elle porte parfois le nom d'Alexandra en tant que sœur de Pâris-Alexandre. Certaines sources en font également la sœur jumelle du devin Hélénos.

Selon Homère, qui ne mentionne pas ses dons de prophétie, elle est la plus belle des filles de Priam. Une tradition plus tardive rapporte qu'elle ait aimé Apollon et qu'il lui accorde le don de prophétie ; mais lorsqu'elle repousse le dieu, il la condamne à ne jamais être crue. C'est dans ce rôle qu'elle apparaît dans les tragédies grecques : elle prédit en vain la chute de Troie.

Sa première prédiction concerne la guerre de Troie et ses conséquences. Elle prévient son frère Pâris que son voyage à Sparte l'amènera à enlever Hélène et causera ainsi la perte de Troie. Lorsque Pâris ramène Hélène à Troie, elle est la seule à prédire le malheur, les Troyens étant subjugués par sa beauté. Elle prédira également que le fameux cheval utilisé par les Grecs est un subterfuge qui conduira Troie à sa perte. Plus Cassandre voit l'avenir avec précision, moins on l'écoute. En transe, elle annonce des événements terribles dans un délire qui la fait passer pour folle. De ce fait, chacun la fuit. Elle répand aussi le malheur : les princes étrangers qui la courtisent, luttant aux côtés des Troyens, tombent sous le coup des guerriers grecs ; Cassandre est ainsi vouée à rester seule, elle ne se mariera pas.

Lors du sac de la ville, Ajax le Jeune la surprend dans le temple d'Athéna, agrippée à la statue sacrée de la déesse (le Palladion) ; il la traîne hors du temple et la viole. (Pour expier ce sacrilège légendaire, les Locriens étaient condamnés à envoyer à Troie chaque année, pendant mille ans, deux vierges destinées à être esclaves dans le temple d'Athéna ; si les Troyens s'en emparaient avant qu'elles n'arrivent au temple, elles étaient mises à mort.)

Après le sac de Troie, Cassandre échoit comme concubine à Agamemnon, chef des Grecs, auquel elle donne deux fils selon certains auteurs, Télédamos et Pélops. Mais lors de leur retour à Argos, elle est assassinée avec celui-ci.

Évocations artistiques

Littérature antique

Homère, au chant XIII de l’Iliade, décrit Cassandre comme la plus jolie des filles de Priam. Au chant XI de l’Odyssée, il raconte son meurtre perpétré par Clytemnestre. Chez cet auteur, Cassandre n'est pas encore la grande prophétesse qu'elle deviendra chez d'autres.

La tragédie d'Eschyle, Agamemnon, montre tout son désespoir et son impuissance face à ses pouvoirs divinatoires. Dans Les Troyennes d'Euripide, Cassandre surgit toute tremblante d'une tente et, telle une folle, prédit à Clytemnestre le matricide qui l'attend. Cassandre apparaît également sous le nom d'Alexandra, qui donne le titre au long poème tragique de Lycophron de Chalcis. Nous retrouvons enfin Cassandre dans l’Énéide du poète latin Virgile.

Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Apollon en personne.

Cassandre et Hélénos reçoivent leur instruction d'Apollon en personne.

Cassandre prophétisant dans la position de la Sphinge.

Cassandre prophétisant dans la position de la Sphinge.

Cassandre, fille de Priam et d'Hécube, sœur jumelle d'Hélénos avec lequel elle partage le pouvoir prophétique.

Cassandre, fille de Priam et d'Hécube, sœur jumelle d'Hélénos avec lequel elle partage le pouvoir prophétique.

Cassandre avec une boule de Crystal pour symboliser son pouvoir prophétique.

Cassandre avec une boule de Crystal pour symboliser son pouvoir prophétique.

Cassandre poursuivie par Appolon.

Cassandre poursuivie par Appolon.

Appolon et Cassandre, la promesse rompue.

Appolon et Cassandre, la promesse rompue.

Les fêtes dionysiaques.

Les fêtes dionysiaques.

Les fêtes dionysiaques, qui deviendront les Bacchanales à Rome et dans toute l’Italie, étaient originaires de Lydie, de Phrygie et de Troade. Les Dionysiaques étaient des fêtes religieuses célébrées dans l'Antiquité. Liées aux mystères dionysiaques, elles se tenaient en l'honneur de Dionysos, dieu du vin, de l'ivresse et des débordements, notamment sexuels. C'étaient des fêtes orgiaques nocturnes qui ont eu souvent mauvaise réputation, du fait de l'ivresse publique et des licences sexuelles qu'elles provoquaient. Au départ, ces fêtes étaient réservées aux femmes et avaient lieu trois fois par an sous le contrôle des Ménades les plus influentes. Œnone, la première femme de Pâris, et les filles de Priam, Cassandre, Laodicé, Polyxène y participaient ; elles y invitèrent Hélène afin qu’elle soit féconde pour son nouvel hymen avec Pâris. Ce fut le cas puisque Aganos, Bounicos, Héléna, Idaeos naquirent de leur union.   

Hélène et le Satyre.

Hélène et le Satyre.

Hélène et Andromaque surprises au bain par un Satyre.

Hélène et Andromaque surprises au bain par un Satyre.

Les Chants cypriens

Les Chants cypriens (en grec ancien Κύπρια / Kýpria, en latin Cypria) est le titre d'une épopée perdue de la Grèce antique, que la tradition attribue à Stasinos de Chypre. Elle faisait partie du Cycle troyen, un ensemble d'œuvres qui retraçaient l'histoire de la guerre de Troie. Les Chants cypriens ouvraient le Cycle et précédaient chronologiquement l’Iliade.

Datation

Même si les légendes rapportées sont beaucoup plus anciennes, les Chants cypriens ont probablement été composés à la fin du VIe siècle av. J.-C., cette date restant incertaine. On se heurte au même problème de datation de la tradition orale qu'avec les épopées homériques. La plupart des mythes (sinon tous) rapportés dans l'œuvre étaient déjà connu aux temps de la composition de l’Iliade et de l’Odyssée.

Composition

Le poème est divisé en onze livres écrits en hexamètres dactyliques, et relate les origines de la guerre de Troie et ses neuf premières années.

Seules une cinquantaine de lignes du poème original sont parvenues jusqu'à nous. Le seul résumé complet de l'œuvre dont on dispose provient de la Chrestomathie attribuée à Proclos, philosophe du Ve siècle ap. J.-C. De nombreuses autres sources apportent néanmoins des informations complémentaires.

Les Chants cypriens étaient jugés comme une œuvre inférieure par rapport aux épopées homériques : Aristote leur a reproché leur manque de cohésion et d'intensité dramatique. Ils s'apparentaient manifestement plus à un catalogue d'événements qu'à une narration classique.

Contenu du poème

Le poème s'ouvre sur le jugement de Pâris qui oppose les déesses Athéna, Héra et Aphrodite pour savoir laquelle est la plus belle : Pâris choisit Aphrodite, qui lui avait promis l'amour d'Hélène, la femme de Ménélas. Cet épisode conduit à l'enlèvement d'Hélène par Pâris : celui-ci s'empare de la jeune femme et de sa dot, et les ramènent à Troie.

Lors du mariage d'Hélène, un serment avait été prononcé entre tous ses prétendants, pour défendre les droits de celui qui emporterait sa main : Ménélas, le vainqueur, invoque ce serment auprès de son frère Agamemnon. Une armée grecque est réunie devant le port d'Aulis et se prépare à embarquer pour Troie : mais le devin Calchas les prévient que la guerre durera dix ans ; et Agamemnon est obligé d'offrir en sacrifice sa fille Iphigénie afin d'apaiser la colère d'Artémis et de permettre un départ favorable de la flotte (avant le sacrifice, Artémis aurait substitué une biche à la jeune fille).

Après de nombreux épisodes, parmi lesquels l'histoire de Télèphe et la députation de Philoctète, la flotte quitte Aulis et arrive devant Troie. Lors du débarquement, le meilleur guerrier troyen, Hector, tue Protésilas, et Achille, le meilleur guerrier Grec, tue Cycnos.

Les Grecs demandent la restitution d'Hélène et de sa dot, mais les Troyens refusent. Le siège de la ville débute alors, et ses neuf premières années sont racontées de façon assez succincte.

Fin du jugement de Pâris ; Aphrodite reçoit la pomme d'or, tan disque Héra et Athéna, furieuses, s'en vont préparer la chute de Troie.

Fin du jugement de Pâris ; Aphrodite reçoit la pomme d'or, tan disque Héra et Athéna, furieuses, s'en vont préparer la chute de Troie.

Cycle troyen

Les Chants cypriensL’IliadeL’ÉthiopideLa Petite Iliade
Le Sac de TroieLes RetoursL’OdysséeLa Télégonie

CYCLE TROYEN

Chants Cypriens

Stasinos de Chypre (VIe siècle av. J.-C.)

CHANTS CYPRIENS

 

 

a Ζες βουλεύεται μετ τς Θέμιδος περ το Τρωϊκο πολέμου. παραγενομένη δ ρις εωχουμένων τν θεν ν τος Πηλέως γάμοις νεκος περ κάλλους ]ά[νίστησιν θηνι, ραι κα φροδίτηι• α πρς λέξανδρον ν δηι κατ Δις προσταγν φ ρμο πρς τν κρίσιν γονται• κα προκρίνει τν φροδίτην παρθες τος λένης γάμοις λέξανδρος.

a Zeus s’entretient avec Thémis de la guerre de Troie. Celle qui provoque les conflits [=Eris] apparaît alors que les dieux festoient pour le mariage de Pélée et provoque une dispute à propos de la beauté entre Athéna, Héra et Aphrodite. Selon l’ordre de Zeus, elles sont amenées par Hermès, auprès d’Alexandre [=Pâris] sur l’Ida pour qu’il tranche. Alexandre, enflammé par l’idée d’épouser Hélène, se décide en faveur d’Aphrodite.

bπειτα δ φροδίτης ποθεμένης ναυπηγεται, κα λενος περ τν μελλόντων ατος προθεσπίζει, κα φροδίτη Ανείαν συμπλεν ατι κελεύει. κα Κασσάνδρα περ τν μελλόντων προδηλο. πιβς δ τι Λακεδαιμονίαι λέξανδρος ξενίζεται παρ τος Τυνδαρίδαις, κα μετ τατα ν τι Σπάρτηι παρ Μενελάωι• κα λένηι παρ τν εωχίαν δίδωσι δρα λέξανδρος. κα μετ τατα Μενέλαος ες Κρήτην κπλε, κελεύσας τν λένην τος ξένοις τ πιτήδεια παρέχειν, ως ν παλλαγσιν. ν τούτωι δ φροδίτη συνάγει τν λένην τι λέξάνδρωι κα μετ τν μίξιν τ πλεστα κτήματα νθέμενοι νυκτς ποπλέουσι. χειμνα δ ατος φίστησιν ρα. κα προσενεχθες Σιδνι λέξανδρος αρε τν πόλιν. κα ποπλεύσας ες λιον γάμους τής λένης πετέλεσεν.

b Ensuite sous l’influence d’Aphrodite des vaisseaux sont construits par Phéréclos, fils d’Harmonidès. Hélénos prédit ce qui va leur arriver. Aphrodite dit à Énée [d]’accompagner [Alexandre]. Cassandre prévoit ce qui va se passer. Alexandre débarque à Lacédémone et les Tyndarides lui offrent l’hospitalité ; peu après Ménélas fait de même à Sparte. Alexandre, tout en profitant de l’hospitalité, offre des présents à Hélène. Peu après, Ménélas part pour la Crète en ayant chargé Hélène de prendre soin de leurs hôtes jusqu’à leurs départs. Aphrodite réunit Hélène et Alexandre. Ils s’unissent d’amour, puis chargent à bord des navires la plupart des richesses de Ménélas et mettent les voiles dans la nuit. Mais Héra leur envoie une tempête et après avoir dérivé vers Sidon, Alexandre s’empare de la ville. Puis il reprend la mer jusqu’à Ilion [= Troie] et célèbre son mariage avec Hélène.

cν τούτωι δ Κάστωρ μετ Πολυδεύκους τς δα κα Λυγκέως βος φαιρούμενοι φωράθησαν. κα Κάστωρ μν π το δα ναιρεται, Λυγκες δ κα δας π Πολυδεύκους. κα Ζες ατος τερήμερον νέμει τν θανασίαν.

c Pendant ce temps, Castor et Pollux sont capturés alors qu’ils volaient le troupeau d’Idas et Lyncée. Castor est tué par Idas ; Lyncée et Idas sont à leur tour tués par Pollux. Un peu plus tard, Zeus rend immortels [Castor et Pollux] un jour sur deux.

d  κα μετ τατα ρις γγέλλει τι Μενελάωι τ γεγονότα κατ τν οκον. δ παραγενόμενος περ τς π λιον στρατείας βουλεύεται μετ το δελφο, κα πρς Νέστορα παραγίνεται Μενέλαος. Νέστωρ δ ν παρεκβάσει διηγεται ατι ς πωπες φθείρας τν Λυκούργου θυγατέρα ξεπορθήθη, κα τ περ Οδίπουν, κα τν ρακλέους μανίαν κα τ περ Θησέα κα ριάδνην. πειτα τος γεμόνας θροίζουσιν πελθόντες τν λλάδα. κα μαίνεσθαι προσποιησάμενον δυσσέα π τι μ θέλειν συστρατεύεσθαι φώρασαν, Παλαμήδους ποθεμένου τν υἱὸν Τηλέμαχον π κόλασιν ξαρπάσαντες.

d  Iris [la messagère des dieux] informe Ménélas de ce qui s’est passé chez lui. Il part et s’entretient avec son frère [Agamemnon] d’une expédition contre Ilion. Ménélas se rend ensuite chez Nestor. Nestor lui raconte l’histoire d’Épopée, comment il séduisit la fille de Lycurgue et saccagea sa cité ; et aussi l’histoire d’Œdipe, puis celle de la folie d’Héraclès, enfin celle de Thésée et Ariane. Alors ils se rendent dans toute la Grèce pour réunir les chefs.

Ulysse fit semblant d’être fou car il ne voulait pas se joindre à l’expédition, ils le démasquèrent quand, sur une idée de Palamède, ils se saisirent de son fils Télémaque pour le menacer de mort.

e κα μετ τατα συνελθόντες ες Αλίδα θύουσι. κα τ περ τν δράκοντα κα τος στρουθος γενόμενα δείκνυται κα Κάλχας περ τν ποβησομένων προλέγει ατος. πειτα ναχθέντες Τευθρανίαι προσίσχουσι κα ταύτην ς λιον πόρθουν. Τήλεφος δ κβοηθε Θέρσανδρόν τε τν Πολυνείκους κτείνει κα ατς π χιλλέως τιτρώσκεται. ποπλέουσι δ ατος κ τς Μυσίας χειμν πιπίπτει κα διασκεδάννυνται. χιλλες δ Σκύρωι προ]σ[σχν γαμε τν Λυκομήδους θυγατέρα Δηϊδάμειαν. πειτα Τήλεφον κατ μαντείαν παραγενόμενον ες ργος ἰᾶται χιλλες ς γεμόνα γενησόμενον το π λιον πλο.

e Peu après ils se rassemblent à Aulis et font des sacrifices. Vient l’épisode du serpent et des moineaux, qui est raconté [par l’auteur du poème original]. Calchas leur annonce ce qui va advenir. Ensuite ils prennent la mer et débarquent à Teuthrania qu’ils cherchent à piller pensant qu’il s’agit d’Ilion. Télèphe surgit pour défendre son royaume, tue Thersandre, le fils de Polynice, avant d’être blessé par Achille. Alors qu’ils quittent la Mysie, ils sont pris dans une tempête et se retrouvent éparpillés. Achille atteint Scyros ou il épouse Déidamie la fille de Lycomède. Alors Télèphe arrive à Argos suivant la sentence d’un oracle ; Achille le soigne comprenant qu’il sera leur guide pour leur [prochain] voyage vers Ilion.

f κα τ δεύτερον θροισμένου το στόλον ν Αλίδι γαμέμνων π θηρ][ς βαλν λαφον περβάλλειν φησε κα τν ρτεμιν• μηνίσασα δ θες πέσχεν ατος το πλο χειμνας πιπέμπουσα. Κάλχαντος δ επόντος τν τς θεο μνιν κα φιγένειαν κελεύσαντος θύειν τι ρτέμιδι, ς π γάμον ατν χιλλε μεταπεμψάμενοι θύειν πιχειροσιν. ρτεμις δ ατν ξαρπάσασα ες Ταύρους μετακομίζει κα θάνατον ποιε, λαφον δ ντ τς κόρης παρίστησι τι βωμι.

f Quand l’expédition est rassemblée pour la deuxième fois à Aulis, Agamemnon chasse et tue un cerf ; et il affirme qu’Artémis n’aurait pas fait mieux. La déesse en courroux les empêche de prendre la mer en envoyant des vents contraires. Calchas leur révèle la colère de la déesse et leur dit qu’ils doivent sacrifier Iphigénie [la fille d’Agamemnon] à Artémis. Ils l’envoient chercher en prétextant un mariage avec Achille et s’apprêtent à l’immoler. Mais Artémis la soustrait soudainement à son sort et la transporte chez les peuples de Tauride où elle la rend immortelle ; une biche remplace la jeune fille sur l’autel du sacrifice.

gπειτα καταπλέουσιν ες Τένεδον. κα εωχουμένων ατν Φιλοκτήτης φ̉ δρου πληγες δι τν δυσοσμίαν ν Λήμνωι κατελείφθη, κα χιλλες στερος κληθες διαφέρεται πρς γαμέμνονα.

g Ensuite ils partent à destination de Ténédos. Philoctète est mordu par un serpent d’eau alors qu’ils festoient et abandonné sur l’île de Lemnos à cause de l’odeur nauséabonde de sa plaie. Achille se querelle avec Agamemnon qui a refusé de l’inviter au banquet.

h  ἔπειτα ποβαίνοντας ατος ες λιον εργουσιν ο Τρες, κα θνήισκει Πρωτεσίλαος φ̉ κτορος. πειτα χιλλες ατος τρέπεται νελν Κύκνον τν Ποσειδνος. κα τος νεκρος ναιρονται.

h Ensuite les Achéens débarquent à Ilion et les Troyens essayent de les repousser ; Protésilas est tué par Hector. Mais Achille les fait se replier en tuant Cycnos, le fils de Poséidon. Puis vient le ramassage des morts.

i κα διαπρεσβεύονται πρς τος Τρας, τν λένην κα τ κτήματα παιτοντες. ς δ οχ πήκουσαν κενοι, νταθα δ τειχομαχοσιν. πειτα τν χώραν πεξελθόντες πορθοσι κα τς περιοίκους πόλεις.

i Ménélas et Ulysse mènent une ambassade auprès des Troyens pour demander le retour d’Hélène et la restitution des biens [de Ménélas]. Comme les Troyens refusent d’accéder à leurs demandes, les Achéens entament le siège de la ville. Ils sillonnent les environs et ravagent les cités.

j κα μετ τατα χιλλες λένην πιθυμε θεάσασθαι, κα συνήγαγεν ατος ες τ ατ φροδίτη κα Θέτις. ετα πονοστεν ρμημένους τος χαιος χιλλες κατέχει. κπειτα πελαύνει τς Ανείου βος, κα Λυρνησσν κα Πήδασον πορθε κα συχνς τν περιοικίδων πόλεων, κα Τρωΐλον φονεύει. Λυκάονά τε Πάτροκλος ες Λμνον γαγν πεμπολε. κα κ τν λαφύρων χιλλες μν Βρισηΐδα γέρας λαμβάνει, Χρυσηΐδα δ γαμέμνων.

j Peu après Achille souhaitant voir Hélène, Aphrodite et Thétis les font se rencontrer. Achille a droit à un effeuillage en privé de la belle Hélène ! Ensuite les Achéens désire vivement rentrer chez eux mais Achille, fasciné par la beauté d’Hélène, les retient. Il disperse le troupeau d’Énée, qui lui échappe en trouvant refuge dans Lyrnessos. Achille pille Lyrnessos et Pédasos et plusieurs cités environnantes, puis il tue Troïlos dans le temple de Thymbré. Lycaon est emmené par Patrocle à Lemnos et vendu comme esclave. Achille s’empare de Thèbes du Placos, après avoir tué les sept fils du roi EEtion, puis le roi lui-même, accouru pour venger ses fils. Achille volera aussi les troupeaux d’EEtion et pillera son palais, ramenant ainsi un butin colossal. Partage du butin ; Achille prend Briséis comme part d’honneur, tandis qu’Agamemnon choisit Chryséis.

kπειτά στι Παλαμήδους θάνατος. κα Δις βουλ πως πικουφίσηι τος Τρας χιλλέα τς συμμαχίας τς λλήνων ποστήσας. κα κατάλογος τν τος Τρωσ συμμαχησάντων. (Texte de la Chrestomathie de Proclos)

k Ensuite survient la mort de Palamède ; puis le plan de Zeus pour soulager les Troyens en éloignant Achille de l’alliance grecque ; enfin un catalogue des alliés des Troyens.

Protésilas, le premier des héros grecs tués devant Troie ; il est tué par Hector. Son épouse Laodamie, inconsolable, obtient des dieux sont retour des Enfers, mais pour une courte période.

Protésilas, le premier des héros grecs tués devant Troie ; il est tué par Hector. Son épouse Laodamie, inconsolable, obtient des dieux sont retour des Enfers, mais pour une courte période.

Cycnos, le fils de Poséidon, tué par Achille malgré son don d'invulnérabilité.

Cycnos, le fils de Poséidon, tué par Achille malgré son don d'invulnérabilité.

APPOLODORE Epitomé (suite)

 

III, 11. L’armée se rassembla à Aulis. Voici la liste de ceux qui participèrent à l’expédition contre Troie : dix chefs venus de Béotie avec quarante navires ; quatre chefs d’Orchomène, avec trente navires ; quatre chefs de Phocide, avec quarante navires ; les Locriens commandés par Ajax, le fils d’Oïlée, avec quarante navires ; les Eubéens commandés par Éléphénor, fils de Chalcodon et d’Alcyoné, avec quarante navires ; les Athéniens commandés par Ménesthée, avec cinquante navires ; les Salaminiens commandés par Ajax, fils de Télamon, avec vingt navires.

III, 12. D’Argos, Diomède, fils de Tydée, et ses hommes, avec quatre-vingts navires ; de Mycènes, Agamemnon, fils d’Atrée et d’Æropé, avec cent navires ; de Lacédémone, Ménélas, fils d’Atrée et d’Æropé, avec soixante navires ; de Pylos, Nestor, fils de Nélée et de Chloris, avec quarante navires ; d’Arcadie, Agapénor, avec sept navires ; d’Élée, Amphimaque et ses hommes, avec quarante navires ; de Doulichion, Mégès, fils de Phylée, avec quarante navires.

À la tête des Céphalléniens, Ulysse, fils de Laërte et d’Anticlée, avec douze navires ; à la tête des Étoliens, Thoas, fils d’Andræmon et de Gorgé, avec quarante navires.

III, 13. À la tête des Crétois, Idoménée, fils de Deucalion, avec quatre-vingt navires ; à la tête des Rhodiens, Tlépolème, fils d’Héraclès et d’Astyoché, avec neuf navires ; à la tête des Syméens, Nirée, fils de Charops, avec trois navires. De Cos, Phidippe et Antiphos, fils de Thessalos, avec trente navires.

III, 14. À la tête des Myrmidons, Achille, fils de Pélée et de Thétis, avec cinquante navires. De Phylacæ, Protésilas, fils d’Iphiclos, avec quarante navires ; de Phérès, Eumélos, fils d’Admète, avec onze navires. D’Olizon, Philoctète, fils de Pœas, avec sept navires. À la tête des Ænianes, Gounée, fils d’Ocytos, avec vingt-deux navires. De Tricca, Machaon, Podalirios […] avec trente navires ; d’Orménos, Eurypylos […] avec quarante navires ; de Magnésie, Prothoüs, fils de Tenthrédon, avec quarante navires.

Au total, mille trois cents navires, quarante-trois commandants, trente contingents.

III, 15. Tandis que l’armée stationnait à Aulis, lors d’un sacrifice à Apollon, un serpent, de l’autel, s’élança vers un platane voisin, où se trouvait un nid ; il en dévora les huit passereaux et leur mère (cela faisait neuf), puis il se changea en pierre. Calchas déclara que c’était là un signe de la volonté de Zeus : neuf années s’écouleraient, et seulement à la dixième les Grecs s’empareraient de Troie. Ils se préparaient donc à partir à l’assaut de Troie.

III, 16. Agamemnon était le commandant de l’armée tout entière, et Achille amiral de la flotte ; il avait alors quinze ans.

III, 17. Les Grecs ignoraient la route qui menait à Troie. Ils débarquèrent en Mysie et la mirent à sac, croyant qu’il s’agissait de Troie. Le roi des Mysiens, Télèphe, fils d’Héraclès, constatant que son territoire avait été mis à feu et à sang, arma son peuple et poursuivit les Hellènes jusqu’à leurs navires ; il tua nombre d’entre eux, parmi lesquels Thersandre, le fils de Polynice, qui avait opposé résistance. Mais quand Achille surgit sur lui, refusant de faire front, il prit la fuite. Dans sa fuite, il trébucha contre un sarment de vigne et fut blessé à la cuisse d’un coup de lance.

III, 18. Les Grecs quittèrent la Mysie et reprirent la mer ; mais une violente tempête divisa la flotte, et chaque commandant retourna dans sa propre patrie. Certains évaluent à vingt ans la durée de la guerre de Troie : et ceci parce qu’après l’enlèvement d’Hélène, deux années furent nécessaires pour équiper complètement l’armée grecque ; ensuite, après que partis de Mysie ils eurent atteint la Grèce, huit autres années s’écoulèrent avant qu’ils ne reviennent à Argos et se rendent de nouveau à Aulis.

III, 19. Quand ils furent de nouveau réunis à Argos, après huit ans, le grave problème se présenta une fois de plus, à propos de la route à prendre, car nul capitaine n’était en mesure d’indiquer le chemin de Troie.

III, 20. Cependant, Télèphe, dont la blessure ne parvenait pas à guérir, avait reçu un oracle d’Apollon : sa blessure guérirait à la condition qu’elle fût soignée par celui qui l’avait occasionnée. Alors, vêtu de haillons, de Mysie il se rendit à Argos, et supplia Achille de lui prodiguer ses soins, promettant, en retour, de leur indiquer la route de Troie. Achille le soigna avec la rouille qu’il recueillit en grattant sa lance de frêne du Pélion. Une fois guéri, Télèphe leur montra la route, et Calchas, grâce à son art de la divination, confirma la justesse de l’information.

III, 21, E. Quand ils eurent pris la mer depuis Argos, et qu’ils atteignirent Aulis pour la seconde fois, l’absence de vent immobilisait la flotte.

ES. Calchas déclara qu’ils ne pourraient pas mettre à la voile si, à la déesse Artémis, n’était pas sacrifiée la plus belle des filles d’Agamemnon. Il disait que la déesse était en colère contre Agamemnon :

S. selon les uns, parce que, après avoir atteint une biche lors d’une partie de chasse à Icarie, il affirma que pas même Artémis n’aurait pu la sauver [faire mieux] ; selon les autres, parce qu’Atrée ne lui avait pas offert en sacrifice l’agneau d’or.

III, 22, S. À cette réponse, Agamemnon envoya Ulysse et Talthybios auprès de Clytemnestre, pour lui demander qu’elle leur confie Iphigénie, alléguant une promesse faite à Achille, qu’Agamemnon la lui donnerait pour femme, pour le récompenser de sa bravoure. Clytemnestre l’envoya ; Agamemnon la plaça sur l’autel ; déjà il s’apprêtait à l’égorger quand Artémis l’enleva, la mena chez les Taures et fit d’elle la prêtresse de son culte. À sa place, Artémis mit sur l’autel une biche [un cerf] ; certains disent qu’elle rendit la jeune fille immortelle.

Agamemnon a tué un cerf sacré dans un bois consacré à la déesse Artémis et s'en est vanté.

Agamemnon a tué un cerf sacré dans un bois consacré à la déesse Artémis et s'en est vanté.

Iphigénie est conduite à Aulis.

Iphigénie est conduite à Aulis.

Iphigénie à Aulis

Dans la mythologie grecque, Iphigénie (en grec ancien φιγένεια / Iphigéneia), ou Iphianassa chez Homère (φιάνασσα), est la fille d'Agamemnon et de Clytemnestre, et la sœur d'Oreste, d'Electre et de Chrysothémis, donc soumise au joug de la malédiction des Atrides.

Lorsque Agamemnon, désirant venger son frère Ménélas de l'enlèvement d'Hélène par Pâris, tente de lancer sa flotte réunie à Aulis vers les côtes de Troie, les vents restent défavorables. Calchas le devin révèle alors qu'une offense commise par Agamemnon contre Artémis en est la cause et que seule la mort d'Iphigénie apaisera la déesse. Agamemnon refuse d'abord de sacrifier sa fille mais poussé par Ménélas et Ulysse, il s'y résigne.

Ulysse invente alors un stratagème afin d'attirer Iphigénie à Aulis : on fait dire à Clytemnestre qu'Achille refuserait de partir si on ne lui accordait pas la main d'Iphigénie. Iphigénie se serait alors laissée berner, et dès son arrivée aurait été sacrifiée, mais Artémis l'aurait, suivant certains écrits, remplacé in extremis par une biche, afin de la préserver de la folie des hommes, et en aurait fait la prêtresse de son temple en Tauride. 

Le sacrifice d'Iphigénie.

Le sacrifice d'Iphigénie.

DICTYS

CHAPITRE XIX.

  1. Pendant que les préparatifs se poursuivaient avec tant d'activité, Agamemnon, chef de l'expédition, s'étant un peu écarté du camp, aperçut par hasard, près d'un bois consacré à Artémis, une biche qui paissait ; et, sans songer à la sainteté du lieu, il la perça de son javelot (32). Aussitôt, soit effet de la colère céleste, ou de la malignité de l'air et de son influence sur les corps (33), une maladie affreuse se répandit dans l'armée, et devenant plus violente de jour en jour, attaqua des milliers de soldats : elle s'étendit également sur les hommes et sur les animaux. La mort porta alors ses ravages dans tous les rangs ; on ne vit plus que funérailles ; et tout ce qui se trouvait frappé de ce fléau était infailliblement moissonné.

CHAPITRE XX.

  1. La peste cependant continuait ses ravages. Ulysse, feignant d'être indigné de l'opiniâtreté d'Agamemnon, dit hautement qu'il va retourner dans sa patrie : il méditait en lui-même un projet capable de procurer aux Achéens un remède salutaire et inattendu. Il prend en effet la route de Mycènes sans faire part à personne de sa résolution. Arrivé en cette ville, il remet à Clytemnestre, de la part d'Agamemnon, une lettre contrefaite, dont la teneur était (35) : qu'Iphigénie, sa fille aînée, venait d'être fiancée à Achille ; que lui, Agamemnon, ne partirait pas pour Troie sans avoir rempli ses engagements ; qu'en conséquence elle lui envoyât promptement la princesse, et avec elle tout ce qui était nécessaire pour la célébration du mariage. Ulysse ajoute à cette lettre d'autres discours convenables à la circonstance, et parvient à persuader la reine, et à lui cacher le véritable motif de son voyage. Clytemnestre, que cette proposition comblait de joie, tant à cause d'Hélène, qu'à cause du grand nom de l'époux destiné à sa fille, remet Iphigénie entre les mains d'Ulysse (36). Cette affaire terminée au gré de ses désirs, le roi d'Ithaque retourne sans délai à l'armée, et se montre tout à-coup dans le bois d’Artémis avec la princesse. A cette nouvelle, Agamemnon, à qui l'amour paternel se fait entendre, veut fuir, ne pouvant se résoudre à justifier par sa présence un sacrifice barbare auquel son cœur n'a point de part ; mais Nestor, que son éloquence persuasive rendait cher et agréable à toute la Grèce, lui adresse un long discours, et parvient à le détourner de son dessein.

CHAPITRE XXI.

  1. Cependant Ulysse, Ménélas et Calchas, auxquels le soin du sacrifice était confié, font écarter les témoins, et préparent tout ce qu'il faut pour la cérémonie. Brusquement le jour s'obscurcit, le ciel se couvre de nuages, la foudre gronde, l'éclair brille, la mer s'émeut, et dans cette confusion des éléments, la lumière fait place à une profonde nuit ; un torrent de pluie ; une grêle épaisse se précipitent sur la terre (37). Au milieu de cette tempête affreuse, dont la continuité redoublait l'horreur, Ménélas et ses deux collègues interdits, restent suspendus entre la crainte et le désir de poursuivre leur entreprise. Ce changement subit du ciel les épouvante ; ils croient y reconnaître la volonté des dieux ; d'un autre côté, le salut de l'armée leur commande d'achever. Pendant qu'ils hésitent ainsi, une voix sortie du fond du bois leur défend de tremper leurs mains dans le sang d'Iphigénie, leur dit que la déesse rejette une pareille offrande, qu'elle a porté sur sa jeunesse un regard de compassion ; qu'Agamemnon, vainqueur de Troie et de retour dans sa patrie, sera un jour cruellement puni de son impiété par sa femme elle-même (38) ; qu'en conséquence ils doivent aviser aux moyens de substituer à la princesse une autre victime. Dès ce moment, les vents commencent à s'apaiser, la foudre ne se fait plus entendre, et les agitations excitées dans le ciel s'affaiblissent par degrés.

CHAPITRE XXII.

  1. Pendant que ceci se passait dans le bois, Achille recevait de Clytemnestre une lettre (39), dans laquelle cette tendre mère lui recommandait sa fille et toute sa maison : à cet envoi était jointe une somme d'or considérable. Ce prince n'a pas plutôt lu la lettre et connu le stratagème d'Ulysse, qu'il quitte tout et court vers le bois. Là, de loin, il appelle à haute voix Ménélas et sa suite, leur défend de toucher à Iphigénie, et les menace de sa colère s'ils ne lui obéissent. Le jour était éclairci : il approche, les voit effrayés et s'empare d'Iphigénie. Cependant ceux-ci se demandaient quelle serait et où se trouverait la victime qu'il leur était enjoint d'immoler, lorsqu'une biche d'une grande beauté s'arrêta devant l'autel, sans témoigner la moindre crainte ; persuadés que c'était là cette victime prescrite, ils la reçoivent comme un présent du ciel, et l'immolent aussitôt. Ils avaient à peine achevé le sacrifice, que le fléau cessa, le ciel se découvrit, et l'air reprit cette sérénité parfaite qu'on lui voit en un temps d'été.
  1. Cependant Achille, et ceux qui avaient présidé à la cérémonie, recommandèrent secrètement la princesse au roi roi des Scythes qui était avec eux, et la confièrent à ses soins.

CHAPITRE XXIII.

  1. Les chefs de l'armée voyant avec joie la violence du mal apaisée, la mer calmée, et les vents devenus favorables, vont trouver Agamemnon, le consolent de la mort supposée de sa fille, et lui défèrent une seconde fois l'honneur du commandement. Cette action de leur part fut infiniment agréable à toute l'armée ; car chaque soldat avait en lui une confiance sans borne, et le chérissait comme son propre père. Agamemnon accepta ; et, soit que les événements précédents lui eussent inspiré plus de prudence, soit qu'il se fît une juste idée de l'impérieuse nécessité, et qu'il se sentît plus capable de résister à l'infortune, il dissimula sagement les outrages qu'il avait reçus, et invita ce même jour tous les chefs à sa table.
  2. Enfin, peu de temps après, l'occasion se trouvant favorable pour se mettre en mer, toute l'armée, sous la conduite de ses chefs particuliers, monta sur les vaisseaux, qui étaient chargés de richesses offertes par les habitants du pays. Anios et ses filles, prêtresses de Dionysos, que l'on disait avoir été douées par ce dieu de la vertu de changer tout ce qu'elles touchaient en aliments, fournirent le blé, le vin, et les autres comestibles nécessaires à la subsistance des troupes. De cette manière on sortit du port d'Aulide.
Oreste, Iphigénie et Clytemnestre tentent de fléchir Agamemnon.

Oreste, Iphigénie et Clytemnestre tentent de fléchir Agamemnon.

Achille s'oppose au sacrifice d'Iphigénie

Achille s'oppose au sacrifice d'Iphigénie

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